Politique

Guinée : fin de la campagne des municipales, les premières depuis 2005

Des électeurs attendent pour voter dans l'un des bureaux de la commune de Matam, en Guinée, en 2013 (photo d'illustration). © Émilie Raignier pour Jeune Afrique

La campagne des élections locales en Guinée s'est achevée vendredi, avec pour la première fois une compétition a priori ouverte pour désigner les conseils municipaux, dans un pays marqué par plus de 50 ans de régimes autoritaires.

Quelque 5,9 millions d’électeurs sont convoqués dimanche à ce scrutin, qui devait se tenir en 2010 mais a été constamment reporté depuis, malgré de nombreuses manifestations de protestation, souvent meurtrières.

Juché sur le toit d’un immeuble surplombant l’autoroute « Fidel Castro », qui traverse Conakry, Mamady Diané accroche drapeaux et banderoles jaunes, la couleur du parti du président Alpha Condé, dans la commune de Matam.

« J’ai tout arrêté, je me mets à la disposition de mon parti et de mon candidat pour ces élections communales », explique à l’AFP ce vendeur de pièces détachées, vêtu d’un uniforme, jaune également.

Plusieurs reports

Les dernières élections locales remontent à 2005, sous la présidence du général Lansana Conté (1984-2008), dont le parti avait raflé plus de 80% des suffrages, ainsi que 31 des 38 communes urbaines et 241 des 303 communes rurales que comptait alors le pays.

Les mandats des exécutifs municipaux étant arrivés à échéance, ils ont été remplacés par Alpha Condé, élu en décembre 2010. Depuis, le gouvernement invoquait des questions financières pour justifier le report de ce scrutin, l’opposition l’accusant de vouloir ainsi concentrer tous les pouvoirs.

A la suite d’un accord entre le pouvoir et l’opposition et de l’élection présidentielle de 2015, ces exécutifs ont été renouvelés, au prorata des voix obtenues par chaque parti aux derniers scrutins nationaux.

Malgré un nouvel accord, en octobre 2016, fixant enfin les élections locales à février 2017, elles ont été encore retardées en raison de divergences sur l’organisation.

En septembre, des dizaines de milliers de personnes ont à nouveau manifesté à Conakry pour exiger l’organisation de ce scrutin finalement convoqué en décembre par le président Condé pour le 4 février. »

« Rampe de lancement »

Pour désigner les dirigeants des 342 communes guinéennes, les électeurs devront choisir parmi 29.554 candidats, dont 7.055 femmes, répartis sur plus de 1.300 listes de partis, de coalitions ou se présentant comme candidats indépendants, qui constitueront les conseils municipaux, chargés ensuite de désigner les exécutifs locaux.

Ces élections sont un « aboutissement », estime Ibrahima Camara, directeur de campagne du parti de l’ancien Premier ministre Sidya Touré (1996-1999) candidat malheureux aux élections présidentielles de 2010 et 2015.

« Les populations vont être intéressées, elles vont être impliquées dans la gestion et ça va être une sorte de rampe de lancement pour enfin amener Sidya Touré en 2020 à la magistrature suprême », ajoute-t-il, alors que la Constitution n’autorise pas Alpha Condé à briguer un troisième mandat.

En province, si des villes comme Kankan (est) et Labé (centre) apparaissent respectivement acquises au pouvoir et à l’opposition, la bataille s’annonce rude à Kindia (ouest) ou N’Zérékoré (sud).

A Kindia, le maire, appartenant à l’opposition, aura fort à faire face au candidat du parti présidentiel, qui a reçu le renfort de deux ministres, Cheick Taliby Sylla (Energie) et Oyé Guilavogui (Transports), tous deux natifs de la ville.

« Tout ce tintamarre, c’est de la poudre »

Dans le quartier administratif et des ambassades de la capitale, des véhicules aux couleurs des partis sillonnent les rues pour attirer l’attention des passants.

« Ce n’est pas mon candidat », s’exclame Mariam Camara, qui avait cru reconnaître la photo de son favori, s’attirant les moqueries d’une amie.

Près du centre médical de Ratoma, la commune la plus peuplée de Conakry, Abdoulaye Barry a sorti une sono pour vanter les mérites de son candidat. « Ou tu baisses le volume, ou tu déménages, sinon nous allons maudire ton candidat et il va perdre », lui lance vertement un médecin.

Echaudé par « le népotisme et le clientélisme » qui ont jusqu’à présent marqué, selon lui, la gestion des communes, Boubacar Sow soutiendra cette fois un candidat indépendant.

Salimatou Sow, vendeuse sur le marché de Madina, l’un des plus grands d’Afrique, a, elle, choisi l’abstention. « Tout ce tintamarre, c’est de la poudre. Une fois élus, ils vont tous oublier leurs engagements, s’enrichir sur le dos de la population et oublier le ramassage des ordures, le curage des caniveaux, l’aménagement des aires de jeux, la création d’emplois », dit-elle.

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