Sport

Avant George Weah, le président algérien Ahmed Ben Bella a aussi joué à l’OM

Ahmed Ben Bella, entouré d'officiels du FLN, descend de la tribune pour se mêler aux troupes de l'ALN après un défilé au Maroc, en 1962. © DALMAS/SIPA

Ce n'est pas la première fois qu'un pays africain confie la présidence à un footballeur professionnel. Le premier président de l'Algérie, Ahmed Ben Bella, a évolué à l'Olympique de Marseille, tout comme George Weah, le nouveau président libérien.

Depuis son élection ce 26 décembre à la tête du Libéria, George Weah, 51 ans, est présenté comme le premier footballeur professionnel à accéder à une telle fonction. Sauf que, au Nord du continent, un pays, l’Algérie, a déjà mis un buteur à sa tête : Ahmed Ben Bella. En septembre 1963, l’ex-président du Front de libération nationale (FLN) devenait le premier président de l’Algérie libérée.

En Algérie, où football et politique sont deux sujets pris très au sérieux, plusieurs voix ont tenu à le rappeler, à l’instar de cet internaute, journaliste sportif, qui commente : « Pour la petite histoire… »

Ahmed Ben Bella est né en 1916, à Maghnia, au Nord-Ouest, près de la frontière marocaine. La légende veut qu’enfant déjà, il tâtait la balle du pied. Le football est alors très populaire en Algérie, tant chez les colons que chez les Arabes. Tôt après ses études secondaires à Tlemcen, où il fréquente le club local, et l’obtention de son brevet, Ben Bella part en France. Le jeune sportif y fait son service militaire.

Nous sommes au milieu des années 1930 et Ben Bella n’est pas encore le futur militaire émérite qu’il est appelé à devenir – il sera décoré de la Croix de guerre pour son efficacité lors de batailles restées dans l’histoire. Il est placé dans un premier temps en garnison à Marseille. Avant de connaître les affres du champ de bataille, Ben Bella connaît l’ennui derrières les lignes. Il continue tout naturellement à jouer au football avec ses camarades de chambrée.

Un but avec Marseille

Mais Ben Bella, pas loin d’un mètre quatre-vingt, ne s’en tient pas aux matchs entre soldats et rejoint des équipes locales. Celle de Château-Gombert, dans un premier temps, un petit village niché au nord de la cité phocéenne. Puis celle, plus prestigieuse, de l’Olympique de Marseille (OM), tout comme George Weah, quelques décennies auparavant, sans devenir pour autant Ballon d’Or comme le Libérien.

Carlo Fumagalli/AP/SIPA

Malgré la mobilisation générale de l’époque, le championnat français est maintenu. De nombreux soldats troquent leurs uniformes contre des maillots. Ben Bella, sous-officier au 141e régiment d’infanterie alpine, endosse celui de milieu de terrain. En 1940, son nom figure dans l’équipe type. Seul Africain, il évolue au milieu de joueurs français, dans une formation qui accueille aussi un Grec et un Hongrois.

La carrière de « footballeur pro » du futur dirigeant algérien est finalement assez courte. Une fois, lors d’un match qui oppose l’OM au FC Antibes, le 21 avril 1940, il plante son ballon dans les filets adverses. Le club dispute jusqu’à la finale du championnat, mais l’offensive allemande renvoie Ben Bella en Algérie. Il rejoint de nouveau les bancs du club algérien Ittihad Riadhi Baladiat Maghnia pour quelques temps, avant de renfiler l’uniforme français et de prendre part aux combats dans les rangs d’un régiment de tirailleurs marocains.

La passion du ballon rond, elle, ne quittera jamais le président algérien. Durant toute sa vie, il continue à glisser des anecdotes de vestiaire, des références au football, de vanter l’esprit sportif auprès de la jeunesse ou encore d’assurer que si un devoir supérieur ne l’avait pas appelé, il aurait pu continuer dans le football. Le 18 juin 1965, il est là, dans le stade d’Oran, pour regarder l’équipe nationale disputer un match contre la sélection brésilienne emmenée par Pelé. Le président savoure le moment avec l’ensemble des Algériens, indépendants depuis trois ans seulement. Le lendemain, Ben Bella est renversé par le coup d’État de Houari Boumedienne.

En Algérie, le foot est politique

La passion footballistique du président algérien est toujours célébrée en Algérie. Et pour cause : elle dépasse l’anecdotique pour incarner un pan de l’histoire nationale. Celle du sport mis à profit de l’indépendance et du développement. Ben Bella a longtemps célébré le rôle de l’équipe du FLN. Fondée en 1958, l’ancêtre de l’équipe nationale est née dans la plus grande clandestinité. Les dirigeants du FLN avaient décidé d’utiliser le football comme arme politique, tant pour susciter le sentiment patriotique des Algériens, que pour prouver aux Français l’autonomie de fait du peuple algérien.

En avril 1958, une dizaine de footballeurs professionnels, dont la plupart évoluent à l’AS Monaco, et parmi lesquels Abderrahmane Ibrir, qui a été gardien de but à l’OM et sélectionné dans l’équipe nationale française, disparaissent. Ils rejoignent la Tunisie et fondent la première équipe algérienne libre qui, malgré les restrictions, voyage à travers la planète et représente le peuple algérien, sous la houlette de Mohamed Boumezrag, entraîneur passé par le Red Star et les Girondins de Bordeaux.

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