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Mondial 2014 : primes et déprimes des sélections africaines

Les joueurs qui participent au Mondial touchent des bonus plus ou moins élevés selon leurs résultats. Ce qui génère parfois de véritables crises de nerf.

Par - Alexis Billebault
Mis à jour le 18 juin 2014 à 11:19

Les primes des sélections africaines s’élèvent de 3 000 à 200 000 euros. © DR

Depuis quelques mois, les dotations de la Fédération internationale de football association (Fifa) étant connues, les fédérations nationales ont instauré leurs propres barèmes de primes. Les Allemands savent qu’ils auront droit à 300 000 euros par tête s’ils sont sacrés champions du monde, 100 000 s’ils sont éliminés en demi-finales, 50 000 en quart et à une poignée de mains si leur parcours s’arrête plus tôt. Leurs voisins français se partageront 30 % de la dotation Fifa et seront intéressés sur les recettes commerciales de leur fédération. Un pactole qui sera gonflé de 200 000 euros en cas de victoire finale.

Les Africains ne font pas figure de nécessiteux. On sait déjà que les Algériens ont touché entre 150 000 et 200 000 euros de prime de qualification, et que des sponsors seraient prêts à leur offrir quelques cadeaux : voitures de luxe, appartements sur les hauteurs d’Alger… Au Nigeria, le budget de la sélection pour la Coupe du monde a même été soumis au Parlement début avril et les Super Eagles savent ce qu’il leur reste à faire s’ils veulent s’offrir de belles vacances : ils recevront 7 200 euros pour chaque victoire au premier tour, et des bonus de 8 700 euros pour les huitièmes de finale, 10 900 pour les quarts, 14 500 euros pour les demies et 21 700 pour la finale.

Je me suis souvent battu pour que les primes promises soient réglées. Question de principe !

Patrick MBOMA, ancien buteur de l’équipe nationale du Cameroun

Quant aux Éléphants de Côte d’Ivoire, déjà enrichis par une prime de qualification allant de 3 000 à 24 000 euros, ils percevront 76 000 euros s’ils figurent dans la liste des 23. Un bonus auquel s’ajouteront des primes d’objectifs (100 000 euros en cas de victoire en finale, 50 000 pour une place en demi-finale, 30 000 en quarts, 25 000 en huitièmes).

Conséquences sur les résultats

Tout n’est pas toujours aussi simple. Plusieurs sélections africaines ont régulièrement été secouées par des crises qui ont fait hurler de rire des générations de journalistes, mais pas les joueurs. Le Cameroun est un pourvoyeur régulier d’affaires croustillantes et Patrick Mboma, l’ancien buteur des Lions indomptables, n’a rien oublié de ces journées de négociations nerveusement épuisantes.

"Ce problème existait avant la Coupe du monde 1994, la première fois où j’ai été appelé, et cela a été le cas tout au long de ma carrière internationale, explique-t-il. Je me suis souvent battu pour que les primes promises soient réglées. C’était une question de principe ! Avant le Mondial 2002 au Japon et en Corée du Sud, notre départ pour l’Asie avait été retardé parce que la somme qu’on voulait nous verser, 15 000 euros, était inférieure à celle qui avait été négociée, soit 22 500 euros. Pendant deux jours, toute l’équipe tournait en rond dans un hôtel près de l’aéroport de Roissy en attendant que cela se débloque. Pour se préparer, il y a mieux… Et il ne faut pas s’étonner que ces conflits aient des conséquences sur les résultats de l’équipe." Les Camerounais ont payé pour voir, puisqu’ils sont rentrés d’Asie la queue basse.

En Afrique, où les fédérations sportives sont presque toujours dépendantes financièrement des États, le versement des primes se fait souvent en cash.

En Afrique, où les fédérations sportives sont presque toujours dépendantes financièrement des États, le versement des primes se fait souvent en cash et il n’est exceptionnel que des ministres débarquent avec des valises bourrées de billets de banque, même en francs CFA. "C’était le cas lors des Jeux olympiques de Sydney en 2000, se souvient Mboma. Évidemment, il y a des gens qui se servent au passage. On fait signer aux joueurs des reçus sans en-tête… J’ai aussi le souvenir de primes de match versées à des personnes qui n’avaient strictement rien à voir avec les sportifs, par exemple des agents de sécurité."