Politique

RDC : des doutes autour des chiffres de l’enrôlement des électeurs

Un agent électoral vérifie la liste des votants à Kinshasa, le 28 novembre 2011. © Gwenn Dubourthoumieu pour Jeune Afrique

La Commission électorale nationale indépendante (Ceni) a annoncé le 31 janvier la fin des opérations d’identification et d’enregistrement des électeurs. Mais les chiffres de la Ceni laissent apparaître des taux d'enrôlement largement supérieurs aux prévisions. L'opposant Martin Fayulu, candidat déclaré à la présidentielle, évoque d'ores et déjà une « tricherie ».

Très exactement 46 021 454 Congolais se sont inscrits sur les listes électorales en vue des élections fin 2018, avait annoncé le 31 janvier dernier la Commission électorale nationale indépendante. Une opération réalisée en l’espace de dix-huit mois, qui a mobilisé d’importants moyens logistiques pour couvrir l’immensité du territoire congolais.

« Nous soulignons qu’il s’agit ici de données brutes », expliquait Corneille Nangaa, le président de la Ceni, lors de son point presse du 31 janvier. En d’autres termes, les listes électorales doivent encore être affinées, en éliminant les éventuels doublons. Cas de figure plausibles en RDC, où la gestion de l’état civil est largement déficient.

Dix provinces avec des taux d’enrôlement extraordinaires

« Mais cela n’explique pas certains chiffres », juge pour sa part l’opposant Martin Fayulu, membre du Rassemblement et candidat déclaré à l’élection présidentielle. D’ordinaire, on estime qu’environ 44 % de la population s’inscrit sur les listes électorales. Un taux réhaussé à 46 % en RDC pour tenir compte de l’enrôlement par anticipation des jeunes âgés de 16 à 18 ans.

Sur les 26 provinces congolaises, dix d’entre elles – où le président Joseph Kabila a réalisé de mauvais scores lors des élections de 2011 – connaissent pourtant des taux d’enrôlement de leur population supérieurs ou égal à 60 %.

Dans les provinces de l’ex-Équateur (nord-ouest du pays), les taux d’enrôlement oscillent ainsi entre 60 et 74 %. Au total, 5,7 millions de Congolais s’y sont inscrits sur les listes électorales, soit un million de plus qu’à Kinshasa. La capitale congolaise comptait pourtant trois millions d’habitants de plus en 2015, selon les estimations de l’Institut national de la statistique.

Mais la palme de l’enrôlement revient sans conteste au Sankuru, dans le centre du pays, où un peu plus de deux millions de personnes se sont inscrits sur les listes électorales – soit 94 % de la population estimée de cette province. Ils n’étaient pourtant que 626 141 lors de la précédente opération d’enrôlement en 2011. « Personne ne peut comprendre cette augmentation exponentielle, juge Martin Fayulu. Des erreurs sur 100 000 personnes, c’est envisageable. Sur un million, cela me parait absurde. »

État d’enrôlement en RDC au 29 janvier 2018.

Les bulles sont proportionnelles au nombre d’électeurs inscrits dans chaque province.

Des prévisions largement dépassées

Du côté de la Ceni, on reconnaît que leurs prévisions ont été largement dépassées. « Nous essayons de comprendre ce qu’il s’est passé, affirme leur porte-parole Jean-Pierre Kalamba. Mais cette hausse du nombre d’électeurs peut d’ores et déjà s’expliquer par plusieurs facteurs : l’état civil déficient en RDC, l’enrôlement par anticipation des mineurs âgés de 16 à 18 ans, le manque de fiabilité du recensement de la population qui date de 1980. Sans parler de la situation sécuritaire dans les provinces voisines du Kasaï, qui peut avoir obligé la population à se rendre au Sankuru pour obtenir leur carte d’électeur. »

Interrogée fin août par Jeune Afrique sur la hausse déjà perceptible du nombre d’électeurs au Sankuru, le porte-parole de la Ceni avait déjà évoqué « l’arrivée de déplacés en provenance du Kasaï central voisin ». Pourtant, ils seraient seulement 21 000 à avoir franchi la frontière du Sankuru, selon les données du Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies (Ocha). « Un nombre stable tout au long de l’année 2017 », confirme l’Ocha à Jeune Afrique.

Les chancelleries occidentales « prévenues »

Autre fait troublant : l’arrestation fin août 2017 à l’aéroport de Bipemba, au Sankuru, de Bernard Koso, le secrétaire particulier du ministre des Affaires étrangères Léonard She Okitundu, qui transportait dans ses bagages plusieurs centaines de cartes d’électeurs. Une découverte qui alimente les soupçons de « tricherie » selon Martin Fayulu. « Les chancelleries occidentales sont au courant de ces irrégularités, déclare l’opposant. Je les ai moi-même prévenus. Pourtant, elles semblent botter en touche… »

Votre magazine JEUNE AFRIQUE

consultable sur smartphone, PC et tablette

Couverture

Profitez de tous nos contenus exclusifs en illimité !

Abonnez-vous à partir de 7,99€

Déjà abonné(e) ? Accédez au kiosque

Abonnez-vous à la version papier

Fermer

Je me connecte