Politique

RDC : « Prions pour le Congo », lance le pape François au lendemain de la répression

Des participants à la marche anti-Kabila de ce 21 janvier 2017, sous les gaz lacrymogènes. © REUTERS/Kenny Katombe

Le pape François s'est inquiété dimanche d'un nouvel épisode sanglant dans la crise politique en République démocratique du Congo, où la dispersion violente de marches contre le pouvoir a fait au moins six morts, d'après un bilan encore provisoire des Nations unies.

« Aujourd’hui, des nouvelles très inquiétantes me parviennent de la République démocratique du Congo. Prions pour le Congo. Pensons au Congo », a déclaré le souverain pontife depuis Lima, au Pérou, en référence à la répression des marches interdites lancées par un collectif catholique contre le maintien au pouvoir de Joseph Kabila.

Selon un bilan encore provisoire, au moins six personnes ont été tuées et 49 autres blessées dimanche lors de la dispersion par les forces de sécurité de marches contre le maintien au pouvoir du président congolais, selon l’ONU qui avance des « allégations d’autres victimes ».

« Je demande aux autorités, aux responsables et à tous dans ce pays bien-aimé qu’ils mettent en oeuvre tous leurs efforts pour éviter toute forme de violence et chercher des solutions en faveur du bien commun », a ajouté le pape François. La contestation du régime du président Kabila est incarnée par un proche du pape, le cardinal et archevêque de Kinshasa Laurent Monsengwo.


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Depuis les répressions du 31 décembre, l’Église catholique avait durci le ton contre le régime de Joseph Kabila, au pouvoir depuis l’assassinat de son père en 2001. Le cardinal et archevêque de Kinshasa avait dénoncé entre les deux marches la « barbarie » de la répression. « Il est temps que la vérité l’emporte sur le mensonge systémique, que les médiocres dégagent et que règnent la paix, la justice en RD Congo », avait-il déclaré.

« Maman Marie vient sauver le pays » 

Sur le terrain, les marcheurs de ce dimanche se sont montrés plus déterminés face aux policiers armés que le 31 décembre. Dans le centre de Kinshasa après la messe, plusieurs centaines de personnes avec des rameaux et des bibles ont marché sur deux kilomètres entre la paroisse Christ-Roi vers la place Victoire avant de se heurter aux forces de l’ordre.

Ils portaient des crucifix et des chapelets et chantaient en lingala « Maman Marie, viens sauver le pays ». Des curés et un des leaders de l’opposition, Vital Kamerhe, avaient pris la tête du cortège. D’abord inactive, la police a tiré des gaz lacrymogènes, auxquels les manifestants ont répondu par des jets de pierre.


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A Kinshasa, une jeune femme de 24 ans est décédée après un tir en rafales à l’entrée de l’église Saint-François-de-Salles dans la commune de Kintambo. Le décès a été confirmé par le père de la jeune fille, qui dit être officier de police. Il s’agit du deuxième décès reconnu par les autorités, avec celui d’un homme tué à bout portant.

Le 31 décembre, six personnes avaient été tuées dont cinq à Kinshasa lors de la dispersion d’une marche similaire, d’après les Nations unies et la nonciature apostolique, aucune d’après les autorités congolaises. Les autorités congolaises avaient une nouvelle fois interdit ces marches à l’appel du « comité laïc de coordination », qui a le soutien de l’épiscopat et de la nonciature (l’ambassade du Vatican).

Les organisateurs demandent au président Kabila, dont le dernier mandat a pris fin en décembre 2016, de s’engager publiquement à quitter le pouvoir. Les prochaines élections présidentielles ne sont pas prévues avant le 23 décembre.

Des observateurs de l’ONU « menacés et molestés »

Les Nations unies font aussi état de 57 blessés chez les civils et 111 arrestations à Kinshasa et dans les autres grandes villes (Goma, Beni, Kinsangani, Lubumbashi). Onze personnes ont été blessées à Kisangani (nord-est), selon la Monusco.

La mission onusienne en RDC a estimé que l’usage de la force avait été disproportionnée, avec des tirs de lacrymogènes mais aussi de balles réelles, parfois en rafales, selon les témoins de la mort d’une jeune femme. Selon la porte-parole de la Monusco, des observateurs des Nations unies déployés sur le terrain pour instruire « d’éventuelles violations des droits de l’homme » ont eux-mêmes été « menacés et molestés » à Kinshasa.

Le porte-parole de la police nationale congolaise a pour sa part affirmé que « deux personnes ont été tuées » à Kinshasa. « Neuf policiers » ont été blessés « dont deux grièvement « , a-t-il ajouté dans une intervention sur la télévision d’État Radio télévision nationale congolaise (RTNC).

La RDC interdit toute manifestation depuis les journées sanglantes de septembre 2016, qui avaient fait des dizaines de morts parmi les manifestants réclamant le départ de Joseph Kabila d’ici la fin de l’année.

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