Société

CAN 2019 : les affiches de la discorde envahissent les villes camerounaises

© Jarmoluk/CC/Pixabay

Installées à la veille de l’arrivée de la mission d’inspection de la CAF au Cameroun, ces affiches comportant notamment des fautes d'orthographe révoltent le public et irritent les publicitaires camerounais qui se sentent insultés par un tel travail.

La liste des polémiques concernant les préparatifs de la future Coupe d’Afrique des nations (CAN), que le pays va accueillir l’an prochain, continue de s’allonger. Après le stade Paul Biya, c’est au tour de panneaux d’affichage de susciter une controverse.

Le 12 janvier dernier, alors que la mission d’inspection de la Confédération africaine de football (CAF) posait ses valises à Yaoundé, pour une visite des sites de compétitions, des établissements hôteliers et autres infrastructures construites pour l’événement, une polémique naissait sur les réseaux sociaux, suite à l’installation de grands panneaux d’affichage dans la capitale du pays, mais aussi à Douala et Garoua.

« Laideur » et « amateurisme »

Au premier abord, ces différentes affiches ont comme thème principal la CAN 2019. Mais sur Twitter, notamment, des internautes se sont plaints de « la laideur » et de l’« amateurisme » des concepteurs de ces affiches. « Entre photos floues, cultes de la personnalité, et infos erronées, on est servi. Dans leur rêve, le Cameroun a gagné la Can en 1983 », écrit par exemple Annie Payep, journaliste chez Vox Africa.

La ville de Sydney, rebaptisée « Sidney »

La journaliste fait référence à l’écriteau qui pose le plus de problèmes. En gros caractères, on peut ainsi y lire : « Cameroun, nation des vainqueurs ». En dessous, un tableau récapitulant les différentes distinctions de l’équipe nationale de football, est dressé dans un ordre supposément chronologique. Seul hic, alors que l’affiche nous renseigne sur les fois où le Cameroun a remporté la Coupe d’Afrique des nations, elle fait mention de l’année 1983, juste après l’année 1984, qui marque la première victoire des lions indomptables à la CAN.

[Paul Biya] recordman des victoires

Si, dans la logique des choses, l’année 1983 devrait être positionnée avant 1984, il s’avère surtout que le Cameroun n’a jamais remporté de CAN cette année-là. De plus, des fautes d’orthographe figurent sur la même affiche : la ville de Sydney est par exemple rebaptisée « Sidney ».

Des concepteurs inconnus

Deux autres affiches visibles dans les villes camerounaises, montrant le président Paul Biya, suscitent la polémique. Sur l’une, tout sourire, le président est en compagnie de son épouse, Chantal Biya, et tient un trophée entre les mains, avec la mention : « Recordman des victoires ». L’image date de l’an dernier, lorsque le président camerounais recevait les athlètes de retour des Jeux de la Francophonie.

L’autre affiche à la gloire de Paul Biya le montre dans son costume habituel sombre, avec ce message : « La CAN 2019 c’est déjà demain, et le Cameroun sera prêt le jour dit, j’en prends l’engagement ». Il s’agit là des propos qu’il aurait tenus alors que Ahmad Ahmad, le nouveau président de la CAF, menaçait de retirer l’organisation de la prochaine CAN au Cameroun.

Le Comité d’organisation nie être à l’origine 

Alors que plusieurs sources rapportent que ces différentes affiches, qui ne portent pas de signature, seraient l’œuvre du Comité d’organisation de la CAN (Cocan), en partenariat avec le ministère des sports, Jean Baptiste Biaye, membre du Comité, a précisé le 13 janvier que le Comité n’était pas à l’origine : « Une affiche conçue et comportant des coquilles circule en ce moment sur les réseaux sociaux et est attribuée au Cocan 2019. Le Cocan ne connait pas cette affiche qui n’a pas été préalablement validée ».

De son côté, Félix Zogo, le président du comité de communication du Cocan, se détache également de ces affiches polémiques. Joint au téléphone par Jeune Afrique, il précise que leur campagne a pour but de « mobiliser le public, car il faut inscrire dans la structure mentale de ce public que nous sommes déjà dans la CAN ».

Il n’y a aucun autre président qui a remporté cinq trophées durant ses années au pouvoir

Mettant bien l’accent sur le fait que les « laides affiches » ne sont pas celles du Cocan, il insiste sur le fait que toutes les affiches du Cocan portent le sigle du comité. La campagne, qui comporte présentement plus de 200 affiches réparties sur l’ensemble du territoire, va prochainement être déployées dans d’autres villes.

Concernant les affiches à la gloire du président Paul Biya, Félix Zogo estime qu’il n’y aurait pas eu « meilleur vecteur de réunification ». « Il n’y a aucun autre président qui a remporté cinq trophées durant ses années au pouvoir. De 1984 à 2017, l’équipe nationale a remporté toutes ces distinctions alors que Paul Biya était président. Sans oublier qu’il a pris l’engagement solennel à deux reprises d’organiser la CAN en 2019, tout ceci en moins de trois mois, alors que l’élection présidentielle aura lieu dans quelques mois seulement ».

Doutes des publicitaires

Plusieurs professionnels du secteur de la publicité restent très mitigés. « Cette prétendue campagne est une honte, car au fond, les auteurs pour justifier leur forfait ont fait une campagne présidentielle pour le président Biya avant l’heure », indique à Jeune Afrique Mireille Fomekong, directrice de l’agence de conseil en marketing et publicité Ascèse.

Celle-ci soulève également un problème déontologique : selon elle, en délivrant cette campagne au Cocan, le gouvernement aurait commis plusieurs infractions à la loi. « À ma connaissance, Cocan n’est pas une agence agréée en marketing et communication au Cameroun. La liste des agences agréées par le ministère de la Communication vient d’être publiée et le nom de la Cocan n’y figure pas… »

 

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