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Didier Acouetey : « Il y a désormais un consensus autour de l’importance du financement des PME africaines »

Dakar abrite du 11 au 12 novembre la 1ère édition du « Africa SME Champions Forum », dédiée au financement des PME africaines. Didier Acouetey, président du cabinet de recrutement AfricSearch et co-initiateur de cette rencontre, a répondu aux questions de « Jeune Afrique ».

Mis à jour le 12 novembre 2014 à 15:58

Didier Acouetey est le fondateur du cabinet de recrutement et de gestion des ressources humaines spécialisé sur l’Afrique, AfricSearch. DR

Propos recueillis par Saliou Diouf, à Dakar

Jeune Afrique : quel est le prétexte cette rencontre?

Premièrement, il n’y a pas de développement économique sans secteur privé. Le deuxième constat, c’est que le tissu d’entreprises en Afrique est constitué à 90 % de PME, qui ne réalisent que 30 % de la richesse créée, contre 60-70 % ailleurs. À y regarder de près, on observe qu’elles ont un problème de financement et d’organisation. Le Africa SME Champions Forum se veut d’abord une plateforme de rencontres entre entreprises et financiers.

Qu’est-ce que les PME peuvent attendre concrètement de ce forum ?

Les PME peuvent attendre trois choses. D’abord, la possibilité de nouer des liens avec des institutions financières diverses et d’accéder à des informations. Il propose ainsi toute une gamme d’outils, de réseaux et de services à destination des entreprises.

Enfin, les PME africaines souffrent du fait de leur petite taille : pour accéder à un marché, elles sont obligées de se rassembler. L’idée, c’est que durant ce forum, elles puissent aussi se découvrir et créer une dynamique vertueuse de partenariats. Par ailleurs, un cabinet sera chargé du suivi des recommandations qui émanent de ce forum et de l’accompagnement des entreprises.

À l’issue de cette première édition, quelles sont vos impressions ?

Le forum a fait émerger un consensus autour du fait que cette question du financement est une priorité. Grandes institutions internationales, banques, fonds d’investissement, tous sont aujourd’hui d’accord sur le fait qu’il faut aller vers les PME pour trouver les instruments qu’il leur faut.

Deuxièmement : tout le monde réfléchit à des outils : la Bourse d’Abidjan (BRVM) planche sur un compartiment destiné à soutenir les petites structures. En Côte d’Ivoire, le ministre du Commerce Jean-Louis Billon avec son plan Phoenix de soutien et d’accompagnement de l’État à ces structures montre aussi que le sujet est pris très au sérieux.

En Afrique, on constate que les PME sont souvent mal structurées. N’est-ce pas une limite à leur accès au financement ?

Dans tous les pays du monde, il y a des PME plus ou moins bien structurées. Mais ce qui compte, c’est la capacité publique à mettre en place des politiques propices et un environnement qui favorisent leur structuration. Cela ne se fait par hasard nulle part.

Même dans les pays les plus libéraux, on voit bien que l’État intervient en mettant en place des politiques fiscales stimulantes, des systèmes d’accès aux marchés publics favorables aux PME, ainsi que des fonds d’accompagnement et de garantie. La puissance publique est importante dans ce processus, c’est ce qui a manqué dans nos pays.

Face aux taux d’intérêt élevés des banques, est-ce que la création de fonds dédié au financement des PME est la solution ?

Cela fait partie des solutions, mais ce n’est pas l’unique solution. Les taux pratiques sont assez élevés pour une PME, mais en Afrique francophone ils sont moins excessifs que les 20-25 % pratiqués dans certains pays anglophones.

Mais la fiscalité est aussi importante. La pression fiscale sur les PME en Afrique est d’environ 53 %, selon une étude récente. C’est très lourd, au vu du contexte assez difficile dans lequel elles baignent. Il est nécessaire de l’alléger.