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Mode – Thando Hopa : « Le mannequinat me permet de transmettre un message positif sur la différence »

Le mannequin Thando Hopa pose pour le Calendrier Pirelli 2018. © Courtesy of Pirelli/Tim Walker

C’est en 2012 que ce mannequin activiste sud-africain de 28 ans s’est retrouvé sous les feux de la rampe. Elle a ainsi rejoint le cercle des modèles atteints d’albinisme qui secouent le monde de la mode depuis le début des années 2010.

Jeune Afrique : Qu’est-ce qui vous a poussé à devenir mannequin ?

Thando Hopa : J’ai été repérée par Gert-Johan Coetzee, le fameux couturier sud-africain, dans un centre commercial de Johannesburg. À cette époque, je travaillais comme procureure, depuis l’âge de 22 ans, au sein du ministère public sud-africain (NPA, National Prosecuting Authority).

J’ai d’abord été réticente mais ma sœur m’a convaincue de tenter le coup. Je me suis rendue compte que cette expérience me permettrait de transmettre un message positif sur la différence. Ce métier est donc devenu une incroyable opportunité d’interroger et de nouer le dialogue sur les normes qui ont cours dans l’industrie de la mode.

Depuis le début de votre carrière, quelles sont les expériences qui vont ont le plus marqué ?

Je citerais d’abord mon premier défilé à la South African Fashion Week au cours duquel je portais une faramineuse robe haute-couture signée Gert Johan-Coetzee. Cela a été le début d’un voyage incroyable et significatif.

Ma première couverture nationale pour Marie-Claire South Africa et le fait d’avoir été la première Noire Sud-africaine à participer au calendrier Pirelli ont été des expériences toutes aussi merveilleuses pour moi. Et si elles comptent autant, c’est parce qu’elles ont permis une vision plus globale de la diversité et ont créé un dialogue bien plus inclusif autour des mutations culturelles qui s’opèrent autour de nous.

Qu’est-ce que cela implique d’être une mannequin albinos reconnu mondialement ?

Je n’utilise pas le terme « albinos » parce qu’il conduit à une méconnaissance et une totale incompréhension quant à la nature de cette pathologie. Un albinos peut être un animal ou une plante…  Je n’utiliserais pas ce terme pour un être humain. Je préfère reformuler en parlant de « personne atteinte d’albinisme ». Cela met l’accent sur la pathologie plutôt que de déshumaniser l’individu. Quant au fait d’être reconnue mondialement, je dirais que cela tient à une évolution des mentalités, une ouverture d’esprit qui permettent que mon parcours touche de plus en plus de gens. C’est bouleversant.

 

Est-ce un problème pour vous d’être estampillée mannequin atteint d’albinisme ?

Cela dépend du contexte. En règle générale, cela ne me dérange pas. Après tout, c’est une réalité tout comme le fait que je sois une femme. Si l’on parle d’albinisme en termes de description ou d’information, cela me convient.

Cependant, cela peut parfois créer une certaine distance, cet instant où soudainement vous devenez « l’autre ». Quand le terme est utilisé hors de son contexte ou manque de pertinence, il m’inscrit dans une forme d’altérité. C’est là que le problème surgit.

Vous considérez-vous comme un modèle pour les personnes atteintes d’albinisme sur le continent africain ?

Au fil des années, j’ai appris qu’on ne sait jamais vraiment pour qui l’on devient un modèle. Ma pathologie est rare mais mon parcours fait la part belle à des expériences qui portent un message universel. Un message pétri d’amour-propre et d’acceptation de soi, un message qui démontre que l’on peut déjouer les probabilités et surmonter tous les obstacles.

Cela n’est pas réservé à un groupe particulier. C’est propre à tout être humain. Aussi, quand on évolue sous le regard du public, on ne peut imposer à quiconque d’être inspiré ou motivé par nos expériences personnelles.

Et vous, quels sont vos modèles au sein du monde de la mode ?

L’ancien mannequin somalien Waris Dirie m’inspire beaucoup. Quand j’étais jeune, j’ai lu son autobiographie, « Fleur du désert : du désert de Somalie à l’univers des top models ». Cet ouvrage m’a marquée. Elle a connu une enfance difficile. Devenir une femme n’a pas non plus été facile.

Pourtant, elle a surmonté tout cela et s’est servie de son influence en tant que mannequin mais aussi des médias comme Marie-Claire pour prendre position contre les mutilations sexuelles chez la femme et informer le monde sur cette problématique. Finalement, elle est devenue ambassadrice à l’ONU où elle défend l’abolition des mutilations génitales féminines.

 

Nicole Laxton

Depuis plusieurs années, les personnes atteintes d’albinisme sont de plus en plus présentes dans le milieu de la mode et du divertissement sur le continent africain et même dans le monde entier. Comment analysez-vous cet état de fait ?

Je crois que c’est très positif. L’appel à la diversité se fait de plus en plus entendre et cela n’est sûrement pas limité à la question de l’albinisme. Dès l’instant où la diversité devient une priorité, nous sommes alors en mesure de dépasser les représentations conventionnelles et créer une société bien plus tolérante. Puis, nous en arrivons à chercher à apprendre sur l’autre, à accepter la différence au lieu de l’éviter, ou pire, d’en avoir peur.

Avez-vous le sentiment de bousculer les standards de beauté ?

La beauté est la célébration d’une représentation. J’ai toujours pris en compte le fait que toutes les représentations, y compris la mienne, devraient être célébrées. Mais mon équipe et moi prenons soin de choisir nos projets avec grande attention.

Que le projet contribue à créer un récit plus inclusif à travers l’image est l’un de nos facteurs de décision. L’image comporte un pouvoir incommensurable. Elle a le pouvoir de démontrer au « représenté » qu’il est vu, qu’il est important et qu’il est bien à sa place.

En octobre 2016, un concours de beauté dédié aux personnes atteintes d’albinisme a été organisé à Nairobi, au Kenya. Quel regard portez-vous sur ce type de concours ?

Mettre en valeur une apparence de façon exclusive a ses avantages et ses inconvénients, et tout particulièrement quand celle-ci comporte son lot de stigmates et d’exclusion sociale. Cela peut perpétuer le processus de mise à l’écart que l’on essaie justement de freiner. Ceci dit, cela ne devrait pas être un problème que des personnes qui ont la même apparence tiennent à la célébrer.

De même, que les gens qui ne comprennent pas cette apparence la voient mise en valeur de la sorte devraient conduire à un changement de regard positif. Tout cela pour dire que, selon moi, ces événements en valent la peine. Quand il s’agit de parler d’albinisme, aucune réponse n’est facile à donner. Il est aussi intéressant de voir si les participants à de tels concours en ressentent les effets positifs tout comme la communauté qui les entourent.

Êtes-vous impliquée dans la lutte contre les violences que subissent les personnes atteintes d’albinisme sur le continent africain ?

J’ai participé à la consultation des Nations Unies pour un plan régional d’action sur la question. Il était particulièrement axé sur des politiques de développement comprenant des mesures spécifiques dans la lutte contre les discriminations à l’encontre des personnes atteintes d’albinisme sur le continent. Il faut toutefois rappeler qu’en Afrique du Sud, les violentes agressions dont nous pouvons être victimes sont très rares. De plus, les solutions et les vécus diffèrent d’un pays à l’autre.

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