Elections

Élections en Guinée : le RPG en tête dans les grandes villes, l’UFDG se maintient, l’UFR en faiseur de rois

La Ceni a débuté vendredi 9 février la proclamation officielle des résultats des élections communales tenues le 4 février. © Diawo Barry pour Jeune Afrique

Près de deux semaines après les élections communales du 4 février, la majeure partie des résultats a été proclamée. Dans les communes urbaines, le RPG Arc-en-ciel, au pouvoir, est donné largement en tête. Mais il se trouve au coude à coude avec l'UFDG dans de nombreuses villes du pays, où l'UFR pourrait jouer les arbitres.

Bien qu’encore partiels, les résultats proclamés par la Commission nationale électorale indépendante (Ceni) dans la nuit de vendredi à samedi permettent de dégager les grandes tendances des premières élections communales organisées en Guinée depuis 2005. Celles-ci ont donné lieu, dès le lendemain du vote, dimanche 4 février, à des contestations et à une poussée de violence dans certaines localités du pays.


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Le scrutin a porté sur 342 circonscriptions électorales, réparties entre 304 communes rurales et 38 communes urbaines. Ce samedi, les résultats de quatorze circonscriptions restent toujours inconnus, deux semaines après le vote.

Le découpage administratif de la Guinée scinde le pays en 33 préfectures, dont chacune compte une commune urbaine. S’y ajoutent les cinq communes de la zone spéciale de Conakry, pour un total de 38 communes urbaines. Sur la base d’une publication au compte-gouttes, la Ceni totalisait à ce jour les résultats de 34 communes urbaines sur 38.

Le RPG en tête dans les communes urbaines

Seize d’entre elles ont été remportées par le parti au pouvoir, le RPG Arc-en-ciel d’Alpha Condé, qui totalise 369 sièges selon les résultats de la Ceni. Six de ces communes urbaines remportées par le RPG se trouvent dans son fief traditionnel, la Haute Guinée. Le parti réalise le même score en Guinée forestière et remporte quatre communes urbaines en Basse Guinée.


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Son principal adversaire, l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG) du chef de file de l’opposition, Cellou Dalein Diallo, a remporté dix communes urbaines dans tout le pays : sept dans son fief de la Moyenne Guinée, où il règne en maître absolu, et trois en Basse Guinée. Au total, l’UFDG obtient 319 sièges dans les 38 communes urbaines du pays.

Il faudra cependant attendre l’issue des contentieux qui retardent la publication des résultats de Ratoma, la deuxième grande commune de Conakry, un fief traditionnel de l’UFDG. Seront également déterminants les résultats de la commune urbaine de Dubréka, à 50 km de Conakry, très disputée entre le principal parti d’opposition et celui au pouvoir.

S’appuyant sur les résultats centralisés par sa propre formation politique, Cellou Dalein Diallo a assuré jeudi, lors d’une conférence de presse, avoir remporté toutes les communes de la Basse Guinée (hormis Boffa) et de Conakry (à l’exception de Kaloum).

Il a pointé du doigt des « magouilles » orchestrées au niveau des Commissions administratives de centralisation des votes, qui auraient abouti selon lui à l’annulation de procès-verbaux qui lui étaient favorables. Tout en se réjouissant « d’une performance de l’UFDG dans des zones réputées fiefs du RPG », Cellou Dalein Diallo a affirmé qu’il refusait de se « laisser voler sa victoire ».


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RPG et UFDG au coude à coude en Basse-Guinée

Le RPG Arc-en-ciel et l’UFDG sont à égalité dans certaines communes de la Basse Guinée. Avec 14 sièges chacun, le parti au pouvoir se voit ainsi bousculé par son challenger dans son habituel fief de Matoto, la plus grande commune du pays. Les deux formations sont également à égalité à Boké (9 sièges), à Kindia (17 sièges) et à Gaoual (10 sièges).

Toutes ces communes âprement disputées entre les deux géants politiques du pays se trouvent en Basse Guinée, autrefois fief de l’Union des forces républicaines (UFR) de Sidya Touré, ancien Premier ministre et actuel Haut représentant d’Alpha Condé

L’UFR, un outsider faiseur de rois

Sur les 34 communes urbaines dont les résultats sont disponibles, l’UFR n’en a remporté aucune. Mais elle a enregistré de bons scores à Matam (8 sièges), à Matoto (7 sièges) et à Boké (7 sièges). Dans l’ensemble, le parti de Sidya Touré totalise 63 sièges et Conserve sa place de troisième force politique de la Guinée.

Déçu, Sidya Touré dénonce des fraudes « massives » qu’il estime avoir été orchestrées par l’administration en faveur du parti au pouvoir. Si le RPG et l’UFR ont présenté une liste commune dans la commune de Dixinn, en banlieue de Conakry, l’ancien Premier ministre n’exclut pas de prendre ses distances lors de la formation des alliances pour élire les maires devant diriger les communes. Ce qui ne serait pas à l’avantage du RPG, en ballottage dans les nombreuses communes où il arrive à égalité avec l’UFDG.

Scores mitigés pour les indépendants

Les élections communales ont par ailleurs enregistré l’émergence de candidatures indépendantes qui, habituellement, ne sont pas permises par la législation guinéenne lors des scrutins présidentiel et législatif.

Ainsi, la commune de Kaloum – quartier administratif et des affaires, qui abrite la plupart des départements ministériels et le Palais présidentiel – a été remportée par la liste indépendante « Kaloum Yigui » (« la confiance à Kaloum », en soussou) d’Aminata Touré, entrepreneure et fille de Sékou Touré, le premier président de la Guinée. Avec 11 sièges, elle distance ainsi le RPG (7 sièges), l’UFR (6) et l’UFDG (4).

Pari non tenu, en revanche, pour Domani Doré, l’ancienne ministre des Sports. Transfuge du RPG, sa liste « Guinée audacieuse » n’a obtenu qu’un seul siège dans la commune de Matoto, en banlieue sud-est de Conakry.

De son côté, l’huissier de justice Saïdouba Kissing Camara s’est imposé dans la douleur chez lui, à Boffa, avec 10 sièges. Le président de la Commission administrative de centralisation des votes a en effet dû prendre la tangente sous la menace des populations, qui le soupçonnaient de préparer une fraude en faveur du parti au pouvoir, arrivé finalement deuxième avec quatre sièges.

À Dinguiraye (Haute Guinée), c’est une candidature indépendante qui est arrivée en tête, à égalité avec l’UFDG (9 sièges chacun).

Le même scénario s’est répété à Faranah, toujours en Haute Guinée, entre le RPG et une liste indépendante, à raison de 12 sièges chacun. Alors que le PDG-RDA, l’ancien parti-État, n’a obtenu qu’un siège dans la ville natale de son fondateur, Sékou Touré.

« Siguiri en marche » a fait un score honorable (12 sièges) dans la commune urbaine de Siguiri, malgré tout remportée par le parti au pouvoir, tandis que le candidat indépendant Badra Koné a obtenu 8 sièges dans la commune de Matam, dans la banlieue sud de Conakry, également gagnée par le RPG Arc-en-ciel.

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