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Cet article est issu du dossier «Offensive diplomatique turque en Afrique : les enjeux de la tournée d'Erdogan»

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Économie

Tunisie : échanges et investissements au coeur des discussions avec la délégation turque

Recep Tayyip Erdogan à l'ouverture du Turkey-Africa Business Forum, mercredi 2 novembre 2016 à Ankara. © Kayhan Ozer/AP/SIPA

Les discussions avec la délégation turque, ces 26 et 27 décembre, ont largement tourné autour des échanges entre les deux pays. La Tunisie a décidé de rétablir des droits de douane sur certains produits importés de Turquie.

Une délégation turque emmenée par le président Recep Tayyip Erdogan a visité la Tunisie ces 26 et 27 décembre. Ce dernier s’est entretenu avec son homologue, Béji Caïd Essebsi, ainsi qu’avec le chef du gouvernement, Youssef Chahed, et le président de l’ARP, Mohamed Ennaceur. Mais le programme d’Erdogan comprenait aussi une participation au forum initié par l’Union tunisienne de l’Industrie, du Commerce et de l’artisanat (Utica), syndicat patronal tunisien et des représentants du patronat turc. C’est pourtant là que les enjeux de la visite ont été discutés.

La Tunisie va rétablir des droits de douane sur certains produits turcs

La visite a été l’occasion de présenter la nouvelle disposition de la loi de finances de 2018, qui prévoit le rétablissement des droits de douane sur certains produits importés de Turquie. Pour la partie tunisienne, ce changement n’est pas un retour sur les accords. Pourtant, on nous confie qu’il a fallu des pincettes pour l’expliquer. « Les Tunisiens ont souligné que les produits trucs conservaient une place spéciale », explique ainsi à Jeune Afrique Hakim Ben Hammouda, économiste et ancien ministre de l’Économie et des finances, pour qui le message a été entendu par les Turcs.

Dès juillet dernier, l’Utica a démarché le patronat turc pour s’assurer de sa venue. Environ 150 hommes d’affaires étaient de la partie. Le but : « discuter des accords de libre-échange signés il y a plus d’une dizaine d’années », assure Slim Ghorbel, membre du bureau exécutif de l’Utica, qui s’est chargé du dossier de la rencontre turque. « Le point majeur de la rencontre a été la discussion autour des taxes », confirme Ben Hammouda.

En effet, en novembre 2004, Mondher Zenaidi, ministre tunisien du Commerce et de l’Artisanat, et son homologue turc, Kürşad Tüzmen, signaient des accords éliminant un certain nombre de barrières tarifaires pour encourager les échanges. « Mais ces accords se sont avérés compliqués à assumer pour nous en l’état », précise Slim Ghorbel, qui rappelle que le déficit commercial de la Tunisie s’élève à environ 1 500 millions de dinars pour 2017 (environ 500 millions d’euros).

De possibles investissements

Les Tunisiens ont aussi proposé des pistes aux patrons turcs, permettant de ne pas revoir à la baisse les relations entre les deux pays, mais simplement de leur faire opérer un nouveau tournant. « Les ministres et patrons turcs se sont montrés très intéressés par l’idée d’investir ici. Des investissements directs en Tunisie leur permettraient de toucher de nouveaux marchés, en Afrique et en Europe », assure le membre du bureau exécutif de l’Utica.

Nous avons convenu que le commerce entre nos pays devrait être équilibré

Le président Erdogan a d’ailleurs parlé de possibles investissements. Et s’est fait l’écho, dans une allocution, des questions tunisiennes : « Nous avons convenu que le commerce entre nos pays devrait être équilibré », a-t-il ainsi souligné.

Il a aussi été question d’augmenter l’exportation tunisienne, notamment de phosphate et d’huile d’olive. « Une augmentation des exportations vers la Turquie ne changerait pas radicalement la donne pour cette dernière », remarque Ben Hammouda. Mais l’idée d’outiller la Tunisie pour accélérer ses exportations, déjà discutée lors de précédentes rencontres entre représentants des deux pays, a visiblement moins retenu l’attention de la partie tunisienne, elle aussi intéressée par des investissements directs.

De cette rencontre, la presse tunisienne, relève, elle, les manifestations de journalistes organisées pour dénoncer les atteintes à la liberté de la presse en Turquie et les propos d’Erdogan sur Bachar El Assad, qu’il qualifie de « terroriste ».

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