Politique

Palestine : l’OLP a 50 ans et toutes ses dents

Mis à jour le 30 mai 2014 à 12:51

Créée à Jérusalem le 28 mai 1964, l’Organisation de libération de la Palestine reste le cadre unitaire et la matrice des multiples sensibilités du mouvement national. Et n’a pas dit son dernier mot.

OLP : trois lettres pour Organisation de libération de la Palestine. Cinquante ans après sa création, les trois éléments du fameux sigle sonnent comme le rappel des défis persistants des Palestiniens dans leur quête de l’autodétermination. "Seule représentante légitime du peuple palestinien", reconnue comme telle par la communauté internationale depuis 1974, l’OLP n’a pas encore atteint la "libération" en dépit des promesses du processus de paix et du récent activisme de pèlerin du secrétaire d’État américain, John Kerry. Ni les miettes de territoires sous administration palestinienne (quelques villes de Cisjordanie), ni la prison à ciel ouvert de Gaza ne forment l’embryon d’un État. Pourtant, la Palestine existe. En dépit du refus répété des gouvernements successifs israéliens, depuis l’assassinat de Yitzhak Rabin, en 1995, d’accepter les conditions d’une paix juste et durable, l’idée nationale, par-delà les retournements d’alliances et les violences intestines, est vivante : l’OLP en est à la fois la gardienne et le porte-parole. "La vraie prouesse de l’OLP a été de faire vivre la question palestinienne en nourrissant le sentiment national des Palestiniens, analyse l’historien israélien Ilan Pappé. Le mouvement sioniste et, plus tard, l’État d’Israël ont beaucoup oeuvré à fragmenter la société palestinienne en petits groupes. L’OLP a réussi à contrer cette dynamique en offrant, jusqu’à la création de l’Autorité palestinienne (AP), un cadre consensuel contre la politique israélienne du divide et impera."

Une bonne partie de l’opinion internationale a découvert l’OLP avec la prise d’otages tragique d’athlètes israéliens lors des Jeux olympiques de Munich, en août 1972. L’opération est revendiquée par Septembre noir, dont le nom fait référence au conflit armé avec le roi Hussein de Jordanie, qui mena à l’expulsion des Palestiniens d’Amman en 1971. Mais, le 13 novembre 1974, Arafat triomphe. Il est accueilli par une standing ovation à l’Assemblée générale de l’ONU, que préside un certain Abdelaziz Bouteflika. Le chef des fedayins savoure son heure de gloire au terme d’un discours resté célèbre : "Je suis venu porteur d’un rameau d’olivier et d’un fusil de révolutionnaire, ne laissez pas tomber le rameau de ma main." La première session du Conseil national palestinien, le Parlement de l’OLP, du 28 mai au 2 juin 1964, à Jérusalem, n’aura pas laissé un souvenir aussi impérissable. Pas plus que le premier président de l’organisation, Ahmed Choukairy, élu par une majorité écrasante des 422 délégués. Ce dernier est un avocat-diplomate habitué des arcanes de la Ligue arabe, mais sans réelle assise populaire. Pour beaucoup, il est l’homme du roi Hussein, et surtout de Nasser.

 © Infographie : Elena Blum pour Jeune Afrique

La défaite arabe lors de la guerre des Six-Jours, en juin 1967, fait émerger une nouvelle génération. Au sein de cette avant-garde, un jeune ingénieur expatrié au Koweït sort du lot : Yasser Arafat, cofondateur, dès 1959, du Fatah ("conquête"), acronyme inversé en arabe du Mouvement de libération de la Palestine, qui dominera la scène palestinienne jusqu’aux années 2000. Après 1967, d’autres partis font leur apparition, comme le Front populaire de libération de la Palestine (FPLP), créé autour de Georges Habache et dont une scission donnera naissance, en 1969, au Front démocratique de libération de la Palestine (FDLP), de Nayef Hawatmeh. Les pays arabes continuent d’infiltrer l’OLP ; la Syrie en suscitant la Saïqa, l’Irak en soutenant le Front de libération arabe. En 1969, Arafat est élu président du comité exécutif, et réélu régulièrement jusqu’à sa mort, en 2004.

Au nom du combat pour l’indépendance

Investie de la fonction de représentante de l’ensemble du peuple palestinien, l’OLP a donc toujours assumé parallèlement un autre rôle : celui de facilitateur entre différents courants, au nom du combat pour l’indépendance au-delà des divergences d’approche et des luttes de pouvoir. Le 23 avril dernier, ce sont des représentants de l’OLP (et pas seulement du Fatah) qui ont conclu avec le Hamas un énième accord de réconciliation. Le Hamas et l’OLP se sont finalement entendus sur le principe de la formation d’un gouvernement d’union dans un délai de cinq semaines. Ce cabinet formé de personnalités indépendantes et de technocrates sera placé sous l’autorité du président Mahmoud Abbas. Trois semaines plus tard, le président de l’AP rencontrait le chef du Hamas, Khaled Mechaal, à Doha, les deux hommes affichant leur volonté conjointe de faire respecter les engagements de leurs mouvements respectifs. Premier signe palpable de détente entre les frères ennemis : à Gaza, la censure des journaux édités en Cisjordanie a été levée par le Premier ministre du Hamas, Ismaïl Haniyeh.

Si les discussions aboutissent, le nouveau gouvernement sera notamment chargé de "préparer des élections législatives et présidentielle". Actuellement, le mandat du président Abbas, élu en 2005 à la tête de l’AP pour cinq ans, est échu. Les dernières législatives, en janvier 2006, ont été remportées par le Hamas, et la crise interpalestinienne qui a suivi s’est soldée, en juin 2007, par une séparation de fait entre, d’un côté, un gouvernement Hamas dans la bande de Gaza et, de l’autre, un État dominé par le Fatah dans quelques villes de Cisjordanie, sous contrôle de l’AP. Sortie affaiblie de ce bras de fer, l’AP est plus que jamais dépendante de l’aide internationale, une rente qui attise les rancoeurs. Mahmoud Abbas agite régulièrement la menace de sa dissolution. C’est clairement un atout dans son jeu, car il trouverait là le moyen de prouver à ses concitoyens qu’il n’est pas une marionnette d’Israël et des États-Unis.

Le navire amiral de la lutte nationale

Pour l’éditorialiste Daoud Kuttab, les dirigeants de son peuple ont été "trompés par les attributs extérieurs d’un État : une équipe olympique portant le drapeau du pays, un président et un Parlement, des timbres, des plaques d’immatriculation, un hymne national, des ministères, une garde présidentielle. Mais tout ça a un prix".

 

L’initiative intrapalestinienne, qui conduirait à terme à réhabiliter le Hamas, a immédiatement servi de prétexte à Tel-Aviv pour suspendre les discussions en cours. Le Hamas refuse en effet de reconnaître l’État d’Israël comme un préalable, mais, de son côté, l’OLP maintient que l’AP demeure l’interlocuteur unique et officiel des Israéliens. "Quand des responsables israéliens [d’extrême droite comme Naftali Bennett ou Uri Ariel] s’opposent à la reconnaissance du droit des Palestiniens à un État, personne ne s’en plaint à Netanyahou", souligne un proche collaborateur d’Abbas. Mais si l’Autorité venait à se saborder, l’OLP demeurerait le navire amiral de la lutte nationale. C’est bien là un paradoxe : de mouvement armé, taxé de terrorisme, avant de gagner une légitimité internationale, l’OLP s’est institutionnalisée jusqu’à s’effacer, en apparence, devant l’AP. Le chemin inverse est-il possible ? "Officiellement, le siège de l’OLP est toujours à Tunis. L’OLP reste légitime et centrale, elle va continuer d’exister tant que les Palestiniens n’auront pas obtenu leurs droits", estime Benoît Challand, historien et spécialiste de la Palestine à l’université de Fribourg, en Suisse. Même si leur QG de Hammam Chott a été presque rasé par un bombardement israélien en 1985, les fedayins n’ont donc pas rapatrié tous les symboles de leur lutte. Il faut dire que l’OLP est une habituée des déménagements : Amman, Beyrouth, Tunis, Gaza, Ramallah… Jusqu’à quand ?