Politique

Liberia : les résultats de la présidentielle bientôt annoncés

Au Liberia, des électeurs patientent avant d'aller vote au premier tour de l'élection présidentielle, le 10 octobre 2017. © Abbas Dulleh/AP/SIPA

Jeudi, 28 décembre 2017, le Liberia attend les premiers résultats, encore partiels, de la présidentielle. Une élection qui oppose la légende du foot et sénateur George Weah au vice-président sortant, Joseph Boakai.

La Commission électorale nationale (NEC) a indiqué sur Facebook mercredi soir que les résultats partiels seraient connus jeudi mais n’a pas précisé d’horaire pour cette annonce attendue avec impatience mais sans signe apparent de tension par tout un pays.

Le dépouillement des bulletins de vote – le pays compte 2,1 millions d’électeurs – devrait se poursuivre encore pendant un jour ou deux avant d’obtenir les résultats définitifs.

Cependant certains médias locaux donnent déjà en tête George Weah, l’ancien attaquant du PSG et du Milan AC, avec 38% des voix au premier tour.

Quelque soit le vainqueur, cette élection inaugurera la première alternance démocratique du pays en plus de 70 ans, étant donnée que le Liberia n’a pas connu d’alternance démocratique depuis 1944.

C’est donc seulement près de trois décennies après la guerre civile qui a fait 250.000 morts entre 1989 et 2003, que ce pays d’Afrique de l’Ouest s’apprête à vivre sa première transition pacifique entre une présidente élue, Ellen Johnson Sirleaf, seule femme à avoir été élue chef d’État en Afrique et son successeur. Ce dernier entrera en fonctions le 22 janvier.

Le Liberia, qui peine à se remettre de l’épidémie d’Ebola, vit encore dans le souvenir de Charles Taylor, 69 ans, ancien chef de guerre puis président (1997-2003), prédécesseur de Mme Sirleaf. Condamné par la justice internationale à 50 ans de prison, il purge sa peine en Grande-Bretagne, pour crimes contre l’humanité et crimes de guerre perpétrés en Sierra Leone voisine.

Une technique de comptage bien rôdée

Le comptage des résultats de la province de Montserrado, la plus peuplée du pays, où se trouve la capitale, a déjà débuté dans les locaux du NEC situés sous les tribunes du stade Samuel Kanyon Doe, au coeur de Monrovia. Il s’effectue sous le regard d’observateurs et de représentants des partis.

Ce comptage se fait selon un rituel très précis et dans le silence : un responsable exhibe une enveloppe pour montrer qu’elle est bien scellée. Puis il lit le nombre de voix remporté par chacun des candidats, qu’un assistant inscrit dans un programme informatique projeté sur un grand écran, aux yeux de tous.

Optimisme chez les deux camps

Tout en travaillant dans son garage de la banlieue nord de Monrovia, Samuel Nuahn, un mécanicien de 46 ans, partisan du vice-président Joseph Boakai, garde l’oreille collée à son poste, branché sur une station locale égrenant des résultats partiels.

« C’est du provisoire. Ça ne va pas dans mon sens mais je reste optimiste », a-t-il expliqué à l’AFP. « Quel que soit le résultat, nous l’accepterons sans faire de problèmes. Plus personne ne veut de problème dans ce pays, on n’en a pas besoin ».

« Quelles que soient les provocations, nous ne répondrons pas par la violence », a également assuré le chef de la branche jeunesse de la Coalition pour le changement démocratique (CDC) de George Weah, Jefferson Kotchie, à un groupe de jeunes supporteurs de l’ancien attaquant vedette.

Sénateur depuis 2014 de la province la plus peuplée du pays, George Weah a choisi comme colistière Jewel Howard-Taylor, ex-femme de Charles Taylor et influente sénatrice. Mais tout deux affirment ne pas entretenir de lien avec l’ancien président.

« C’est un jour historique. Je sais que je vais gagner », a déclaré mardi Weah, qui, à 51 ans, reste très populaire auprès des jeunes.

Même son de cloche chez l’adversaire : « Nous allons gagner ! Parce que le peuple croit en nous et sait que nous sommes les meilleurs », a quant à lui lancé Joseph Boakai, 73 ans.

Scrutin salué à l’international

Plusieurs représentants et organisations supranationales  ont salué « la tenue pacifique » du scrutin : le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, et le chef des observateurs de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cédéao), l’ancien président du Ghana John Dramani Mahama ainsi que l’Union européenne.

Par ailleurs, le chef des observateurs du Cédéao, a estimé la participation du second tour à « environ 55% » alors que ce dernier avait été reporté de sept semaines jusqu’au lendemain de Noël, en raison de contestations des résultats du premier tour le 10 octobre par plusieurs candidats.

Saluant la bonne tenue des opérations jusqu’ici, la Cédéao a encouragé la NEC à publier rapidement des résultats « afin d’éviter de créer de l’anxiété parmi la population ».

Si le Libéria parvient à mener à bien ces élections, cette transition pourrait avoir des conséquences bénéfiques pour l’ensemble de la région selon certains dirigeants.

« Cette transition est cruciale. Si le Liberia la réussit, ce sera une victoire pour lui, pour l’Afrique de l’Ouest et pour l’Afrique en général », a déclaré mardi à l’AFP l’ancien président du Nigeria, Goodluck Jonathan, chef des observateurs du National Democratic Institute (NDI), dont le siège est aux États-Unis.

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