Sport

Mondial 2014 : les supporteurs ivoiriens n’ont pas le coeur à la fête

Un supporteur ivoirien lors de l'élimination de la Côte d'Ivoire par l'Algérie à la CAN 2010.

Un supporteur ivoirien lors de l'élimination de la Côte d'Ivoire par l'Algérie à la CAN 2010. © AFP

Contrairement aux autres supporteurs africains dont les équipes participent au Mondial 2014 au Brésil, ceux de Côte d’Ivoire ne sont pas emballés par la grande fête du football. Prix du déplacement et mauvaises performances des Éléphants semblent avoir eu raison de leur enthousiasme.

Certains aficionados africains vont soutenir leur équipe sur le terrain. D’autres pas. À la veille de la Coupe du monde, alors qu’en Algérie, au Cameroun ou au Ghana, la fièvre footballistique monte en puissance et où des dizaines de charters de supporteurs s’apprêtent à décoller pour le Brésil, la Côte d’Ivoire semble faire bande à part. Pour les fans des Éléphants, l’engouement n’est manifestement pas le même que lors du Mondial de 2006 en Allemagne ou celui de 2010 en Afrique du Sud.

Cette année, la plupart des supporteurs ivoiriens resteront au pays. Ils suivront les prestations de leur équipe chez eux, chez des amis ou au pub. Le manque de ferveur populaire se traduit même dans les rues, où aucun gadget de l’équipe nationale n’est en vente comme par le passé. Seul la chaîne de magasins City Sport a mis en vente les maillots officiels, et à la boutique du Comité national des supporteurs des Éléphants (CNSE, organe financé par les fonds publics) aux Deux Plateaux, à Abidjan, les articles du Mondial cherchent désespérément preneurs.

Le pays n’a pas prévu non plus de préparatifs particuliers, partout c’est le calme plat. Un paradoxe, la sélection ivoirienne étant parmi les cinq équipes africaines qualifiées celle qui a le plus de chances d’accéder au second tour et de prolonger son séjour brésilien. Car contrairement aux tirages au sort des deux éditions précédentes, celui de cette année est plutôt favorable aux Éléphants, qui se retrouvent dans un groupe C accessible, avec la Grèce, la Colombie et le Japon.

Les coûts exorbitants de la destination Brésil ont refroidi tout le monde. Pour les 3 matches de poule, il faut compter 8 millions de F CFA [12 200 euros] par personne.

Climat de divorce

Mais les échecs répétés de Didier Drogba et de ses coéquipiers lors du Mondial de 2006 et de 2010, comme à la Coupe d’Afrique des nations (CAN), en 2010, 2012 et 2013, ont fini par générer un climat de divorce entre les Ivoiriens et les Éléphants. “Ils ne font rien pour nous rassurer. Sur les six derniers matches, les Éléphants n’ont pris que 8 points sur 18 possibles… Personne ne grillera ses petites économies pour aller voir des gars qui ne gagneront pas”, explique un chef d’entreprise.

Parfait Kouassi, le président du CNSE, voit une autre raison à ce manque d’enthousiasme. “Les coûts exorbitants de la destination Brésil ont refroidi tout le monde. Pour les 3 matches de poule [vols, hébergement, transports et accès aux stades, NDLR], il faut compter 8 millions de F CFA [12 200 euros] par personne, contre 2 millions de F CFA en Afrique du Sud. Ce n’est pas donné !”

Quelques initiatives pour soutenir la sélection nationale dans les stades brésiliens ont cependant été prises. Ainsi, sur un budget de 400 millions de F CFA présenté par le CNSE, le président ivoirien, Alassane Ouattara, a décidé que l’État devait contribuer à hauteur de 300 millions de F CFA pour financer le voyage au Brésil d’environ 50 supporters dits “professionnels”, membres du CNSE. À titre de comparaison, au Ghana, le gouvernement a réussi convaincre le Parlement d’autoriser la Ghana National Petroleum Company (GNPC), la compagnie pétrolière publique, à prendre en charge le voyage de 300 supporteurs (sur 1 000 proposés).

Peu de clients dans les agences privées

“Pour compenser la quasi-absence des supporteurs Ivoiriens dans les stades brésiliens, nous étions en contact avec la fédération des supporteurs camerounais, explique Parfait Kouassi. Nous voulions mutualiser nos efforts et nos membres dans les villes où la Côte d’Ivoire et le Cameroun joueraient des matches de poules [en l’occurrence, il n’y en aura qu’une : Brasilia]. Mais, cela devait entraîner des coûts supplémentaires et l’idée a été abandonnée”.

Par ailleurs, des agences privées comme Capital Voyages, La Commerciale ou encore Afric Voyages, qui ont pu obtenir des agréments de la Fédération internationale de football association (Fifa), proposent des “packages” allant de 3,5 à 8 millions de F CFA selon les prestations et la durée du séjour. “Nous offrons des packs composés de 1, 2 ou 3 matches, avec hébergement en demi-pension ou pension complète, en fonction des budgets. Mais ce n’est pas la grande affluence !”, confirme une voyagiste.

Restera, pour compléter la maigre liste des chanceux qui feront le voyage, les quelques heureux gagnants des concours et tirages aux sorts organisés par les entreprises sponsors de l’équipe nationale ivoirienne, qui ont inclus dans les  programmes de fidélisation de leur clientèle des séjours au Brésil.

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Baudelaire Mieu, à Abidjan

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