Économie

Développement : pourquoi l’Afrique doit réussir sa transition démographique

Transition démographique : la population est prête ; les dirigeants aussi ?

Transition démographique : la population est prête ; les dirigeants aussi ? © AFP

L’Afrique subsaharienne va-t-elle enfin entrer dans une ère de transition démographique ? Selon le rapport du Fonds des Nations unies pour la population, publié ce 18 novembre, sa population commence à vieillir. Et le nombre d’Africains en âge de travailler devrait doubler d’ici à 2050. Une bonne nouvelle ? Oui, sous réserve…

C’est une chance unique pour l’Afrique subsaharienne, selon les Nations unies. Dans son rapport annuel publié mardi 18 novembre, le Fonds des Nations unies pour la population (Fnup) estime ainsi que le continent connaît aujourd’hui une baisse de sa natalité. Avec l’accroissement de la longévité, cela le place en position de vivre une période de transition démographique, comme l’Europe et les États-Unis en ont connu une, avant l’Asie et l’Amérique latine.

>> Lire aussi : « Démographie : le 21e siècle sera-t-il africain ? »

 

 


© Fonds des Nations unies pour la population.

 

Principal effet de ce changement : en 2050, la population en âge de travailler, soit âgée de 15 à 64 ans, devrait avoir doublé, selon le document. Mais faut-il pour autant croire au miracle économique tant attendu depuis celui que l’Asie a connu il y a quelques années ?

Oui, à condition de réaliser les investissements nécessaires, explique l’ONU. La transition démographique apporte ainsi autant d’espoir que de défis. « Si les pays d’Afrique subsaharienne effectuent les investissements voulus dans le capital humain et adoptent des politiques qui accroissent les opportunités offertes aux jeunes, leur dividende démographique global [le gain issu de la transition démographique, NDLR] pourrait être énorme, d’au moins 500 milliards de dollars par an, soit environ un tiers du PIB actuel de la sous-région, sur une période qui pourrait atteindre 30 ans », explique le Fnup.

 

 

Éduquer les filles

Le nombre d’adolescents non-scolarisés n’a pas baissé en Afrique subsaharienne depuis 1999. Il stagne à 21 millions.

Éducation – en particulier des jeunes filles -, accès à la contraception, investissement dans le système universitaire et sanitaire, développement du secteur formel et accompagnement des jeunes sur le marché de l’emploi sont autant de prérequis indispensables. Sans cela, l’augmentation du nombre de personnes en âge de travailler pourrait tout simplement aboutir à une explosion du secteur informel et du taux de chômage.

Or, depuis 1999, le nombre d’adolescents non-scolarisés n’a par exemple pas baissé en Afrique subsaharienne : il stagne à 21 millions (pour 64 millions dans le monde entier). En Éthiopie, où 33,4 millions de personnes ont entre 10 et 24 ans, le pourcentage de scolarisation dans l’enseignement secondaire n’est que de 18% pour les garçons et de 11% pour les filles.

Pour ne pas voir exploser le chômage, le Nigeria devra créer au moins 50% d’emplois supplémentaires d’ici 2050.

Autre point essentiel qui freine l’accès des jeunes filles au marché de l’emploi : si la quasi-totalité des pays ont établi un âge minimum pour le mariage, les lois restent souvent lettre morte.

Vers une instabilité politique ?

Autre exemple : selon le Pnud, pour maintenir le pourcentage de la population active nigériane au même niveau en 2050, le pays a encore fort à faire : il devra créer 50% d’emplois supplémentaires dans le secteur formel. « Les jeunes se heurtent partout à des obstacles sociaux, économiques et juridiques qui s’opposent à la réalisation de la transition », conclut le Fnup.

Une transition démographique bien gérée pourrait rapporter 500 milliards de dollars par an à l’Afrique subsaharienne.

En d’autres termes, la population africaine est prête à la transition démographique. Reste aux autorités politiques à mettre en place le cadre nécessaire pour en bénéficier. Et ils ont tout intérêt à le faire. Dans une formulation très policée, le Fnup estime ainsi que, « tout particulièrement dans les contextes qui offrent peu de possibilités de participation à la vie civique et politique, le manque d’opportunités de promotion économique peut mener à une instabilité politique. » On ne saurait être plus clair.

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Par Mathieu OLIVIER

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