Automobile

Renault passe la première en Algérie

Les employés de Renault Algérie Production, dont 40 % de femmes, assemblent des pièces venues de Roumanie. © Farouk Batiche/AFP

L'usine d'Oued Tlelat, qui vient d'être inaugurée en grande pompe, doit permettre au constructeur de rester en pole position dans le pays. Reportage sous le feu des projecteurs.

Soudain, sous le chapiteau spécialement installé pour l’occasion, les lumières s’éteignent. Des projecteurs s’allument au rythme d’une musique tonitruante. Un bruit de moteur s’élève, le rideau laisse apparaître une Renault Symbol grise. Une entrée en fanfare et surtout très symbolique pour l’une des premières voitures sorties de l’usine Renault Algérie Production : Abdelmalek Sellal, Premier ministre algérien, est au volant, Carlos Ghosn, PDG de Renault, à ses côtés et Laurent Fabius, ministre français des Affaires étrangères, à l’arrière.

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Implantée près d’Oran, l’usine algéro-française est détenue à 49 % par le Groupe Renault, à 34 % par la Société nationale des véhicules industriels Algérie (SNVI) et à 17 % par le Fonds national d’investissement (FNI). Et même si, au démarrage, elle ne fait que de l’assemblage – du semi knocked-down (SKD), dans le jargon industriel – de pièces provenant de l’usine Renault de Pitesti, en Roumanie, et que le taux d’intégration du véhicule atteint péniblement les 17 %, avec seulement deux sous-traitants nationaux retenus sur la centaine recensée, l’ADN algérien est constamment mis en avant par les dirigeants.

D’abord parce qu’une grande partie de l’investissement de 50 millions d’euros, consacré au lancement de l’usine dans sa forme actuelle, est portée par l’État. Ensuite parce que les 250 salariés embauchés jusqu’à présent sont tous des locaux, jeunes pour la plupart (32 ans de moyenne d’âge). Parmi ces employés, 40 % sont des femmes, à l’image de Khedidja Kadi, 28 ans, chargée de l’évaluation intégrale des véhicules. Ingénieur de formation, cette pétillante Oranaise, en tenue de travail grise et hidjab rose, revient volontiers sur son parcours : « J’ai travaillé pendant deux ans en tant qu’inspectrice qualité chez Saïpem, une société pétrolière italienne. » Puis elle rejoint Renault en Algérie et suit une formation dans l’usine roumaine de l’entreprise française.

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Le discours du « made in Algeria » sert d’argument marketing pour une voiture jugée onéreuse : 1,3 million de dinars, soit plus de 12 000 euros. « C’est l’équivalent du prix des Renault Symbol importées », compare Nasser, chauffeur de taxi oranais. « La Symbol produite en Algérie est une version haut de gamme », justifie Guillaume Josselin, directeur général de Renault Algérie. « Cela signifie que nous avons conçu une version spécifique pour le pays, avec le meilleur rapport prix-équipement possible. »

Un modèle unique qui doit permettre à Renault de conserver sa place de leader incontesté depuis huit ans en Algérie, le deuxième marché automobile du continent derrière l’Afrique du Sud avec 425 000 unités écoulées en 2013. Et à augmenter les parts du constructeur, actuellement de 26 % avec plus de 100 000 voitures vendues en 2013 sous les marques Renault et Dacia.

Exclusivité

Après de longues et délicates négociations débutées en mai 2012 à l’issue de la signature d’un protocole d’accord, l’Algérie avait accepté d’accorder des avantages financiers au constructeur français. Un contrat d’exclusivité de trois ans lui avait été accordé, empêchant toute installation d’un concurrent dans le pays. L’allemand Volkswagen s’était intéressé à l’Algérie en 2012 avant de renoncer finalement à son projet.

Et pendant ce temps-là, à Tanger…

Distante de seulement 460 km à vol d’oiseau d’Oran, l’usine de Renault à Tanger n’a pas les mêmes caractéristiques que sa consoeur algérienne.

Lancée en 2012 et tournée avant tout vers l’exportation, Tanger Med est d’abord une usine « complète » : l’ensemble des opérations de fabrication de la voiture – de l’emboutissage des pièces de tôle jusqu’au montage final – est réalisé sur place.

Elle est également plus importante, avec près de 650 millions d’euros investis, quelque 5 500 salariés et une capacité de 170 000 véhicules fabriqués en 2013. Elle doit même faire monter ses cadences jusqu’à 400 000 voitures, vendues au Maroc, mais aussi et surtout en Europe.

Si, techniquement, le démarrage de Tanger Med a été salué par le groupe, avec un haut niveau de qualité, commercialement, la situation est plus difficile. La vente des véhicules qui y sont fabriqués, la Lodgy (petit monospace), et le Dokker (camionnette), a du mal à décoller.

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Renault a aussi obtenu des autorités algériennes le label « couloir vert », qui permet « un dédouanement en une journée des quelque 220 conteneurs arrivant chaque semaine au port d’Oran en provenance de Roumanie », a expliqué Djenet Belabdi, responsable système management qualité et évaluation produits, au cours d’une visite éclair de la chaîne de montage, installée dans un bâtiment réhabilité d’une ancienne usine textile Sonitex.

Autre coup de pouce : l’Algérie s’est engagée au retour du crédit à la consommation dans la loi de finances 2015, qui vient d’être adoptée par le Parlement. « Nous attendons à présent les modalités d’application », souligne Guillaume Josselin, en précisant soigneusement que « le retour du crédit à la consommation est un élément très important pour Renault Algérie car cela va permettre une montée en cadence de l’usine ».

Sans complexe

En ce jour d’inauguration, pas un mot sur les sujets qui fâchent. L’heure est aux congratulations. « L’usine a été construite à Oued Tlelat en raison de ses nombreux atouts : sa main-d’oeuvre qualifiée, son réseau routier, son port, ainsi que la qualité de son terrain et de ses infrastructures », vante Carlos Ghosn.

« Nous n’avons aucun complexe à aller chercher la compétence et l’expertise là où elles se trouvent pour la réalisation de notre programme de développement », a affirmé pour sa part Abdelmalek Sellal, annonçant que des projets similaires sont et seront conduits dans les secteurs de l’agriculture, de l’énergie et du tourisme. Mais en attendant, Renault Algérie Production doit « monter en cadence » pour atteindre les objectifs annoncés : 25 000 véhicules produits annuellement puis 75 000 dans une seconde phase, avec un taux d’intégration de 42 %.

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