Arts

Mauritanie : Malouma, de la scène au Sénat

L'artiste sénatrice à Paris, le 28 mars, pour la sortie de son album : Knou. © Sandra Rocha pour J.A.

La chanteuse mauritanienne Malouma, également sénatrice depuis 2007, publie un nouvel album qui marque une parenthèse dans sa carrière politique, sans remettre en question son engagement.

C’est pieds nus, enveloppée de son melhafa, qu’elle reçoit dans un modeste appartement du 19e arrondissement de Paris. Pas de délégation officielle pour cette sénatrice mauritanienne élue en 2007. Et pour cause. Malouma Mint Meïddah n’est pas à Paris pour faire campagne alors que l’élection présidentielle dans son pays se déroulera le 21 juin. Non, elle vient présenter son quatrième album, Knou, sorti le 3 avril. Car, avant d’être une femme politique, Malouma est une artiste accomplie, engagée, populaire, issue d’une lignée de poètes renommés.

Cet album, elle l’a composé sur son temps libre, rare depuis son élection il y a sept ans. "Il est impossible de faire les deux en même temps, explique-t-elle pour justifier l’absence de production depuis qu’elle occupe son siège de sénatrice. J’ai composé chez moi, patiemment, entre deux sessions au Sénat." Elle dit aujourd’hui vouloir mettre de côté la politique pour se consacrer de nouveau à son premier amour, le chant.

Née en 1960 à Mederdra, un village du désert dans le sud-ouest du pays, elle apprend la musique traditionnelle dès l’âge de 6 ans. Son père est intransigeant : dans la famille, l’éducation musicale n’est pas un jeu. Très vite elle se distingue par son engagement en faveur des femmes, ce qui lui vaut la défiance des autorités mauritaniennes et une impossibilité d’accéder aux ondes nationales des années durant.

Malouma ressucite son père le temps d’une chanson

Son enfance et sa profonde sensibilité quant à la question des femmes se retrouvent encore dans son dernier disque, enregistré et arrangé à Nouakchott : le knou n’est autre qu’une danse traditionnelle, historiquement réservée aux "belles femmes" et autorisée par l’État. Privilège rare dont elle a été le témoin, une fois, petite. "Ce souvenir ne m’a jamais quittée, et j’ai toujours eu le projet de rendre hommage à cette danse et à ces femmes", raconte-t-elle aujourd’hui.

Nostalgique – et triste de voir le patrimoine artistique de son pays disparaître -, Malouma réussit à ressusciter son père le temps d’une chanson.

Nostalgique – et triste de voir le patrimoine artistique de son pays disparaître -, Malouma réussit à ressusciter son père le temps d’une chanson. Grâce aux nouvelles technologies, la voix de celui-ci surgit d’outre-tombe sur "Goueyred". Un hommage vibrant et une volonté sur tout l’album d’inscrire la musique mauritanienne dans la modernité. Malouma invite aussi un jeune rappeur et un pianiste de jazz, tandis que les rythmes électroniques côtoient les instruments traditionnels. Il n’y a de limites que celles que l’on s’inflige… même dans la parole.

Son engagement ne faiblira pas

Difficile pour Malouma d’oublier l’actualité du monde dans lequel elle vit et de ne pas en débattre. Dans "Dahar", elle chante les problèmes africains, les dictatures, la pauvreté et le Printemps arabe, qu’elle juge sévèrement. "Au départ c’était une belle idée, et j’ai vraiment cru que tout allait changer. Mais ce qu’on en fait est dramatique, les intérêts politiques ont pris le dessus sur les intérêts du peuple. Alors aujourd’hui je suis contre. Nos pays ont d’abord besoin de stabilité, puis de développement."

La montée du parti islamiste mauritanien Tawassoul ? "Je les connais bien, ils ne sont pas méchants", assure-t-elle. Et, bien sûr, elle reste attachée à la cause des femmes : "Partout dans nos sociétés, il y a des mouvements de femmes très actifs, je les soutiens, bien entendu, et j’ose croire que les choses avancent." Et de conclure : "La richesse d’un pays, c’est son peuple. Il faut donner des droits à chacun et tout ira bien." Les partis politiques devront se passer d’elle, mais son engagement ne faiblira pas, promet-elle.

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