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Développer les infrastructures en Afrique : « Yes we can »

Mis à jour le 3 juillet 2014 à 09:07
Abdoul Salam Belo

Par Abdoul Salam Belo

Abdoul Salam Bello est directeur de cabinet du secrétaire exécutif du NEPAD.

En juin 2013, le Président Obama a annoncé le lancement d’un plan de 7 milliards de dollars sur cinq ans, Power Africa, qui vise à assurer à au moins 50 millions d’Africains un accès à l’énergie, par l’électrification, à la fois dans des zones rurales et urbaines. Le programme Power Africa vise à installer 20 000 mégawatts de capacité énergétique en Afrique subsaharienne d’ici 2020.

Le plan concernera dans une première étape des pays tels que l’Éthiopie, le Ghana, le Kenya, le Liberia, le Nigeria et la Tanzanie; pays ayant déjà mis en place des objectifs ambitieux en matière de production d’électricité. L’initiative du Président Obama a déjà suscité l’intérêt de la Banque africaine de développement (BAD) et d’entreprises privées africaines telle que Heirs Holding, société d’investissement de l’homme d’affaires nigérian Tony Elumelu, qui a annoncé son intention de contribuer à l’initiative Power Africa à hauteur de 2,5 milliards de dollars.

L’étude du cabinet PricewaterhouseCoopers, "Africa gearing up", publiée en décembre 2013, montre la forte implication de compagnies chinoises dans les projets d’infrastructures. Ainsi, Le Kenya a signé l’an dernier un accord de 5 milliards de dollars avec la Chine pour la construction d’une ligne de chemin de fer longue de 952 km reliant la ville portuaire de Mombasa à la frontière ougandaise. Cette ligne devrait être prolongée jusqu’au Rwanda, à l’Ouganda et à la Tanzanie  à l’orée de 2018.

Ces dernières années, de nombreux pays africains ont fait appel à des obligations afin de financer leurs infrastructures. Selon l’agence de notation Moody’s, les pays africains ont levé près de 8,1 milliards de dollars en obligations en 2012. À titre d’exemple, le Kenya investit aujourd’hui 25 milliards de dollars sous forme d’obligations pour construire un deuxième port, un pipeline de pétrole brut et des routes qui ouvriront des débouchés aux exportations en Afrique de l’Est.

Le GIF se veut une initiative expérimentale qui permettra de faire la démonstration d’un nouveau modèle de financement des investissements.

Une autre source  de financement, non négligeable à considérer, sont  les envois d’argent effectués par la diaspora africaine vers le continent. Ceux-ci ont atteint près de 40 milliards de dollars en 2012, bien plus que le montant de l’aide publique au développement (APD). On estime aujourd’hui que l’Afrique peut potentiellement mobiliser une dizaine de milliards de dollars par an par la titrisation des envois de fonds de la diaspora. L’Éthiopie a, d’ailleurs, au cours des dernières années, émis deux obligations d’infrastructure destinées à la diaspora ; une en faveur de la Compagnie éthiopienne d’électricité et la seconde au profit du projet du barrage de la Renaissance qui aura une capacité de production électrique de 5 250 MW (soit, à titre de comparaison, l’équivalent de trois EPR).

Des mécanismes institutionnels innovants sont en train d’être mis en place. À titre d’exemple, la BAD propose un nouveau fonds dédié aux infrastructures africaines (le Fonds Africa50) tandis que le Groupe de la Banque mondiale cherche à élaborer une nouvelle plateforme d’investissement qui est encore en préparation (le Mécanisme mondial d’investissement – GIF). Le GIF se veut une initiative expérimentale qui permettra de faire la démonstration d’un nouveau modèle de financement des investissements. Il devrait comprendre un ensemble intégré de services qui combine à la fois un financement de la préparation de projets et une plateforme d’investissement.

En dépit de tous ces efforts, les financements consacrés aux infrastructures en Afrique restent insuffisants. D’un côté, dans de nombreux cas, les environnements légaux et institutionnels doivent être revisités et mis à jour pour notamment tenir en compte les projets transfrontaliers. D’un autre côté, il est récurrent de constater que la phase en amont de financement des préparations de projets demeure encore un maillon faible.

Le secteur privé devra jouer un rôle crucial dans l’effort visant à combler le déficit d’infrastructures. En effet, il est admis que les financements publics ne suffiront pas à boucler les tours de table des investissements en infrastructures sur le continent. Le déficit en financements privés pour les infrastructures est souvent lié au manque de sensibilisation des investisseurs désireux et capables d’appréhender le risque à long terme associé aux projets complexes. Il est primordial de construire cette confiance et de réduire l’aversion au risque, notamment par l’institution de cadres légaux et institutionnels garantissant la protection des investissements.