Cinéma

Le cinéma marocain est-il en danger ?

Noureddine Saïl est soutenu par la majeure partie de la profession. © Bruno Levy pour J.A.

Le remplacement annoncé de Noureddine Saïl, qui menait dans le royaume une très dynamique politique de développement du secteur, suscite de vives réactions. L'affaire est sérieuse...

Nul, évidemment, n’est propriétaire de sa fonction, surtout quand il s’agit d’un poste à responsabilités public. Le remplacement en cours du directeur du Centre cinématographique marocain (CCM), Noureddine Saïl, pourrait donc apparaître comme une simple modification à venir de l’organigramme d’un important organisme culturel du royaume. Une péripétie qui trouvera probablement son issue lorsque l’on aura choisi, dans quelques semaines, un successeur parmi les candidats à la fonction, déjà nombreux paraît-il – on cite notamment le nom du producteur Sarim Fassi-Fihri. L’émotion que la nouvelle a suscitée, jusque sur la rive nord de la Méditerranée lors du dernier Festival de Cannes, et la qualité des personnalités qui ont jugé utile de protester contre le limogeage de Noureddine Saïl, décidé sans autres explications à Rabat par le ministère de la Communication et le Premier ministre, tous deux des islamistes (Parti de la justice et du développement), montrent pourtant qu’il s’agit, au-delà de toute question de personne, d’une affaire sérieuse.

Une lettre de protestation a ainsi été adressée au cabinet royal, signée tant par des grands noms du septième art (la grande majorité des cinéastes marocains reconnus comme Leïla Kilani, Faouzi Bensaïdi ou Abdellah Taïa et beaucoup de réalisateurs africains prestigieux tels Med Hondo, Cheick Oumar Sissoko ou Alain Gomis) que par des personnalités du cinéma mondial (les directeurs du Fespaco, du festival de Venise et de la Cinémathèque française) ou des écrivains et intellectuels (Régis Debray et Edgar Morin en tête). Abderrahmane Sissako, qui vient d’être acclamé à Cannes pour son Timbuktu, aurait même fait savoir aux auteurs de la lettre qu’il était prêt à se rendre au Maroc pour appuyer l’initiative. Pourquoi une telle mobilisation, sans précédent en matière culturelle sur le continent ?

Avant tout parce que le CCM a mené, depuis plus d’une dizaine d’années et jusqu’ici avec l’appui des pouvoirs publics, une politique très audacieuse de développement du cinéma dans le royaume, au point d’en faire l’un des pays phares dans ce domaine en Afrique : entre 20 et 25 films désormais produits chaque année, soit quatre fois plus qu’auparavant, qui remplissent les salles et dont les meilleurs font régulièrement le tour du monde, l’organisation réussie de nombreux festivals (Marrakech n’étant que le plus connu) au prestige souvent sans équivalent sur le continent, un système d’avance sur recettes qu’envient tous les cinéastes du Maghreb ou du sud du Sahara, une absence de censure remarquable – et remarquée – qui permet aux cinéastes marocains de traiter tous les sujets que ne réprouve pas la loi et facilite l’accueil très rémunérateur pour le royaume de toutes sortes de tournages étrangers.

Production locale en pleine expansion

Cette politique patiemment construite par Noureddine Saïl était en passe d’être complétée prochainement par une aide au développement du parc de salles en soutenant les investisseurs intéressés par la construction de multiplexes : un objectif à cinq ans de 300 écrans, contre une soixantaine aujourd’hui, pour assurer une véritable distribution à la production locale en pleine expansion. Un enjeu, donc, pour le Maroc, qui profite énormément, ne serait-ce qu’en matière d’image, du travail effectué par le CCM pour l’imposer comme un exemple à suivre par tous les pays du Sud en matière de cinéma. Mais aussi pour toute l’Afrique. Depuis dix ans, 35 films du sud du Sahara, dont la plupart de ceux qui comptent, ont été coproduits par le Maroc et auraient parfois eu du mal à voir le jour sans ce partenariat. La politique d’appui au cinéma de l’ensemble du continent que le CCM a promu sera-t-elle maintenue ? Toute la question est là.

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