Musique

États-Unis – Ghana : le rêve « afropolitain » de Blitz The Ambassador

| Par
Blitz crée une communion perpétuelle entre les musiques africaines et américaines.

Blitz crée une communion perpétuelle entre les musiques africaines et américaines. © AFP

Convaincu que l’avenir du continent se joue aujourd’hui, Blitz the Ambassador, rappeur ghanéen installé à New York, appelle les artistes africains à se saisir de l’industrie musicale.

Par une fraîche soirée printanière, les spectateurs parisiens retardataires se pressent pour valider leur ticket et s’engouffrer dans la salle en sous-sol de La Maroquinerie, d’où s’échappent de sourdes vibrations. Quelques marches dévalées et deux portes battantes poussées plus tard, la météo est immédiatement plus clémente. Sur scène, le rappeur new-yorko – ghanéen Blitz the Ambassador ne s’est pas embarrassé de préliminaires pour délivrer l’incroyable énergie de son nouvel album, Afropolitan Dreams, qu’il est venu présenter au public français.

Accompagné de sa solide formation de musiciens – The Embassy Ensemble -, l’artiste né en 1982 déploie une diplomatie musicale africaine-américaine qui met tout le monde d’accord sur un point : on danse ! Blitz impose son flow pendant plus d’une heure sur une bande-son d’une redoutable efficacité passant des rythmiques funky façon J.B.’s aux tempo envoûtant de l’afrobeat du maître nigérian Fela, invoquant la soukouss congolaise et, bien sûr, le highlife ghanéen, comme pour mieux montrer cette communion désormais perpétuelle entre les musiques des deux continents.

Cet éclectisme musical très présent sur ce troisième album – sur lequel il a invité la Béninoise Angélique Kidjo, la Germano-Nigériane Nneka ou encore Seun Kuti, fils de qui on sait – témoigne d’abord de son amour pour la musique africaine, qui a bercé son enfance à Accra au sein d’une famille de mélomanes. « J’ai grandi avec la musique. À chaque étape importante de la vie que sont les naissances ou les mariages, des brass bands ou des DJ assuraient l’ambiance. Mon père possédait aussi une importante collection de vinyles. J’ai ainsi grandi au milieu des classiques de l’afrobeat, des lignes de guitare soukouss, du highlife ghanéen… »

Une nouvelle perception « globalisante »

Mais Afropolitan Dreams présente aussi et surtout un caractère autobiographique, redessinant ce mouvement de balancier, musical et personnel, entre les deux rives de l’Atlantique, commencé en 2001, lorsque Samuel Bazawule – son vrai nom – s’est envolé pour New York avec le rêve secret de percer dans le rap. « La vie d’un immigré à New York est comme la vie d’un immigré partout ailleurs dans le monde, explique-t-il. Tu essaies de ne pas oublier qui tu es, tu essaies de maintenir tes passions, ton « africanité »… J’étais constamment dans des mondes différents, passant de la communauté ghanéenne du Bronx à l’univers de mes amis rappeurs américains, qui n’ont aucune connaissance du continent africain ! » Avec cette nouvelle perception « globalisante » du monde, Blitz the Ambassador transforme le rêve américain en rêve afropolitain, d’où le titre de cet album : « L’Afropolitain, c’est un Africain qui voyage, qui vit à l’étranger et qui a donc acquis une vision globale du monde. Et l’expression « Afropolitan dreams« , qui vient bien sûr de l’expression « American dream« , renvoie à la volonté de ces Afropolitains de revenir sur le continent pour contribuer à son développement. »

Contrôler la machine publicitaire

Engagé sans pour autant avoir d’ambition politique, l’artiste tient un discours précis sur le chemin à parcourir pour que les artistes africains deviennent des acteurs de l’industrie musicale. Pour cet ancien étudiant en marketing, la clé du succès tient dans leur aptitude à prendre les choses en main. « On a des artistes incroyables sur le continent, mais personne ne les entend parce que nous ne possédons pas les importantes industries de promotion occidentales, constate-t-il. Mais aujourd’hui, avec internet, nous avons un outil de communication mondial. Notre plus grand défi est de pouvoir contrôler la machine publicitaire. » Alors, lorsqu’il chante avec Oxmo Puccino « Africa Is the Future » (en écoute ci dessous), c’est pour mieux épingler la vacuité de ce slogan et l’hypocrisie de ceux qui le prononcent. « J’essaie de dire aux gens que le futur se construit aujourd’hui. « Africa Is the Future » est un oxymore en quelque sorte. C’est une manière de rappeler que nous devons prendre nos responsabilités maintenant. »

 

Newsletter :
déjà 250 000 inscrits !

Recevez chaque jour par email,
les actus Jeune Afrique à ne pas manquer !

Jeune Afrique Digital

L'abonnement 100% numérique

consultable sur smartphone, PC et tablette

JA3094_600 devices

Profitez de tous nos contenus
exclusifs en illimité !

Inclus, le dernier numéro spécial de Jeune Afrique

Abonnez-vous à partir de 1€
Fermer

Je me connecte