Politique

France : Aziz Senni, avant-centre… en politique

Aziz Senni a écrit "L'ascenseur social est en panne... J'ai pris l'escalier". © Vincent Fournier/J.A.

Il se dit avant tout chef d'entreprise. Pourtant, ce Franco-Marocain pourrait devenir une figure du centrisme hexagonal.

Il faut être un fin connaisseur de l’échiquier politique français pour savoir y placer Aziz Senni. Davantage entrepreneur que professionnel de la politique, selon ses propres termes, il est pourtant, à 37 ans, le cofondateur, aux côtés de Jean-Louis Borloo, Yves Jégo, Hervé Morin et Rama Yade, de l’Union des démocrates indépendants (UDI), qui vient de réaliser 10 % aux élections européennes et s’impose désormais comme le principal parti du centre.

Son regard comme son mètre quatre-vingt-dix expriment confiance en soi, prudence et témérité. L’homme semble patient. Conscient de ses succès, considérant son enfance en banlieue comme un atout, il n’a jamais manqué d’ambition. Son père ne l’aurait pas accepté, confie-t-il. Pas après avoir traversé la Méditerranée à la recherche d’un emploi, qu’il trouva finalement à la SNCF.

Né en 1976 à Khouribga, au Maroc, Aziz Senni n’a que 40 jours quand il arrive en France.

Né en 1976 à Khouribga, au Maroc, Aziz Senni n’a que 40 jours quand il arrive en France, dans la cité du Val Fourré, à Mantes-la-Jolie (Yvelines). Aîné d’une famille de six enfants, ce passionné de cinéma rêve d’abord de s’élever, comme pilote de ligne, avant de réaliser que, dans son coeur, l’économie l’emporte sur les mathématiques. Il se lance, bac économie en poche, dans un BTS transport et logistique et travaille ensuite pendant deux ans pour une filiale de La Poste et une PME dans le domaine des transports.

Très marqué par l’influence de son père, le jeune homme est alors persuadé que, pour évoluer, il ne dispose que d’une solution : entreprendre. « Quand on a un père comme le mien, on ne peut pas se reposer sur ses lauriers », dit-il. Il crée son entreprise en 2000, à l’âge de 23 ans, s’inspirant de l’idée des taxis-brousse pour créer Alliance Transport et Accompagnement (ATA), société de taxis collectifs. Très vite, son parc automobile s’étend et il termine la première année avec dix chauffeurs employés. Il reçoit même, en 2002, les honneurs du président Chirac, lors d’une visite à Mantes-la-Jolie.

« Le premier terme qui vient à l’esprit pour tenter de le qualifier, c’est l’enthousiasme », témoigne l’un de ses amis, qui met aussi en avant son « désir de partager sa réussite ». En 2005, Aziz Senni publie son premier ouvrage, L’ascenseur social est en panne… J’ai pris l’escalier, dont les droits d’auteur seront reversés à des collégiens du Val Fourré sous forme de bourses. Deux ans plus tard, il lance Business Angels des cités, fonds d’investissement consacré au développement économique des banlieues. Il lève d’abord 5, puis 15 millions d’euros, auprès de 80 chefs d’entreprise, dont Éric de Rothschild, Michel Pébereau (BNP Paribas), Claude Bébéar (AXA)…

Gêné par la posture du Parti socialiste, qu’il juge « hypocrite », notamment au sujet du droit de vote des étrangers, Aziz Senni se lance au centre.

La voie vers la politique semble tracée. Constatant un « échec des politiques de développement des banlieues », gêné par la posture du Parti socialiste, qu’il juge « hypocrite », notamment au sujet du droit de vote des étrangers, Aziz Senni se lance au centre. Aux côtés de François Bayrou d’abord, dont il devient le conseiller spécial sur les questions de société à la présidentielle de 2007, puis, déçu par le Béarnais, avec Hervé Morin. Ancien ministre de la Défense sous Nicolas Sarkozy, celui-ci se porte candidat à la présidentielle de 2012. Avant de se retirer de la course. « Il a fait de moi le plus éphémère porte-parole de l’Histoire », se souvient l’intéressé dans un grand sourire.

Sans rancune, ce défenseur de la société civile fonde, en 2012, l’UDI avec Hervé Morin, Yves Jégo, Rama Yade et Jean-Louis Borloo, qu’il a conseillé alors que celui-ci était ministre délégué à la Ville, en 2003. L’idée : proposer une alternative à l’Union pour un mouvement populaire (UMP) et un rempart contre le Front national (FN). Gaulliste, patriote, Aziz Senni affirme que l’on peut avoir un pays de nationalité et un pays de coeur.

« Je suis fier d’être français, fier de mes origines, fier d’avoir grandi en banlieue », considère-t-il. « Je ne comprends pas comment on peut être d’origine africaine et militer pour le Front national… C’est de la schizophrénie ! » s’indigne-t-il quand on évoque les militants africains du FN. D’autant que le Franco-Marocain garde avec l’Afrique une relation à la fois personnelle et professionnelle. « Je retourne tous les étés au Maroc pour voir ma famille, explique-t-il, mais professionnellement je suis davantage tourné vers l’Afrique subsaharienne, une terre d’opportunités énormes. »

Il cherche désormais à y investir, même si ce père d’un enfant vit depuis mars 2013 à Creil, dans l’Oise, et si son cheval de bataille reste l’accession des jeunes de banlieue à l’entreprise. « L’emploi ne se décrète pas. Il se crée », ajoute-t-il, comme pour tester un futur slogan de campagne. Avec la prudence d’un entrepreneur et l’audace d’un investisseur, Aziz Senni compte bien jouer sur plusieurs tableaux. Que ce soit en Afrique, en banlieue parisienne ou dans les instances nationales de l’UDI, dont il envisage de briguer la présidence après le retrait de Jean-Louis Borloo, son nom n’a pas fini d’être prononcé.

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