Droits de l’homme

Maroc : le « Hirak de Jérada » se donne le temps de la réflexion

Sit-in des habitants de Jérada le 3 février 2018 demandant une politique de développement économique et de désenclavement de leur région. © AP/SIPA

Les habitants de l'ancienne ville minière se sont donnés un délai de réflexion avant de répondre au plan de développement proposé par Saadeddine El Othmani, il y a dix jours. En attendant, aucun sit-in n'est organisé.

Un calme précaire est revenu dans la ville de Jérada, dix jours après la visite du chef du gouvernement Saadeddine El Othmani dans la région de l’Oriental et l’annonce d’une série de mesures censées sortir cette région de son enclavement. « Il n’y a plus de sit-in de protestation devant la municipalité depuis cette date », rapporte à Jeune Afrique Abdelouahab Houmani, membre de la section locale de la Confédération démocratique du travail (CDT), un syndicat implanté dans la ville.

Consultation de la base

Les jeunes du « Hirak de Jérada » – reproduction du « Hirak du Rif », mouvement contestataire né en octobre 2016 suite à la mort accidentelle d’un marchand de poisson -, ont ouvert une large consultation populaire aux quatre coins de la ville. Ils tentent d’expliquer aux habitants ce que le gouvernement leur a proposé et recueillent leurs réactions.

AP/SIPA

Selon des sources sur place, le débat se déroule tous les jours dans cinq lieux différents de cette ville frontalière de l’Algérie. Des assemblées qui rassemblent hommes et femmes. D’un côté, il y a ceux qui prônent l’arrêt total des protestations. De l’autre, ceux qui veulent continuer à maintenir la pression sur les autorités afin de pousser celles-ci à appliquer dans les plus brefs délais les engagements pris.

Les réactions sont également mitigées au sein des syndicats de la ville qui ont publié un communiqué samedi 17 février. Quatre centrales syndicales et un parti politique, le Parti socialiste unifié (PSU), se sont dits « satisfaits » de l’initiative gouvernementale mais appellent l’équipe d’El Othmani à trouver une solution à certains problèmes en suspend. En particulier, ils réclament le renforcement du réseau routier reliant Jérada à d’autres villes et la création d’un campus universitaire.

Le deuil et la colère

AP/SIPA

La ville vit au rythme des manifestations pacifiques depuis la mort, fin décembre, de deux frères piégés dans un puits clandestin. Le 1er février, un nouveau décès dans les mêmes circonstances a encore renforcé le climat de défiance qui règne sur la ville.

Plusieurs membres du gouvernement El Othmani se sont alors déplacés avec l’ambition affichée de dialoguer avec la population. Il ont annoncé le « retrait des permis d’exploitation non conformes à la loi » et un vaste plan de réhabilitation socio-économique avec, au centre, la question de l’emploi.

Les habitants de la ville demandent des mesures répressives contre « les barons du charbon » qui ont accumulé des richesses sur le dos des mineurs démunis. Car, même si l’activité d’extraction de ce minerai est interdite depuis la fermeture de la mine en 1998, certains notables ont bénéficié d’agréments dans des conditions qualifiées d’« obscures ».

Selon un communiqué de la préfecture de Jérada, suite aux contestations, les autorités marocaines ont procédé au retrait de cinq permis pour non respect des cahiers des charges. « Ces permis seront retirés et j’irai jusqu’au bout », avait promis Saadeddine El Othmani lors un Conseil de gouvernement début janvier.

Les autorités marocaines n’ont en revanche pas accédé aux revendications portant sur la gratuité des services d’eau et d’électricité, jugées excessives. Elles se sont cependant engagées à mettre en place des facilités pour le paiement des factures.

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