Droits de l’homme

Égypte : Abdel Fattah al-Sissi remporte la présidentielle avec 96% des voix

Des partisans de Sissi dans les rues du Caire le 28 mai. © AFP

Onze mois après avoir destitué l'islamiste Mohamed Morsi et éliminé toute opposition, l'ex-chef de l'armée Abdel Fattah al-Sissi a remporté, comme prévu, le scrutin présidentiel avec 96 % des voix.

Sans surprise, l’ex-chef de l’armée Abdel Fattah al-Sissi a remporté la présidentielle égyptienne avec une victoire écrasante en obtenant pas moins de 96% des voix. Ayant au préalable – depuis la destitution du président islamiste Mohamed Morsi – éliminé toute opposition, laïque ou religieuse, son unique adversaire, Hamdeen Sabbahi, une vieille figure de la gauche et considéré souvent comme un simple faire-valoir, n’avait quasiment aucune chance. Il a reconnu sa défaite jeudi, n’empochant que 3,8% des suffrages validés, selon des résultats préliminaires mais portant sur la quasi-totalité des bureaux de vote.

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Ce véritable plébiscite, prédit par tous les experts, a précipité en pleine nuit dans les rues du Caire des milliers de supporteurs de l’homme fort du pays, objet d’un véritable culte de la personnalité depuis qu’il a chassé du pouvoir des islamistes régulièrement élus mais vite devenus impopulaires. Concerts de klaxons, feux d’artifice, danses et chants ont retenti toute la nuit et les télévisions publiques et privées, promoteurs unanimes de la Sissi-mania depuis 11 mois, ont rivalisé de longues heures de plateaux peuplés d’experts et commentateurs remplis d’extase.

Cette victoire était cependant courue d’avance dans un pays où toute voix dissidente est réprimée et les opposants décimés, emprisonnés ou devant la justice. Les pro-Morsi ont été les premières victimes de l’implacable répression des autorités installées par Sissi qui a fait plus de 1 400 morts dans leurs rangs, quelque 15 000 arrestations et des centaines de condamnations à mort expéditives. Les mouvements de la jeunesse progressiste et laïque ont ensuite été les cibles des forces de l’ordre et de la justice, qui a interdit le principal mouvement.

Les observateurs de l’Union européenne ont estimé que cette élection avait "respecté la loi" mais ont regretté l’absence de "certains acteurs" de l’opposition. Washington a fait part de son inquiétude quant au climat politique ayant précédé le scrutin.

"Nous restons inquiets, de manière plus générale, quant à l’environnement de restrictions politiques qui a précédé ces élections (…) y compris des arrestations politiques et des limitations à la liberté de la presse. La démocratie c’est plus que des élections et nous continuerons à faire pression pour que des progrès soient réalisés dans tous ces domaines", a indiqué Jen Psaki, porte-parole du département d’État américain.

Retour vers le passé ?

Trois ans après la révolte qui renversa Hosni Moubarak, les militants des droits de l’homme accusent le pouvoir dirigé de facto par les militaires d’être encore plus autoritaire que celui de M. Moubarak, même s’il jouit d’une grande popularité au sein d’une population majoritairement excédée par trois années de chaos dans un pays ruiné.

Le score de M. Sissi, seul homme à poigne capable de ramener la stabilité et de redresser l’économie en ruines selon ses partisans, "nous ramène à une configuration qu’on espérait ne plus revoir après les révolutions arabes de 2011", déplore toutefois Karim Bitar, directeur de recherche à l’Institut de relations internationales et stratégiques en France.

"Peu de gens auraient imaginé, à la chute de Moubarak, que trois ans plus tard, un maréchal en lunettes de soleil, nouveau pharaon, se ferait élire à 96%, sans même avoir présenté un programme ou fait campagne", poursuit ce spécialiste du Moyen-Orient. Mais ce score reste suspendu au taux de participation, que les autorités ont voulu doper en ajoutant un troisième jour de scrutin au dernier moment. Il s’établirait finalement à quelque 47%, soit 25 millions de votants, selon le gouvernement. Comme l’écrit Shadi Hamid, chercheur au Saban Center américain, dans l’immédiat "nous n’avons aucun moyen de vérifier les chiffres du gouvernement, il n’y aucun comptage parallèle et pas assez d’observateurs internationaux".

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"Climat de répression"

L’ex-chef des armées, qui réclamait avec obsession un adoubement populaire massif, avait espéré pas moins de "45 millions" de voix. Il est finalement élu avec plus de 21 millions des suffrages exprimés. Le taux de participation est inférieur à la présidentielle de 2012 (51,85%), mais le maréchal empoche près du double des voix qu’avait alors recueillies Mohamed Morsi (13,2 millions), fait valoir le camp Sissi.

La coalition pro-Morsi, qui appelait au boycott, s’est félicitée d’avoir remporté "la victoire dans la bataille des bureaux de vote vides", y voyant "la chute du coup d’État militaire" du 3 juillet. Si "les médias officiels ont contribué à forger à M. Sissi une légende de sauveur et d’homme providentiel, ce matraquage n’a pas suffi à mobiliser les masses", le privant du "plébiscite qu’il espérait", analyse Karim Bitar.

L’organisation de défense des droits de l’homme Human Rights Watch a souligné pour sa part "le climat de répression qui sape gravement l’impartialité de cet élection", rappelant les "milliers d’arrestations d’opposants, islamistes et laïques, qui ont verrouillé l’espace politique et privé le scrutin de toute signification".

(Avec AFP)

 

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