Société

En Tunisie, une troisième nuit consécutive de heurts et des centaines d’arrestations

Arrestation d'un manifestant contre l'augmentation du coût de la vie dans la nuit du 10 janvier 2018 à Tunis. © Reuters

Des heurts ont eu lieu pour une troisième nuit consécutive entre forces de l'ordre et jeunes dans plusieurs villes de Tunisie, où plus de 600 personnes ont été arrêtées depuis lundi, a indiqué le ministère de l'Intérieur.

Les premiers troubles ont éclaté lundi alors que s’approche le septième anniversaire de la révolution tunisienne, qui réclamait travail et dignité et a entraîné la chute de Ben Ali. Les échauffourées se déroulent essentiellement le soir et la nuit tandis que quelques manifestations pacifiques ont lieu de jour.

Le mouvement de contestation contre la hausse des prix a été lancé en début d’année par la campagne « Fech Nestanew ? » qui signifie « Qu’est-ce qu’on attend ? ». Ses militants ont appelé à un nouveau rassemblement jeudi en fin d’après-midi à Tunis pour réclamer la libération des manifestants pacifiques. Il a aussi appelé à une mobilisation vendredi.


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L’armée déployée

Les pillages et émeutes nocturnes ont poussé l’armée à se déployer autour de nombreuses banques, sièges des impôts et autres bâtiments sensibles. Le gouvernement s’est jusque là montré ferme, condamnant le « vandalisme » et accusant les manifestants d’être manipulés par l’opposition.

Mercredi, 328 personnes ont été arrêtées pour des vols, pillages, incendies volontaires et blocages de route commis au cours des derniers jours, a indiqué le porte-parole du ministère de l’Intérieur, Khalifa Chibani.

Mais selon lui, « l’intensité des violences a diminué par rapport aux jours précédents ». Cela porte à plus de 600 le nombre de personnes interpellées depuis lundi. Mardi, 237 personnes avaient déjà été arrêtées, et 44 la veille.

Train attaqué, commissariat incendié…

Dans la nuit de mercredi à jeudi, des heurts ont notamment été rapportés dans la ville de Siliana (nord-ouest), ou à Kasserine, Thala et Sidi Bouzid, dans le centre marginalisé. Des échauffourées ont également eu lieu dans plusieurs quartiers de Tunis et à Tebourba, à 30 km à l’ouest de la capitale, là où un homme est décédé lors des heurts de la nuit de lundi.

Le principal poste de police de Thala a été incendié, a encore indiqué Khalifa Chibani, ajoutant que 21 policiers avaient été blessés mercredi à travers le pays. Il a assuré qu’aucun civil n’avait été blessé.

Les dessertes ferroviaires ont été annulées dans certaines zones après qu’un train a été attaqué en banlieue sud de Tunis mercredi soir, selon des médias locaux. « Afin d’améliorer le pouvoir d’achat des citoyens », le syndicat patronal Utica a annoncé avoir avancé la date des soldes de 10 jours, au 20 janvier, en consultation avec le ministère du Commerce.

 

 

Après plusieurs années de marasme économique et d’embauches massives dans la fonction publique, la Tunisie, confrontée à d’importantes difficultés financières, a obtenu en 2016 un nouveau prêt du Fonds monétaire international (FMI), de 2,4 milliards d’euros sur quatre ans. Ce montant est débloqué en plusieurs tranches en échange d’un programme visant à réduire les déficits.

En dépit d’une reprise de la croissance, le dinar a dévissé ces derniers mois face au dollar, l’inflation a dépassé les 6% fin 2017 et le budget de cette année prévoit de nouveaux impôts et des hausses de TVA qui viennent encore renchérir le coût de la vie.

Pour la politologue Olfa Lamloum, « la nouvelle loi de finances est la goutte d’eau qui fait déborder le vase » après un « approfondissement des inégalités sociales » : hausse du taux de pauvreté, du chômage et de l’illettrisme chez les jeunes notamment.

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