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Cet article est issu du dossier «Grand Format - Vers un autre Bénin ?»

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Religion

Le Bénin, entre Pape Christophe et Dame Parfaite

Par

Écrivain, spécialiste des religions et créateur de la Fondation Vallet

Des fidèles d'une église des chrétiens célestes, en octobre 2012. au Bénin, pays souvent considéré comme le pays d’Afrique le plus tolérant en matière de religion. © Jacques TORREGANO pour Jeune Afrique

Le Bénin est considéré comme le pays d’Afrique le plus tolérant en matière de religion. Mais le restera-t-il demain ?

D’après la constitution de 1990, le Bénin est une république laïque, comme celle du Togo dont le texte suprême place pourtant le peuple togolais « sous la protection de Dieu ». En fait, la laïcité africaine semble moins rigide que son homologue française et ressemble plutôt au premier amendement de la constitution américaine qui prohibe toute loi interdisant le libre exercice d’une religion mais aussi toute religion officielle (established church). Le Bénin aussi ne privilégie ni ne défavorise, du moins en principe, aucune religion.

En pratique, l’histoire du Dahomey, futur Bénin, joua un rôle essentiel. Les premiers missionnaires français sont arrivés à l’époque du Second Empire de Napoléon III, régime où les Églises catholique et protestantes (et le culte israélite) étaient liées à l’État depuis le Concordat avec le Pape et les articles organiques (1801 et 1802) voulus par Napoléon Bonaparte.


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Mais sous la IIIe république, l’anticléricalisme se renforça progressivement malgré le « toast d’Alger» porté en 1890 par le Cardinal Lavigerie, à la demande du Pape Léon XIII, en l’honneur de la République française. Les missionnaires français en Afrique purent donc faire chanter dans les églises du Dahomey et d’ailleurs « Domine Salvam fac rem publicam » (Dieu Sauve la République). Car on disait la messe en latin en Afrique comme dans le monde entier.

Une religion œcuménique et cosmopolite

Le même Léon XIII mit fin à Kulturkampf par lequel Bismarck pénalisait l’Eglise catholique. Les missionnaires catholiques allemands en profitèrent, notamment les alsaciens, très nombreux au Dahomey avec le célèbre Monseigneur Steinmetz (1868 – 1952) dont le système immunitaire à toute épreuve lui permit de surmonter les fièvres tropicales et de vivre soixante ans au Dahomey et au Togo.

Or, les Alsaciens étaient Français jusqu’en 1870, allemands de 1871 à 1918, Français de 1918 à 1940, allemands de 1940 à 1945 et Français depuis. Si l’on ajoute les missionnaires méthodistes ou pentecôtistes anglais ou américains, les chrétiens du Dahomey devenu Bénin ont une religion œcuménique et cosmopolite.

Ils représentent aujourd’hui la moitié des 12 millions de Béninois, présents surtout dans la moitié sud du pays, proche des ports de l’Atlantique où les missionnaires ont débarqué. La moitié sont catholiques et l’autre moitié protestants avec une forte poussée des Églises africaines comme le Christianisme Céleste. Ces derniers ne reconnaissent pas le baptême catholique ou protestant méthodiste et les relations entre Églises nées en Afrique et Églises venues d’Europe sont tendues.

Le cas « Pape Christophe 18 »

C’est encore pire avec le « Pape Christophe 18 », ancien prêtre catholique et l’une de ses épouses, Parfaite de Gbanamé (village du département du Zou), qui se dit réincarnation de Jésus-Christ. Elle est accusée d’avoir provoqué plusieurs morts, notamment par asphyxie mais sa puissance politique demeure pour l’instant car elle fut l’une des premières personnalités à appeler à voter pour l’actuel président, Patrice Talon.


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La Parfaite, comme les Églises africaines, sont les ennemis déclarés du vaudou, plus ou moins toléré par les Églises historiques. Ces nouveaux chrétiens de culture africaine tendent à repousser l’animisme vers une certaine marginalité même si le 10 janvier est jour férié, dédié aux religions traditionnelles.

Reste la grande inconnue de l’islam, en légère progression (un peu moins du tiers de la population) car il est surtout représenté dans la partie nord du pays où coïncident grande pauvreté et forte natalité. L’avenir de la paix religieuse au Bénin dépend largement de l’évolution de cet islam généralement pacifique mais traversé par un courant salafiste parfois inquiétant.

La ville de Djougou est connue pour son carrefour des six routes qui vont au Togo, au Burkina, au Niger et au Nigeria. Les tensions islamiques dans ces pays pourraient avoir des conséquences au Bénin qui fait figure de dernier rempart contre la violence religieuse. Mais pour combien de temps ?

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