Politique

À Paris, l’opposition tchadienne se souvient de « Ibni »

Ibni Oumar Mahamat Saleh, en avril 2006 à N'Djamena. © KAREL PRINSLOO/AP/SIPA

Une cinquantaines de militants tchadiens se sont réunis à la Fondation Jean Jaurès, en compagnie de socialistes français, pour saluer la mémoire de la plus célèbre figure de l'opposition tchadienne, Ibni Oumar Mahamat Saleh, disparu le 3 février 2008.

« Depuis sa disparition, l’opposition tchadienne est plongée dans la crise… » Parmi la cinquantaine de convives réunis pour commémorer les dix ans de la disparition d’Ibni Oumar Mahamat Saleh, ce samedi 3 février, beaucoup ne cachent pas leur désarroi. Les murs de la Fondation Jean Jaurès, proche du Parti socialiste français (PS), sont recouverts de portraits de l’opposant, mathématicien, ancien ministre de l’Enseignement supérieur puis du Plan et de la coopération, disparu depuis le 3 février 2008.

Une opposition qui tâche de se montrer unie

Khadidja Sahoulba est représentante du Parti pour les libertés et le développement (PLD) en Europe. La formation d’obédience sociale-démocrate a été créée par Mahamat Saleh en 1993.

La militante salue ses camarades qui se réunissent le même jour derrière les portes des locaux du parti à N’Djamena alors que toute marche a été proscrite suite à des manifestations étudiantes qui ont dégénéré les jours précédents.

« Dix ans après avoir disparu, Ibni est toujours notre premier secrétaire », souligne Sahoulba. C’est avec cette étiquette que Mahamat Saleh s’était présenté aux élections présidentielles de 2001, face à l’actuel dirigeant Idriss Déby Itno.


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Après sa prise de parole, les intervenants se succèdent. Guy Labertit, encore parfois surnommé « Monsieur Afrique du PS » et auteur d’un livre sur la disparition d’Ibni, qu’il a bien connu  – Ibni, Une vie politique assassinée au Tchad -, prend longuement la parole. Quelques uns de ses camarades du parti sont là. Mais surtout, réunie autour d’un des fils de Mahamat Saleh, qui reste discret, il y a une opposition tchadienne qui tâche de se montrer unie, au-delà des divisions internes.

Des représentants de l’Union nationale pour la démocratie et le renouveau (UNDR) de Mahamat Zang, membre de l’Internationale socialiste, applaudissent les prises de parole du député de l’opposition Gali Ngoté Gata et de l’ancien ministre des Affaires étrangères de Hissène Habré et conseiller d’Idriss Déby, installé en exil en France, Acheikh Ibn Oumar.

Tous vantent la probité et les capacités organisationnelles – quand ce n’est pas les connaissances en systèmes hydrauliques et dans le secteur des banques céréalières – de « Ibni », qu’ils ont souvent connu durant sa jeunesse maoïste ou dans la lutte armée, avant son retour au Tchad négocié avec Habré au milieu des années 1980.

La France et les zones d’ombre de la « bataille de N’Djamena »

DR / Ministre français de la Défense

Associatifs et politiques s’entendent sur le besoin de déclassification des documents français relatifs aux événements de février 2008

Aujourd’hui, le PLD exige la vérité sur la disparition d’Ibni Oumar Mahamat Saleh. Dans la foulée de l’arrestation de Mahamat Saleh, une commission d’enquête tchadienne avait établi la responsabilité de membres de la garde présidentielle dans la disparition de l’opposant. Mais en juillet 2013, la justice clôt le dossier ouvert en 2009 suite aux conclusions de la commission d’enquête et conclut à un non-lieu.

Labertit, lui, en appelle encore à la France. Lors de son allocution, il rappelle le contexte politique qui entoure l’affaire. Mahamat Saleh a été enlevé à son domicile en pleine bataille de N’Djamena, durant laquelle des soldats français ont sécurisé l’aéroport de la capitale, encerclée par des forces rebelles.

Le socialiste, adjoint au maire à Vitry, une ville de la banlieue parisienne, rappelle la présence de présence de conseillers militaires français auprès de la garde présidentielle tchadienne à la période de la disparition de son ami. Pourtant, « quelques jours après l’enlèvement d’Ibni, l’ambassade française disait n’être informée de rien… », s’étonne encore le socialiste français.

Dans la salle, associatifs français et politiques tchadiens s’entendent sur le besoin de déclassification des documents français relatifs aux événements de février 2008 au Tchad. Mais depuis 2012, leurs espoirs se sont amoindris.

En quête de soutien opérationnel et politique sur le dossier malien, l’ex-président français François Hollande, étiqueté socialiste et qui avait suscité des attentes chez les proches de Mahamat Saleh, a reçu à Paris son homologue tchadien en décembre 2012, après un premier report. Les tractations au sujet de différentes questions afférentes au respect des droits de l’homme avaient, au final, cédé la place à la question militaire.

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