Politique

Tunisie : « Mon voisin est jihadiste »… et il ne se cache même plus

Obsèques d'un policier tué par des extrémistes à Jendouba le 17 février. © Salah Habib/AFP

Le mouvement extrémiste prend de l'ampleur. Et ses affidés, intégrés à la société et soutenus par certains imams, ne se cachent même plus.

Depuis l’attaque du domicile de Lotfi Ben Jeddou, le ministre de l’Intérieur, le 28 mai, à Kasserine, les Tunisiens ont appris, sans grande surprise, l’arrestation d’une brochette d’extrémistes : trois à Bizerte (Nord) et Kébili (Sud), quatre à Menzel Jemil (Nord), deux à Kairouan (Centre), sept à Gafsa (Sud-Ouest)…

"Mon oncle est devenu un chef jihadiste. À l’Aïd, il a menacé de m’égorger car je buvais de l’alcool", raconte Ahmed Amine, un habitant de Bizerte. "Un dirigeant local d’Ansar el-Charia est venu, en voisin, à l’enterrement de mon cousin, affirme un habitant de Jendouba. La veille, une de ses embuscades avait fait une victime civile." Contrairement à ce que l’on pourrait croire, la présence au sein de la société de ces combattants extrémistes n’est un secret pour personne. "La Tunisie est un petit pays. Dans chaque région, on se connaît, on sait qui va et qui vient…", explique un agriculteur.

Aides et récompenses

Dans ce contexte, difficile de dénoncer un proche, d’autant que la haine du pouvoir se cristallise plutôt autour des forces de l’ordre et que, pour certains, les jihadistes sont des sortes de héros. "Quand des salafistes se sont retranchés dans les mosquées à Jendouba (février 2012) ou à Douar Hicher (octobre 2012), ils ont pu compter sur les gens du quartier, qui ont ensuite été récompensés", témoigne un boulanger. Les relations de voisinage et l’argent collecté par des imams lors des prières du vendredi ont permis aux activistes de se mouvoir sans être inquiétés.

Le phénomène a fait tache d’huile sans que personne n’en mesure vraiment la portée. Outre le laxisme du pouvoir, qui se prévalait du respect de droits de l’homme pour ne pas empêcher l’émergence jihadiste, nul n’a pris en compte la génération spontanée de katibas, qui espéraient, par des actions violentes, être agréées au sein d’organisations terroristes régionales telles qu’Ansar el-Charia. Les complicités locales sont avérées, les failles du renseignement aussi. Depuis un an, la chasse aux terroristes autour du mont Chaambi est un échec. Mais, désormais, le gouvernement resserre l’étau.

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