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Cet article est issu du dossier «TIC : des régulateurs télécoms sous influence»

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Économie

Télécoms : l’essor contrarié des opérateurs virtuels

| Par Jeune Afrique et

S’ils ont connu un développement fulgurant en Europe, aux États-Unis et en Asie, les opérateurs virtuels peinent à percer sur le continent.

Véritable phénomène mondial de ces dix dernières années, les Mobile Virtual Network Operators (MVNO) n’arrivent pas encore à percer sur le continent. Sur les 800 MVNO que compte actuellement le monde, seuls 11 opèrent en Afrique, dont 4 en Afrique du Sud et 2 au Cameroun. D’autres vont bientôt arriver sur le marché, notamment au Kenya, où trois licences viennent d’être octroyées à des opérateurs dits « virtuels ».

En nouant des partenariats avec les opérateurs historiques, les MVNO, et en utilisant leurs infrastructures réseau, les opérateurs virtuels achètent des minutes de communication en gros pour les revendre ensuite au détail, sous un package différent, et à des prix souvent inférieurs aux tarifs du marché. Un business model qui a fait ses preuves dans les pays développés, mais qui peine à se développer en Afrique. Les raisons sont multiples.

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Tout d’abord, aucun pays du continent n’autorise clairement ce genre d’activité, à part le Kenya. « Cela avance à petits pas. Parfois même, les régulateurs font marche arrière, comme au Togo », estime Jean-Michel Huet, directeur associé au cabinet de conseil BearingPoint. Le pays avait en effet annoncé, en 2013, son intention d’accorder des licences à ces nouveaux opérateurs, mais s’est rétracté dix-huit mois plus tard. Les régulateurs de pays comme le Maroc ou la Tunisie ont eux aussi entamé des réflexions depuis quelques années pour avancer dans ce domaine.

Une démarche qui a cependant du mal à se concrétiser. « Les liens entre les opérateurs de télécoms et les États sont généralement très forts. Et le lobbying des opérateurs empêche les régulateurs d’ouvrir le marché », estime un professionnel marocain des télécoms.

Pourtant, les marchés de l’Afrique du Nord sont aujourd’hui prêts à accueillir cette nouvelle génération. « L’Afrique du Nord est considérée comme un marché mature. C’est le bon moment pour ouvrir la voie aux MVNO », estime en effet Jean-Michel Huet.

Saturation

La maturité du marché, c’est justement la clé pour l’émergence des opérateurs virtuels. Et c’est aujourd’hui le principal frein à leur développement sur le continent. En Europe, par exemple, les MVNO ne sont apparus qu’après saturation du marché. Cette saturation a poussé les opérateurs classiques à nouer des partenariats avec des opérateurs virtuels pour accroître leur part de marché, toucher de nouvelles niches de clientèle et optimiser l’utilisation de leur réseau. Ce qui n’est pas encore le cas dans la majorité des marchés africains. « Il y a beaucoup de pays africains qui ont des taux de pénétration du mobile dépassant 100 %, comme le Maroc, le Mali, le Gabon…

La maturité du marché est la clé pour l’émergence de cette nouvelle génération d’opérateurs.

Mais cela ne veut pas dire que ce sont des marchés matures ou saturés », explique Thecla Mbongue, senior research analyst au cabinet Ovum. Une contradiction ? Pas vraiment. « Les taux de pénétration sont souvent faussés par le phénomène des multi-SIM. Au Mali, par exemple, les clients ont généralement plusieurs cartes SIM en plus d’une puce 3G pour la connexion internet. Le taux de pénétration est certes supérieur à 100 %, mais on ne peut pas dire que la couverture soit généralisée ou le marché saturé », explique la consultante.

Autre raison de ce développement contrarié : la faiblesse relative des infrastructures. En Afrique, la majorité des opérateurs est encore en phase d’investissement, ce qui signifie qu’ils utilisent presque toute la capacité de réseaux qui d’ailleurs ont une couverture territoriale limitée. « Pour que les opérateurs virtuels trouvent leur place, il faut que le réseau soit bien déployé, et pas chargé au maximum. Ce qui n’est pas le cas dans beaucoup de pays d’Afrique », explique Jean-Michel Huet.

Niches

Une donne qui risque toutefois de changer dans les cinq prochaines années avec le développement fulgurant du marché du mobile sur le continent. Détenant moins de 1 % de part de marchés actuellement, les MVNO devront monter rapidement en puissance. « Leur part de marché devrait passer à 10 % d’ici à 2018 », prévoit Thecla Mbongue. Un développement qui sera nécessairement porté par des opérateurs disposant déjà d’un core business et ciblant des niches bien précises. « On ne devient pas MVNO du jour au lendemain. Il faut disposer au préalable d’une large base de clientèle et d’un réseau de distribution dense », estime Jean-Michel Huet.

Détenant moins de 1 % de part de marchés actuellement, les MVNO devront monter rapidement en puissance.

Un peu comme Equity Bank au Kenya, institution financière qui entend se lancer dans le mobile money (paiement par téléphone mobile). « Les opérateurs classiques lancent de plus en plus des formules illimitées, mais ce sera difficile pour eux de ne se positionner que sur les prix. C’est sur les appels à l’international, ou sur des niches comme le Data ou l’ethnique, que les MVNO peuvent grappiller des parts de marché », estime Rachid Koumtani, expert franco-marocain en communication ethnique.

Si Virgin Mobile a échoué dans sa pénétration du marché sud-africain, c’est parce qu’il n’a pas apporté d’offres spécifiques par rapport aux opérateurs classiques, quand son concurrent Econet a ciblé la niche des immigrés zimbabwéens, leur offrant la possibilité de passer des appels vers leur pays d’origine à des prix réduits, avec en bonus une assurance décès incluant leur rapatriement. Le Kenya a fait de même : les trois licences que le pays a octroyées en avril ont toutes été données à des opérateurs de niche, comme Equity Bank ou Zioncell, qui cible, lui, la communauté des jeunes chrétiens. « L’Église a déjà un public et un immense réseau de distribution. On pourra peut-être à l’avenir payer sa dîme par mobile. C’est ce genre de modèle qui peut fonctionner », estime Thecla Mbongue.

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