Sécurité

Centrafrique : qui sont les hommes de Touadéra ?

Faustin Archange Touadera, le 17 janvier 2012 à Bangui. © Vincent Fournier/Jeune Afrique-REA

Depuis son élection en février 2016, à la tête du pays, le président Centrafricain peine à résoudre la situation de crise sécuritaire, économique et sociale qui frappe le pays. Pour faire face, cet ancien Premier ministre du président déchu François Bozizé entend resserrer les rangs. Six hommes composent son premier cercle, vieux compagnons ou membres de sa famille.

« J’ai foi que nous réussirons le pari de restaurer l’autorité de l’État sur l’ensemble du territoire national pour permettre le redécollage économique du pays. » Cet espoir, c’est celui qu’affichait Faustin Archange Touadéra, samedi, lors de ses vœux à la nation. Mais le chemin semble long avant que le « Plan national de relèvement et de consolidation de la paix en RCA » ne porte réellement ses fruits.

Depuis la fuite de François Bozizé, chassé par la rébellion Séléka en mars 2013, la Centrafrique traverse en effet une crise dont elle peine à sortir. La situation sécuritaire plus que délétère dans laquelle certaines régions du pays et les difficultés de l’État à reprendre pied hors de la capitale sont toujours plongées oblitère les timides avancées réalisées sur le chemin du « relèvement ».


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À la tête d’un pays et d’institutions qui dépendent essentiellement d’une aide internationale insuffisante – un an après la conférence des bailleurs de novembre 2016 à Bruxelles, seulement 10% des 2 milliards d’euros promis par les bailleurs ont effectivement été versés – Faustin Archange Touadéra a constitué autour de lui un cercle d’hommes de confiance. La moitié sont des neveux du président, et la majeure partie d’entre-eux sont à des postes clefs dans les services de douanes, source quasi exclusive d’autofinancement de l’État centrafricain.

Voici le portrait de ces hommes qui font le pouvoir de Touadéra.


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• Simplice Matthieu Sarandji, le « grand compagnon »

DR / primature RCA

Simplice Matthieu Sarandji critique ouvertement la « passivité » de la MINUSCA

À 62 ans, l’actuel Premier ministre ne s’est fait connaître du public qu’au moment de sa nomination en avril 2016 à la tête du premier gouvernement de Touadéra.

Ce Maître de conférences en Géographie, que l’on décrit comme un « fin stratège », est pourtant le « grand compagnon » de Touadéra, avec lequel il a commencé à travailler lorsque ce dernier était encore recteur de l’université de Bangui, entre 2005 et 2008.

Nommé Premier ministre par Bozizé en 2008, Touadéra l’appelle auprès de lui à la primature. Il sera son directeur de cabinet durant les cinq années que passera Touadéra à la primature sous Bozizé. Sarandji reviendra auprès de Touadéra en tant que directeur de campagne pour l’élection présidentielle avant, finalement, d’être récompensé en se voyant nommé à la tête du gouvernement.

Relations tendues avec la communauté internationale

Cette première nomination n’avait pas été vue d’un bon œil par une partie de la communauté internationale, la France et la MINUSCA en particulier. Sarandji est en effet suspecté d’avoir, en 2016, mobilisé des manifestants à Bangui, pour demander le départ de la MINUSCA, notamment lors de la journée ville morte du 24 octobre.

Ses relations avec la mission onusienne dans le pays continuent d’ailleurs d’être tendues. Simplice Matthieu Sarandji critique ouvertement la « passivité » de la MINUSCA ou encore le « trouble jeu » de certains pays occidentaux dans la crise. Ce qui n’a pas empêché Touadéra de le reconduire lors du remaniement de septembre 2017.

• Sani Yalo, l’« homme de l’ombre »

DR / Copie d’écran Facebook.

On lui prête le pouvoir de faire et défaire les carrières

À 52 ans, Sani Yalo est sans doute le plus « aguerri » des proches de Touadéra, selon un diplomate occidental en poste à Bangui. Président du conseil d’administration du bureau d’affrètement routier centrafricain, Sani Yalo est un très proche ami du président, qu’il a – lui aussi – connu lorsqu’il était encore recteur de l’université de Bangui.

Après le coup d’État de la Séléka en 2013, Yalo a quitté la Centrafrique précipitamment, avant d’y retourner après une tentative d’assassinat. Plusieurs fois inquiété par la justice de son pays sous Bozizé, notamment dans des affaires d’escroquerie et pour des soupçons de tentative de déstabilisation, Sani Yalo a été à nouveau emprisonné dès son retour à Bangui sous divers chefs d’accusation – dont des « vols de véhicules ».

Il a cependant su jouer de ses appuis politiques dans la sous-région. Ceux-ci ont mis la pression sur Michel Djotodia, président de la transition en 2013 après le coup d’État contre Bozizé, qui finira par le faire libérer. Yalo fuit alors à nouveau le pays pour partir en France.

Aux commandes du BARC

Il compte parmi les premiers soutiens de Faustin Archange Touadéra, dès que celui-ci s’est déclaré candidat à la présidentielle. Il a également usé de ses relations acquises au cours de ses 27 années d’expérience politique dans le pays pour convaincre d’autres soutiens à s’allier à Touadéra, dont il a coordonné les groupes de soutien. On lui attribue notamment un rôle de premier plan dans la constitution d’une représentation de la diaspora centrafricaine en France à la légitimité discutée.

Une fois élu, Touadéra l’appelle auprès de lui pour prendre la tête du Bureau d’affrètement routier centrafricain (BARC), une société d’économie mixte dont l’État est actionnaire minoritaire. Le BARC, qui joue un rôle central dans les flux routiers intérieurs et internationaux, est l’une des mannes financières du pays.

Sani Yalo utilise également ce poste pour organiser des rencontres avec des représentants de certains pays frontaliers. On lui prête le pouvoir de faire et défaire les carrières de cadres du public, tant il aurait l’oreille de Touadéra sur de nombreux sujets.

• Donatien Maleyombo, le « technicien »

DR

Il s’occupe de tous les dossiers “particuliers”

Lui aussi venu des finances, Donatien Maleyombo est le chef de cabinet particulier du président. C’est lui qui filtre les demandes des ministres, collaborateurs et organise les rencontres avec Augustin Archange Touadéra.

« Il s’occupe de tous les dossiers “particuliers” », selon un conseiller à la présidence. Il est notamment à l’œuvre lors de l’organisation des sorties du chef de l’État sur le terrain.

Encore inconnu du public, et même des ténors de la politique, Donatien Maleyombo se fait très discret, mais « il sait bien faire son travail », assure un diplomate occidental.

• Jean-Claude Rameaux Bireau, le neveu et conseiller économique

DR

Jean-Claude Rameaux Bireau est dans le sillage du président depuis plusieurs années

Inspecteur de douanes de 56 ans, le ministre-conseiller à la présidence chargé de l’Économie est un neveu de Faustin Archange Touadéra. Jean-Claude Rameaux Bireau est dans le sillage du président depuis plusieurs années.

Lorsque celui-ci est nommé à la primature, en 2008, il quitte le poste de directeur de l’antenne des douanes de Douala, au Cameroun, pour devenir le chef de cabinet particulier de Touadéra.

Formé à l’économie à Bangui et Abdijan, il a fait un passage au sein du Bureau d’affrètement routier centrafricain (BARC, actuellement dirigé par Sani Yalo) avant de poursuivre l’essentiel de sa carrière au sein des services de la douane.

• Henri Wanzet-Linguissara, le nouveau ministre de la Sécurité

DR

Il est observé à la loupe et il le sait. Il n’a pas droit à l’erreur

Henri Wanzet-Linguissara a rejoint le premier cercle présidentiel à la faveur du remaniement ministériel de septembre. Il est désormais ministre de la Sécurité publique. Il est, lui aussi, un parent du président. « Il est observé à la loupe et il le sait. Il n’a pas droit à l’erreur. Il travaille beaucoup en étant sur le terrain », assure un diplomate basé à Bangui.

Ancien directeur général de la gendarmerie, puis de la police, sous Bozizé, Henri Wanzet-Linguissara a déjà été ministre de la Sécurité, sous Michel Djotodia. Touadéra a fait appel à lui sur proposition de certains de ses proches, qui voulaient écarter l’ancien ministre Jean-Serge Bokassa.

Sa mission est des plus délicates, dans un pays en proie à une guerre civile qui ne dispose pas d’armée – une première autorisation de levée partielle de l’embargo sur les armes a été délivrée en fin d’année à la Russie par l’ONU – et d’une police et d’une gendarmerie sous équipée.

• Frédéric Inamo, le nouveau venu

DR

Le président sait qu’il peut faire beaucoup de choses en étant à la tête de la douane

C’est l’un des nouveaux visages qui compte dans la gestion de la chose publique, d’après plusieurs proches du cercle de Touadéra. C’est, lui aussi, un neveu du président. Douanier lui-même, Frédéric Inamo a été nommé directeur général de l’institution par Touadéra en décembre.

L’essentiel des revenus de l’État provient aujourd’hui des taxes et droits de douanes, bien qu’une très grande partie du territoire soit de fait gérée par des groupes armés. En nommant l’un de ses neveux à ce poste, « le président sait qu’il peut faire beaucoup de choses en étant à la tête de la douane, c’est pourquoi il l’a mis là », commente un des conseillers à la présidence.

Une confiance que le nouveau directeur des douanes a voulu « mériter » en multipliant les réformes au sein de l’institution. Il a notamment suspendu le système des documents de « main levée », un document permettant l’exonération de taxes douanières sur certains produits à l’importation, notamment les véhicules.

• Arthur Piri, le « petit frère »

Arthur Piri est un neveu du président. Et l’un de ses soutiens de la première heure.

Élu président, Touadéra a fait de lui le ministre Contrôleur des sociétés parapubliques. Ce fiscaliste a alors mis en place des systèmes de contrôle strict des fonds publics. Une rigueur affichée dans la gestion des fonds publics qui fait de lui la « bête noire » de plusieurs ministres. Il a même interdit à plusieurs d’entre-eux d’utiliser directement l’argent de l’État.

Plusieurs membres du gouvernement accusent cependant Arthur Piri d’utiliser sa position de « petit frère » du président pour asseoir son autorité.

« C’est le plus jeune du groupe mais il apprend vite, même s’il s’arrange toujours à faire plaisir au président », commente un conseiller du président.

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