Société

Iran : le tchador ne fait pas le moine

Pour promouvoir les droits de ses concitoyennes iraniennes, la très pragmatique vice-présidente pour les Femmes et les Affaires familiales a choisi la voie du dialogue avec toutes les composantes de la société.

Mis à jour le 25 juin 2014 à 16:23

Tout au long de sa carrière, Shahindokht Molaverdi s’est battue pour la promotion du droit des femmes en Iran. De son tchador qui entoure un visage sculptural s’échappe une voix melliflue qui parle de "progrès" et de "changement". Un discours moderne, mais aussi pragmatique, tant le sujet, particulièrement clivant au pays des mollahs, est sensible et hautement politique.

Depuis neuf mois, cette juriste de 49 ans, qui était l’une des huit cents notaires de Téhéran, occupe la fonction de vice-présidente pour les Femmes et les Affaires familiales. Et, comme le font sur le dossier du nucléaire les très modérés Hassan Rohani, président de la République, et Mohammad Javad Zarif, chef de la diplomatie, Molaverdi s’échine à pratiquer le "dialogue avec toutes les composantes" de la société iranienne pour parvenir à un consensus.

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C’est ainsi qu’avec son cabinet, à majorité féminin, elle multiplie les prises de contact avec les influentes instances religieuses universitaires et politiques iraniennes, tout en s’appuyant sur un tissu d’ONG et de représentants dans les provinces pour convaincre des bienfaits de l’ouverture.

Si le temps des déclarations douteuses de l’administration Ahmadinejad est révolu, Molaverdi n’en doit pas moins composer avec les ultraconservateurs, minoritaires dans la société, mais majoritaires au Parlement. "Nous travaillons sur un projet global du régime juridique des femmes. L’un des points les plus importants pour nous, c’est la reconnaissance de l’égalité homme-femme en matière de témoignage [selon la charia, le témoignage d’un homme vaut celui de deux femmes]. Nous oeuvrons aussi à l’adoption de lois qui aideraient les Iraniennes à concilier vie professionnelle et vie personnelle", précise l’équipe de la vice-présidente conviée à Paris par son homologue française, Najat Vallaud-Belkacem, pour le Sommet mondial des femmes, du 5 au 7 juin.

Les ultraconservateurs n’avaient pas protesté lorsque Ahmadinejad avait pris dans ses bras la mère de Chávez, moque un observateur iranien.

Molaverdi promet qu’il y aura davantage de femmes au Parlement "d’ici à quelques mois" (une députée par province lors des législatives de 2015, espère-t-elle). Le président Rohani, qui s’était engagé à créer un ministère du Droit des femmes, devrait d’ailleurs prochainement soumettre au Parlement une loi corrective et soutenir les réformes législatives souhaitées par Molaverdi. Plus que les "discriminations légales", ce sont bien les "lois non écrites", mais ancrées dans les esprits, qui constituent le principal obstacle. Respecter les traditions culturelles et religieuses tout en injectant du progrès constitue une lourde tâche.

Date butoir des négociations sur le nucléaire : le 20 juillet

Selon la vice-présidente, la réussite de ce chantier est étroitement liée à l’issue des négociations sur le nucléaire, dont la date butoir a été fixée au 20 juillet. Tant que les sanctions n’auront pas été levées, le gouvernement ne sera en effet pas en mesure de mettre en oeuvre son programme de réformes. D’autant que les ultraconservateurs prennent un malin plaisir à lui mettre des bâtons dans les roues pour le freiner, voire le faire reculer

La bise honnie de Leila Hatami, comédienne iranienne et membre du jury, au président du Festival de Cannes Gilles Jacob, les controverses sur le port du voile, ou ces jeunes vêtus à l’occidentale qui reprennent le tube planétaire Happy de Pharrell Williams, rien n’échappe à la vigilance ombrageuse des ultraconservateurs. "Ils n’avaient pas protesté lorsque Ahmadinejad avait pris dans ses bras la mère de Chávez", moque un observateur iranien.

Une pression intérieure qui vient s’ajouter à d’intenses opérations de lobbying extérieures sur la question des violations des droits de l’homme. Pris entre le marteau et l’enclume, le gouvernement Rohani devra déployer des trésors de diplomatie avec ses adversaires inté­rieurs – comme c’est le cas sur le dossier du nucléaire – pour mener à bien ses réformes, notamment celles relatives au statut de la femme.