Politique

Sénégal : la traque des assassins de 13 jeunes se poursuit en Casamance

Les militaires des différents corps d'armée lors d'une répétition pour le défilé du 4 avril, en 2011, à Ziguinchor, au Sénégal. © Émilie RÉGNIER pour Jeune Afrique

Le ministre de l'Intérieur, Aly Ngouille Ndiaye, a promis une traque "rude et sans répit".

Déployée depuis samedi, l’armée sénégalaise continue la traque des auteurs du massacre de 13 jeunes dans une forêt de Casamance, région du sud du Sénégal en proie à une rébellion depuis 35 ans mais qui avait connu une accalmie depuis plusieurs années.

Quelque 150 parachutistes avaient été dépêchés samedi pour évacuer les victimes et poursuivre les auteurs de l’attaque, selon un porte-parole de l’armée, le colonel Abdou Ndiaye. « L’armée (…) procède à un ratissage en profondeur. On entend des coups de feu », raconte un habitant du village de Bourafaye Baïnouk, proche des lieux de la tuerie et de Ziguinchor, la principale ville de cette province agricole et touristique frontalière de la Guinée-Bissau et séparée du reste du Sénégal par la Gambie.

Acte d’une « rare barbarie »

Les faits se sont produits samedi 6 janvier dans la forêt classé des Bayottes où le trafic de bois est interdit. « C’est vers 08H00 (GMT et locales) que j’ai été arrêté par deux hommes armés dans la forêt. Ils m’ont contraint à leur remettre mon téléphone et à rejoindre d’autres personnes qui avaient été arrêtées avant moi », a raconté à une radio locale un rescapé, Amadou Diallo.

« Vers 11H00, ils m’ont emmené en profondeur (dans la forêt) où attendait le gros de la troupe, composée d’une vingtaine de gens armés. Ces derniers nous ont intimé l’ordre d’enlever nos chaussures et de nous coucher, puis ils ont tiré sur nous avant de se retirer. Moi, je n’ai pas été touché ». « Des personnes blessées cherchant à s’enfuir ont été achevées » par les assaillants, poursuit-il. « D’autres ont été sauvées par les sapeurs pompiers, alertés et venus pour les secours, poursuit-il.

« Ils nous ont fait coucher à plat ventre et ont commencé à tirer », confirme un autre rescapé. « Trois tirs m’ont atteint au pied et au dos », dit-il à voix basse, torse nu et bandage à la tête. « Nous étions partis chercher du bois de chauffe. Ils étaient une vingtaine, nous ont fait descendre de nos vélos, nous ont fait asseoir par terre puis enlever nos chaussures. Ça a duré de 07H00 (GMT et locales) à 13H00 », précise-t-il.

Selon le gouvernement, l’attaque a « occasionné la mort de treize jeunes hommes, dont dix par balle, deux par arme blanche et un brûlé ». Sept autres ont été blessés par balles, dont un grièvement, selon la même source. Un acte d’une « rare barbarie » pour le gouvernement sénégalais, dont une délégation ministérielle était attendue à Ziguinchor pour « évaluer la situation sécuritaire et présenter les condoléances de la nation aux familles éprouvées ».

Processus de paix

Le massacre met à l’épreuve le processus de paix en Casamance, relancé en octobre lors d’une réunion à Rome entre le gouvernement et une faction du Mouvement des forces démocratiques de Casamance (MFDC) mandatée par l’un de ses chefs, Salif Sadio.

Cette médiation se fait sous l’égide de la très discrète communauté catholique de Sant’Egidio de Rome, médiatrice dans ce conflit qui dure depuis décembre 1982 et a fait des milliers de victimes civiles et militaires, ravagé l’économie de la région et poussé de nombreux habitants à fuir.

Une tuerie qui survient au lendemain de la libération par l’armée de deux combattants du MFDC, divisé en factions rivales

« C’est une situation que nous regrettons tous mais je pense que ça n’aura pas une incidence négative sur le processus de paix qui est enclenché », a déclaré Ibrahima Sakho, gouverneur de Ziguinchor, alors que les tractations de paix se sont multipliées depuis l’arrivée au pouvoir du président Macky Sall en 2012. Le chef d’État avait d’ailleurs, à l’occasion de ses vœux de fin d’année, lancé un appel aux rebelles pour la poursuite des pourparlers en vue d' »une paix définitive »

Cette tuerie est survenue au lendemain de la libération par l’armée de deux combattants du MFDC, divisé en factions rivales, notamment celle de Salif Sadio du « Front Nord », à laquelle ils appartiendraient, et celle de César Atoute Badiate, qui dirige le « Front Sud ». Mais est-elle vraiment liée à la rébellion ?

Règlements de comptes

« A chaque fois qu’un acte est posé entre l’Etat et le camp de Sadio, il y a des incidents, et vice-versa. Il faut travailler aux retrouvailles entre les différentes factions si on veut la paix », a relevé dimanche un observateur de la crise casamançaise sous couvert de l’anonymat.

« C’est possible que ce soit des règlements de comptes » entre rebelles, a estimé une source sénégalaise proche de la médiation. « Je ne suis pas convaincu que ce soit les branches avec lesquelles les discussions sont engagées qui aient commis de tels actes. Je ne pense pas qu’il y ait une remise en cause du processus de paix », a ajouté cette source. Certaines sources penchent plutôt vers un crime lié au trafic illicite de bois. Des défenseurs de la forêt classée et auraient pris des villageois pour des trafiquants de bois, de teck notamment, alors que ces derniers venaient juste chercher du bois de chauffe.

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