Politique

Libye : le Parlement confirme Ahmed Miitig au poste de Premier ministre

De plus en plus isolé, réuni dans un ancien palais royal dans l’est de Tripoli, le Parlement libyen a accordé dimanche in extremis sa confiance au cabinet du Premier ministre Ahmed Miitig. Celui-ci doit organiser des législatives prévues le 25 juin, dans un climat sécuritaire très difficile.

Mis à jour le 26 mai 2014 à 10:15

Le Premier ministre libyen désigné Ahmed Miitig, le 21 mai 2014 à Tripoli. © Mahmud Turkia/AFP

Contesté, fragilisé par les attaques des milices et la dissidence du général à la retraite Khalifa Haftar à Benghazi, le Parlement libyen tente de se maintenir tant bien que mal dans la tempête. Dimanche, réuni dans un ancien palais royal dans l’est de Tripoli pour des raisons de sécurité, il a accordé in extremis après plusieurs heures d’attente sa confiance au cabinet du Premier ministre Ahmed Miitig, avec 83 voix sur 94 députés présents. Celui-ci, qui avait été élu début mai dans des circonstances contestées par les libéraux (les islamistes auraient laissé le vote ouvert pour des retardataires après l’annonce du résultat, pour atteindre les 121 voix requises), a pour tâche principale de mener le pays à des législatives fixées au 25 juin.

Ahmed Miitig, un homme d’affaires de 42 originaire de Misrata (ouest), est le cinquième et le plus jeune chef de gouvernement depuis la chute du régime de Mouammar Kadhafi en 2011. Méconnu du grand public et appuyé par les islamistes, il succède à Abdallah Al-Theni, qui assurait l’intérim depuis le limogeage le 11 mars d’Ali Zeidan, un libéral, après un bras de fer de plusieurs mois avec les islamistes.

Mais le CGN, issu du premier scrutin libre du pays en juillet 2012, s’est attiré de nombreuses critiques surtout pour avoir unilatéralement prolongé son mandat jusqu’en décembre 2014. Ses détracteurs accusent aussi les blocs parlementaires islamistes de "complicité" avec les groupes radicaux qui sévissent en particulier dans l’Est. Un groupe armé de la ville de Zenten, au sud-ouest de Tripoli, qui estime que cette instance n’a "plus de légitimité", a mené le 18 mai une attaque contre les locaux du CGN, exigeant sa dissolution.

Multiplication d’appels au dialogue

Un général dissident, Khalifa Haftar, a accentué la pression en lançant le 16 mai une campagne baptisée "la Dignité" contre les groupes extrémistes et en réclamant la dissolution du CGN. Cette opération a reçu le soutien de plusieurs brigades et milices et l’adhésion d’une grande partie de la population. Samedi, M. Haftar, que le CGN accuse de mener un coup d’État, a affirmé avoir reçu un "mandat du peuple… pour purger le pays des terroristes et extrémistes". Dans ce contexte, le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon a demandé samedi "à toutes les parties en Libye de s’abstenir de toute action pouvant miner la transition démocratique et de reprendre le dialogue".

Se joignant à cet appel, l’envoyé spécial de l’Union européenne à Tripoli, Bernardino León, a solennellement appelé dimanche les Libyens au dialogue et au renforcement des institutions de l’Etat. "Ce n’est pas un message de l’UE ou de la communauté internationale, c’est un message qui vient de la rue libyenne", a-t-il déclaré à Tripoli en appelant au maintient de la date du 25 juin pour les législatives.

"Nous devons travailler ensemble, la Libye et la communauté internationale, pour se débarrasser des groupes qui tuent et entravent le fonctionnement de l’État", a-t-il ajouté. Dans ce contexte tendu, la cour pénale de Tripoli, chargée de juger une quarantaine de dignitaires de l’ancien régime de Mouammar Kadhafi, dont son fils Seif al-Islam, a une nouvelle fois renvoyé le procès, désormais fixé au 22 juin.

(Avec AFP)