Politique

Génocide rwandais : vers un deuxième procès à Paris ?

| Par Jeune Afrique
Des crânes humains exposés le 4 avril 2014 au Mémorial du génocide à Nyamata.

Des crânes humains exposés le 4 avril 2014 au Mémorial du génocide à Nyamata. © AFP

Octavien Ngenzi et Tito Barahira sont accusés de génocide et de crimes contre l’humanité. Le parquet de Paris a requis vendredi leur renvoi aux assises.

Le parquet de Paris a requis vendredi 13 mai le renvoi aux assises d’Octavien Ngenzi et de Tito Barahira pour génocide et crimes contre l’humanité. Les juges d’instruction doivent désormais se prononcer sur la mise en accusation des deux hommes. Ce pourrait être le deuxième procès en France sur le génocide rwandais après celui de Pascal Simbikangwa, qui a fait appel de sa condamnation en mars à 25 ans de réclusion criminelle.

>> Lire aussi : Justice, après Simbikangwa, qui ?

Mis en cause par de nombreux témoins, Ngenzi et Barahira sont notamment accusés d’avoir participé au massacre "dans des conditions effroyables" de centaines de Tutsi réfugiés dans une église de la commune de Kabarondo, dans l’est du Rwanda, le 13 avril 1994. À l’inverse de celui de Simbikangwa, le procès des deux hommes se tiendrait en présence de victimes ou de proches, puisque neuf sont parties civiles aux côtés des associations.

Les accusations sont lourdes pour Tito Barahira et Octavien Ngenzi qui se sont succédés au poste de bourgmestre de Kabarondo (1977-1986, 1987-1994). Selon une source judiciaire, ce statut leur aurait conféré une "influence considérable" sur la population permettant "une mise en œuvre rapide de la politique génocidaire".

Témoignages à charge

Durant l’enquête, des témoins ont décrit Octavien Ngenzi, agronome de 56 ans, comme un "donneur d’ordre" et "un co-auteur direct des crimes" dans la région de Kabarondo, poursuit cette source. Tito Barahira, 62 ans, est lui dépeint comme un "participant direct et convaincu", "un encadreur", et "un participant actif" aux massacres. Plusieurs témoins ont décrit comment cet enseignant encourageait des habitants à "travailler". Pour lui, "’aller ‘travailler’ signifiait aller tuer’", a expliqué un témoin. Les Interahamwe, les jeunes extrémistes hutu, lui "obéissaient au doigt et à l’oeil", a dit un autre.

Ngenzi est également mis en cause dans les tueries survenues dans le centre de santé voisin, puis dans un centre d’alphabétisation où des survivants avaient tenté de trouver refuge. Les deux hommes sont également accusés d’avoir pris part à la fouille d’habitations pour y trouver des Tutsi.

Ngenzi, comme Barahira, nient toute implication. Leurs avocats respectifs, Me François Mathé et Me Philippe Meilhac, émettent des doutes sur la crédibilité de témoignages recueillis au Rwanda. Durant l’enquête, Ngenzi a expliqué avoir été dépassé par la folie meurtrière et n’avoir rien pu faire pour s’y opposer.

>> Lire aussi : Entretien entre Paul Kagamé et Laurent Fabius à Libreville

Ngenzi et Barahira ont fui le Rwanda dès avril 1994. Le premier a été retrouvé à Mayotte en 2004 où, sous une fausse identité, il avait sollicité le statut de réfugié politique. Barahira a été interpellé en avril 2013 à Toulouse, où il s’était installé.

Alain Gauthier, président du Collectif des parties civiles pour le Rwanda (CPCR), a exprimé sa "satisfaction de voir que le processus des procès soit enclenché". Selon lui, la traque des génocidaires réfugiés en France "porte ses fruits".

(Avec AFP)

 

Newsletter :
déjà 250 000 inscrits !

Recevez chaque jour par email,
les actus Jeune Afrique à ne pas manquer !

Jeune Afrique Digital

L'abonnement 100% numérique

consultable sur smartphone, PC et tablette

JA3093_600b devices

Profitez de tous nos contenus
exclusifs en illimité !

Inclus, le dernier numéro spécial de Jeune Afrique

Abonnez-vous à partir de 1€

Abonné(e) au journal papier ?

Activez votre compte
Fermer

Je me connecte