Politique

France : la fausse « pause » de Jean-François Copé

L'ancien président de l'UMP, Jean-François Copé. © AFP

Jean-François Copé, le président de l’UMP élu dans des circonstances tumultueuses il y a un an et demi, a été contraint de démissionner de ses fonctions le 27 mai. L’enfant terrible de la droite n’a pas, pour autant, l’intention de raccrocher les crampons.

À peine démissionné de la présidence de l’UMP, Jean-François Copé est reparti “sur le chemin de la reconquête”. Il l’a annoncé sans surprise et sous les ovations d’un grand meeting à Meaux, la ville dont il reste le député-maire. François Fillon lui avait demandé de se mettre “en réserve” du parti. Mais on imagine mal ce guerrier en réserviste.

S’il se promet de faire de la politique “autrement”, à commencer par une pause de silence médiatique de plusieurs mois sans pour autant tomber dans un oubli qui lui serait “insoutenable”, il ne peut s’empêcher de reprogrammer sa carrière avec une excitation mal contenue : “oser, risquer, trébucher, se redresser, avancer”. Voilà une pause bien offensive. N’est-il pas le Zorro de la politique qui peut tomber de son cheval mais y remonte toujours, dont la figurine offerte par la plus inconditionnelle de ses militantes, sa propre mère, ne quitte jamais le bric-à-brac familier de ses bureaux successifs ?

Chassé par la grande porte, il reviendra par la fenêtre aussi souvent qu’il le voudra.

Chassé par la grande porte, il reviendra par la fenêtre aussi souvent qu’il le voudra. Il est toujours membre de droit du bureau politique de l’UMP. À l’instar de François Mitterrand en cohabitation, il ne restera pas “inerte”. À moins que la justice ne le rattrape en route, et ne découvre, dans les abondants dossiers de ses perquisitions, la trace d’une éventuelle complicité avec les magouilleurs de Bygmalion. Il s’en défend avec des accents outragés.

“Mon intégrité est totale” a-t-il répété lors de son meeting de Meaux. Ses amis, car il en garde un grand nombre, n’en ont jamais douté. Les responsables des fausses factures l’ont à tour de rôle disculpé à commencer par son directeur de cabinet Jérôme Lavrilleux qui a le premier avoué en pleurant la fraude aux comptes de campagne de Nicolas Sarkozy.

C’est même pour le protéger qu’on l’aurait tenu à l’écart des trucages, commis dans l’affolement des derniers jours de la campagne présidentielle, alors que le candidat Sarko réduisait l’écart avec François Hollande et croyait pouvoir l’emporter au sprint à coups de meetings géants quasi quotidiens. Sans regarder à la folle dépense – l’intendance suivrait.

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Un faisceau de présomptions et de multiples questions

Mais entre savoir et ne rien savoir, il y a le déni qui ne veut pas savoir, commodité fréquente en politique. “On ne peut pas te croire”, lui a lancé Nathalie Kosciusko-Morizet lors du bureau politique qui l’a évincé. “Nous voulons la vérité”, a renchéri François Fillon. “Tu dois partir maintenant”, a conclu, non moins sceptique, Alain Juppé, qui lui avait d’abord accordé le bénéfice de la bonne foi.

Les doutes ne s’expliquent pas seulement par le pêché originel de sa présidence obtenue à l’arraché – “volée” dira François Fillon. Mais par ce qu’on appelle en droit un “faisceau de présomptions”. Comment ne s’est-il pas étonné de la multiplicité des conventions théoriquement organisées par Bygmalion pour “nourrir” les discours de campagne de Nicolas Sarkozy, mais dont l’intérêt ou l’actualité laisse souvent songeur ? Par exemple, cette réunion salle Gaveau à Paris, devant un public clairsemé sur le thème “La France et les printemps africains”, à une semaine du premier tour de la présidentielle, et dont il était de surcroît l’invité vedette. Montant de la facture 680 950 euros.

Pourquoi n’a-t-il pas interrogé l’ancien trésorier du parti, Dominique Dord dont la démission en 2012 avait déjà donné l’alerte, et qui avait tenu à mettre en garde Nicolas Sarkozy : “Es-tu sûr de ne pas laisser les copains de Jean-François Copé se gaver ?”

Pourquoi n’a-t-il pas interrogé sa propre directrice des affaires financières, Fabienne Liadze, nommée par lui ?

Pourquoi a-t-il tenté une diversion en annonçant au cours d’une conférence de presse solennelle le dépôt immédiat d’une proposition de loi pour renforcer le contrôle des financements des partis … à condition qu’il s’étende à tous pour toutes dépenses financées par des fonds publics ; et qu’il remonte à 2002, façon de mouiller éventuellement au passage Jacques Chirac et Sarkozy ? Annonce sans suite (tardivement reprise aujourd’hui) tout comme la plainte en diffamation promise contre Le Point.

Pourquoi surtout Jean-François Copé, au lieu d’ordonner une enquête interne sur les premières révélations édifiantes du Point, a-t-il démenti avec indignation “ce tissu de mensonges” ? La justice, elle, les a prises au sérieux, puisqu’elle a aussitôt ouvert une enquête préliminaire pour soupçons de corruption. Pourquoi s’est-il alors victimisé en attribuant à la proximité des élections municipales “une campagne de presse haineuse sur fond de grossière manipulation” ? N’était-il pas de nouveau l’homme à abattre d’un parti à battre ?

Des aveux tardifs

Il aura fallu la seconde vague de révélations médiatiques, principalement celles de Libération, sur les tripotages avérés de Bygmalion, pour que Jean-François Copé avoue mollement “s’interroger”, puis les aveux de Jérôme Lavrilleux pour qu’il reconnaisse enfin que l’UMP avait “très vraisemblablement” réglé des dépenses de campagne de Nicolas Sarkozy.

S’il avait pris l’initiative de cette confession publique au lieu de la laisser à son ami et directeur de cabinet, tout pour lui aurait été changé. Il en aurait eu le mérite au lieu d’en subir le déshonneur, sans autre risque qu’un procès moral, vite oublié, en irresponsabilité. Sur le fonds des allégations contre lui, cela aurait été parole contre parole. Car là encore la question clé se pose en attendant la conclusion des enquêtes policières : savait-il ou ne voulait-il rien savoir, lui qui s’était assuré une emprise totale sur le fonctionnement du parti et son armée de collaborateurs à sa dévotion ?

À la tribune de son dernier meeting de Meaux, il a raconté à la foule “une jolie histoire” : celle de Boileau qui après les violentes attaques de la Cour contre Molière et son Tartuffe, lui a conseillé dans un poème de laisser “gronder les envieux”. Envieux ou pas, il n’a pas fini de les entendre, ni eux de gronder contre lui, devenu vraiment cette fois l’homme à abattre. “Ces méthodes de voyous, a lâché le placide François Fillon, ont fait de moi un tueur”. La pause s’annonce sanglante …

>> Lire aussi : Alain Juppé et Nicolas Sarkozy sont dans un bateau

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