Politique

RDC : Félix Tshisekedi, « Maman m’a dit »…

Félix Tshisekedi prendra-t-il les rênes de l'UDPS après son père, grace au soutien de sa mère ? © Glez/J.A.

Chez les Tshisekedi, on connaissait déjà le père, mais il faut désormais compter avec la mère, "Maman Marthe", bien décidée, selon ses détracteurs, à ce que son fils Félix devienne le nouveau patron de l'UDPS.

Corneille Mulumba ne mâche pas ses mots. "Étienne Tshisekedi ne contrôle plus rien, affirme l’un des cofondateurs de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS). Depuis quelques mois, notre chef est très affaibli. Il est hors jeu." Une situation qui, en interne, a déjà déclenché d’âpres batailles, comme entre 2007 et 2010, quand la maladie avait tenu le président de l’UDPS, 81 ans aujourd’hui, loin de la RD Congo.

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Du coup, l’épouse du chef, celle que les militants appellent affectueusement "Maman Marthe", s’active en coulisses, bien déterminée, selon ses détracteurs, à propulser Félix Tshisekedi, l’un des cinq enfants du couple, à la tête du parti.

Félix est installé à Bruxelles, où il occupe les fonctions de secrétaire national de l’UDPS chargé des relations extérieures. Or, depuis le 8 avril, c’est à Kinshasa qu’il séjourne. Officiellement, il est là pour "redynamiser" l’UDPS, à la peine depuis la défaite à la présidentielle de 2011. Mais, officieusement, c’est parce qu’il tient à être présent au chevet de son père. Prêt, selon ses propres termes, "à reprendre les choses en main lorsque le moment viendra", même s’il dit ne pas vouloir se positionner comme le dauphin. "Tant qu’il est là, Étienne Tshisekedi reste notre meilleur atout pour reconquérir le pouvoir", martèle-t-il.

Marthe Tshisekedi veut propulser Félix, l'un des fils du couple, à la tête de l'UDPS.

Marthe Tshisekedi veut propulser Félix, l’un des fils du couple, à la tête de l’UDPS. © DR

Albert Moleka chassé de la résidence de Limete

"C’est un garçon qui a fait ses preuves dans le parti. Il en a gravi les échelons les uns après les autres, affirme Jean-Joseph Mukendi, un cadre de l’UDPS. Nul ne peut l’empêcher d’avoir des ambitions parce qu’il s’appelle Tshisekedi." "Tout se fera conformément aux statuts du parti", ajoute Valentin Mubake, conseiller politique du chef. Mais Félix, 51 ans, sait que le terrain est glissant et qu’il lui faut avancer à petits pas. Il en a fait l’amère expérience en début d’année. C’était fin février, à Bruxelles : en sa qualité de numéro un du parti à l’étranger, il convoque tous les représentants UDPS de la diaspora pour tenter d’insuffler un nouvel élan au mouvement.

Mais le séminaire se transforme en un vif débat sur l’après-Tshisekedi. Les délégués, trop heureux de mettre en difficulté celui qui se rêve en président de l’UDPS, exigent de se prononcer via un vote sur le sujet. Et Félix doit appeler Maman Marthe à la rescousse… En vain. L’assistance lui est hostile. "À quel titre peut-elle venir nous demander de soutenir le fils pour remplacer le père ?" tance un participant. "Ce n’est pas ce qui s’est passé, rétorque Félix Tshisekedi. Maman était de passage à Bruxelles, je l’avais invitée pour qu’elle salue les membres du parti. Pas pour autre chose !"

Félix Tshisekedi a beau vouloir se poser en rassembleur, l’UDPS se retrouve une fois de plus au bord du précipice.

De retour à Kinshasa, Maman Marthe passe à l’offensive. "Elle a très mal digéré le désaveu de Bruxelles", confie un proche. Elle veut à tout prix reprendre la main, et gare à ceux qui tenteront de se mettre sur sa route. Le 13 mars, elle n’hésite pas à interrompre une séance de travail entre Étienne Tshisekedi et Albert Moleka, son directeur de cabinet. Ce dernier, dont les propres ambitions et l’opposition à Félix sont connues, est chassé de la résidence de Limete. Il n’y remettra plus les pieds.

Deux mois plus tard, il est démis de ses fonctions. "C’est un coup de Maman Marthe, qui cherche à baliser le chemin pour son fils", estime Corneille Mulumba. "Le temps n’est pas aux luttes internes, mais à l’unité", réplique Félix Tshisekedi. Mais il a beau vouloir se poser en rassembleur, l’UDPS se retrouve une fois de plus au bord du précipice.

La valse des prétendants

De quoi parlaient Étienne Tshisekedi et Albert Moleka, son directeur de cabinet, le 13 mars, avant d’être interrompus ? Des possibles candidats à la succession du Vieux à la tête du parti. Ont été évoqués les noms de Claude Kiringa, responsable UDPS au Canada, de Willy Vangu, responsable UDPS en Afrique australe, de Valentin Mubake, conseiller politique du président du parti, de Moleka lui-même, et de Félix, le fils de Tshisekedi. Le Sphinx de Limete devait les rencontrer avant de trancher. Mais cela, c’était avant que son épouse s’en mêle.

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