Vie des partis

Guinée : verdict surprise dans l’affaire Mohamed Koula Diallo

Le protrait de Cellou Dalein Diallo, dans les locaux de l'UFDG, à Conakry, en septembre 2013. © Emilie Raignier pour JA

Le verdict est tombé mardi dans le procès de l’affaire Mohamed Koula Diallo, du nom du journaliste tué en février 2016 lors d’affrontements entre militant de l’UFDG à la Minière, dans la banlieue de Conakry. Les accusés en fuite ont été condamnés à de lourdes peines, tandis que les deux accusés présents ont été relaxés.

« Le tribunal après en avoir délibéré (…) retient monsieur « Tchiân’guël » dans les liens de la culpabilité et le condamne par défaut à la réclusion criminelle à perpétuité, décerne mandat d’arrêt contre lui ; retient Alphadio et Amadou Saïdou Barry dans les liens de la culpabilité, les déclare coupables de coups et blessures volontaires, les condamne par défaut à deux ans de prison et à un million de francs d’amende chacun, décerne mandat d’arrêt contre eux ; déclare que les faits ne sont pas imputables à Amadou Sow et à Alghassimou Keita, les renvoie à des fins de la poursuite, ordonne leur acquittement pur et simple ».

Telle a été la décision rendue mardi soir par le tribunal de première instance de Dixinn, dans la proche banlieue de Conakry, au terme d’une heure de délibération et de plusieurs mois d’intenses débats dans ce procès dont les premières audiences ont eu lieu en juillet 2017.

Koula Diallo, « au mauvais endroit, au mauvais moment » ?

Les faits remontent au vendredi 5 février 2016. Il est 16 h lorsque des affrontements éclatent entre militants de l’Union des Forces Démocratiques de Guinée (UFDG), aux abords du siège du parti à la Minière, dans la banlieue de Conakry. Les heurts opposent des partisans de Bah Oury – qui vient alors d’être déchu de ses fonctions de vice-président et exclu du parti – à ceux de Cellou Dalein Diallo.

Soudain, un coup de feu éclate. Au sol, le corps du journaliste Mohamed Koula Diallo, tué par balle.

Lors du procès, seuls deux accusés sont présents : Amadou Sow et Alghassimou Keita, gardes du corps du président de l’UFDG, Cellou Dalein Diallo, tous les deux inculpés pour « assassinat », « tentative d’assassinat » et « coups et blessures ». Tous les deux ont donc bénéficié de « l’acquittement pur et simple » prononcé mardi par le tribunal.

Vincent Fournier / Jeune Afrique

C’est moi qui était visé. Mohamed Koula est tombé parce qu’il était sur la trajectoire de la balle qui m’était destinée

Les audiences de ce procès fleuve se sont tenues dans une ambiance parfois survoltées. Jusqu’à ce lundi, encore, à la veille du prononcé du verdict, lorsque les avocats de Bah Oury, ex-vice-président – exclu – de l’UFDG, seule partie civile représentée au procès, ont claqué la porte, mettant en doute « l’impartialité » du juge Mangadouba Sow.

« C’est moi qui était visé. Mohamed Koula est tombé parce qu’il était sur la trajectoire de la balle qui m’était destinée », avait lancé Bah Oury devant le tribunal en octobre. L’homme politique considérant par ailleurs Amadou Sow et Alghassimou Keita comme de « simples exécutants ». « C’est parce que Mohamed Koula Diallo était au mauvais endroit, au mauvais moment, que la balle l’a atteint. La personne visée était M. Bah Oury. En droit, il s’agit d’une tentative d’assassinat », renchérissait alors l’opposant.


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Le ministère public pris à contre-pied

La décision du tribunal a par ailleurs pris quasiment le contre-pied des réquisitions du ministère public. Celui-ci avait en effet demandé la réclusion criminelle à perpétuité à l’encontre d’Amadou Sow, présenté par l’accusation comme le responsable principal de « la mort préméditée » du journaliste Mohamed Koula Diallo.

Le parquet s’était par contre montré plus prudent sur le cas du suspect identifié sous le nom de « Tchiân’guël » qui a écopé, en son absence, d’une peine de prison à perpétuité. « Il est compliqué de requérir la condamnation de Tchiân’guël, faute de connaître la vraie identité de la personne », avait notamment expliqué le ministère public.

En pular (langue peule sous sa forme parlée en Guinée), Thiân’guël signifie littéralement « petite rivière ». Si le nom est parfois attribué à des lieux, il est également usité pour des personnes. C’est notamment le cas de celui du responsable de la communication de l’Union des forces démocratiques de Guinée, Souleymane Bah, dit « Salay Tchian’guël », en cavale depuis le début de cette affaire, mais dont le vrai nom n’a jamais été évoqué explicitement durant le procès.

La même imprécision a entouré l’identité du nommé Alphadio, condamné à deux ans de prison pour « coups et blessures volontaires ». « Même l’un de nos substituts porte ce prénom », avait souligné le ministère public pour expliquer la difficulté à identifier formellement l’individu. La condamnation d’Amadou Saïdou Barry correspond, par contre, aux réquisitions du parquet.

Le ministère avait requis l’acquittement d’Alghassimou Keita, poursuivi pour « complicité d’assassinat ». Le tribunal l’a acquitté.

Disparition de l’arme du crime

Youssouf Bah/AP/SIPA

Joie, également, les nombreux militants de l’UFDG qui ont pris d’assaut le tribunal à chaque audience

Au fil du procès, plusieurs éléments ont pu jouer en faveur des avocats de la défense. Le retrait des avocats de la partie civile, d’abord, fâchés de n’avoir obtenu du tribunal ni la comparution en qualité de témoin du chef de file de l’opposition guinéenne, Cellou Dalein Diallo, ni la projection des vidéos annoncées comme preuve. L’audience a également été marquée par l’absence de scellé, l’arme du crime ayant disparu. Les preuves matérielles justifiant le mobile du crime et son imputabilité aux accusés présents étaient également absentes.

« Le rapport médical indique que le journaliste a été touché de dos. Mais quelle est la nature de l’arme ? A quelle distance la balle a été tirée ? Même un étui de balle n’a pu être présenté ! Le problème balistique a été complètement ignoré », regrette Me Paul Yomba Kourouma, porte-parole des avocats de la défense, qui ne cachait pas sa joie, hier, après l’annonce du verdict.

Joie, également, pour ses confrères de la défense et les nombreux militants du principal parti d’opposition guinéenne, l’UFDG, qui ont pris d’assaut le tribunal à chaque audience depuis l’ouverture du procès le 31 juillet 2017. Des cris et des larmes de joie ont retenti dès le prononcé du jugement.

La tristesse était par contre lisible sur les visages des membres de la famille du responsable de la communication de l’UFDG. Et les avocats de la défense disent vouloir se concerter avant de décider s’ils feront recours ou non contre la condamnation de Tchiân’guël, Alphadio et Amadou Saïdou Barry. La loi leur accorde un temps de réflexion de deux semaines et rappelle que « l’avocat représente, ne remplace pas son client ».

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