Politique

Exécutions extrajudiciaires au Burundi : des ONG saisissent la CADHP

Mis à jour le 19 juin 2014 à 16:23

Une coalition d’ONG burundaises a annoncé jeudi avoir déposé quatre plaintes devant la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples (CADHP) pour interpeller le pouvoir de Pierre Nkurunziza sur des cas d’exécutions extrajudiciaires commises entre 2010 et 2012 dans le pays. Une action qui intervient dans un contexte pré-électoral tendu dans le pays.

Qui a tué Jackson Ndikuriyo, Audace Vianney Habonarugira, Médard Ndayishimiye et Jean-Claude Ndimumahoro ? Quatre cas d’exécutions extrajudiciaires qui n’ont jamais été élucidés par les autorités compétentes au Burundi. "Ces opposants ont été tués entre 2010 et 2012 mais à ce jour, aucun dossier sur ces affaires n’existe dans les cours et tribunaux du pays", dénonce Pacifique Nininahazwe, responsable du Forum pour la conscience et le développement (Focode), une de quatre ONG burundaises qui ont décidé de porter plainte devant la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples (CADHP).

Cliquez sur les icônes pour avoir plus de détails sur les quatre cas d’exécutions extrajudiaires.

"Le Burundi doit s’expliquer"

"Pour la première fois, le Burundi doit s’expliquer sur ces cas d’exécutions extrajudiciaires qui avaient ciblé des opposants et que le pouvoir qualifiait à l’époque de ‘règlements de comptes’", se réjouit Pacifique Nininahazwe, soulignant toutefois qu’avec "l’appui de l’expertise de l’association Trial basée à Genève", les quatre ONG burundaises – Acat-Burundi, Association pour la protection des droits humains et des personnes détenues (APRODH) , Forum pour le renforcement de la société civile (FORSC) et Focode – continuent de "documenter" d’autres cas avant de les soumettre à la CADHP.

Mais l’assassinat du militant anti-corruption Ernest Manirumva, tué en 2009 alors qu’il enquêté sur des "probables détournements d’armes destinées à la police", n’en fait pas partie. "L’affaire est encore pendante au niveau de la justice burundaise. Toutes les voies de recours internes doivent être épuisées avant de saisir une juridiction supranationale", rappelle Pacifique Nininahazwe.

En attendant, les défenseurs craignent déjà pour leur sécurité après l’annonce de ces quatre plaintes contre le pouvoir de Pierre Nkurunziza. "Surtout en cette période pré-électorale caractérisée par des intimidations du régime contre les opposants et les défenseurs des droits de l’homme", confie un activiste burundais. Allusion faite notamment à l’arrestation, le 15 mai, de Pierre Claver Mbonimpa, président de l’Aprodh. Le "Mandela burundais" est accusé de porter "atteinte à la sûreté de l’État" pour avoir affirmé que des jeunes du parti au pouvoir avaient été armés et envoyés dans l’est de la RDC pour suivre des entraînements militaires.

>> Lire aussi : lorsque Pierre Claver Mbonimpa est emprisonné, tous les Burundais sont en danger.

"En attaquant le pouvoir dans ce contexte tendu, nous courons nous aussi le risque d’être arrêtés, voire assassinés. Mais nous le faisons parce qu’il faut que le monde soit au courant de ce qui se passe au Burundi", affirme Pacifique Nininahazwe qui espère que la CADHP prendra des "mesures conservatoires" pour protéger les défenseurs des droits de l’homme, les témoins et les familles des victimes.

_________________________

Par Trésor Kibangula