Politique

Libye : Haftar, un Sissi à Tripoli ?

Khalifa Haftar, lors de sa conférence de presse à Benghazi, le 17 mai.

Khalifa Haftar, lors de sa conférence de presse à Benghazi, le 17 mai. © AFP

Khalifa Haftar rêve d’un destin national. Ce général se pose en rempart contre les islamistes. Et tente un pari risqué : sortir la Libye du chaos, ou l’y enfoncer encore un peu plus.

En lançant, le 16 mai, une offensive d’ampleur (au moins 80 morts) contre des brigades islamistes de Benghazi, le général Khalifa Haftar, 71 ans, s’est replacé au centre de l’équation libyenne. L’"opération Dignité" n’a pas encore remporté de bataille décisive. Sous couvert de "lutter contre le terrorisme", Haftar cherche d’abord à rassembler un maximum de soutiens, sans préciser s’il vise à se défaire des jihadistes ou à éradiquer tous les islamistes.

Deux jours plus tard, les milices zintanies Qaaqqaa et Sawaiq, officiellement loyales au ministère de la Défense et, surtout, proches de l’Alliance des forces nationales de Mahmoud Jibril, ont coordonné avec Haftar l’attaque contre le Congrès national général (CNG), le Parlement contrôlé par les islamistes. Ali Zeidan, l’ancien Premier ministre, et des officiers supérieurs se sont rangés du côté de l’"opération Dignité". "Ce sera eux ou nous", a résumé le colonel Wanis Boukhmada, commandant des Forces spéciales à Benghazi, en choisissant le camp Haftar. Même Ibrahim el-Jadhran, le chef de milice d’Ajdabiya, joint sa voix aux pro-Haftar.

Haftar : un opportuniste ?

Cette coalition hétéroclite ne soutient pas les ambitions politiques pudiquement affichées par Haftar, dans une interview à Asharq Al-Awsat le 20 mai : "Si le peuple fait appel à moi, je suis prêt." En 2011, il avait interrompu un long exil en Virginie (États-Unis) pour rejoindre le soulèvement anti-Kadhafi, sans trouver un poste à la mesure de son appétit de pouvoir. Rival du général Abdelfattah Younès, le commandant des forces rebelles assassiné le 28 juillet 2011, il n’avait pas réussi à s’imposer comme chef d’état-major. Appuyé aujourd’hui par l’Égypte et l’Arabie saoudite au nom de la lutte contre les Frères musulmans, il se rêverait un destin à la Sissi. "Cela fait des semaines que le général plaide sa cause auprès des chancelleries. Tout le monde était au courant de ce qui se tramait, et les ambassades ont réduit leur personnel", confie une source sécuritaire à Tripoli.

Aux yeux de l’opinion, Haftar passe pour un opportuniste. Commandant des troupes libyennes contre le Tchad en 1987, il est fait prisonnier et passe un accord avec la CIA afin de diriger l’opposition armée à Kadhafi. Ses anciens camarades du Front national pour le salut de la Libye ne sont pas les derniers à le critiquer.

Depuis l’élection du CNG, en juillet 2012, la scène politique se polarise entre nationalistes et islamistes, qui dominent, avec l’appui des élus indépendants, un gouvernement faible. Celui-ci est incapable de faire face aux assassinats ciblés dans l’Est, aux trafics dans le Sud et au pouvoir grandissant de milices liées à l’internationale jihadiste. Le chaos n’épargne pas la capitale, Tripoli. Mi-mars, Ali Zeidan, le Premier ministre libéral, a été débarqué par le CNG après des mois de bras de fer. Son successeur, le ministre de la Défense, Abdellah al-Thenni, a jeté l’éponge un mois plus tard.

Désigné mais pas encore investi, Ahmed Mitig, le nouveau Premier ministre, s’accroche encore à son (futur) poste, malgré les appels des pro-Haftar à une démission du Parlement qui l’a élu. À la demande du président du CNG, Nouri Bousahmein, le "Bouclier central de la Libye", groupement de milices de Misrata, a investi la capitale le 22 mai. En l’absence d’un accord politique, le choc entre milices de Zintan et celles de Misrata risque d’aggraver encore ce qui ressemble déjà à une guerre civile.

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