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Printemps arabe

Mis à jour le 23 juin 2014 à 10:24
Jeune Afrique

Par Jeune Afrique

Trois ans après les révoltes qui l’ont secoué, le nouveau monde arabe, ou plutôt la nouvelle Afrique du Nord, tant le Moyen-Orient semble plus rétif au changement, offre un visage contrasté. Si l’on met de côté l’"immuable" Algérie et l’indécodable Maroc, qui a intelligemment préféré l’adaptation organisée aux bouleversements subis, Égypte, Libye et Tunisie auront suivi des chemins bien différents.

L’Égypte, qui a longtemps hésité entre sa toute-puissante (et riche) armée et les Frères musulmans, a d’abord choisi ces derniers, dans un contexte où la première faisait profil bas compte tenu du legs de Hosni Moubarak, marqué par la corruption (il n’était cependant pas le seul militaire concerné) et le népotisme. Aujourd’hui, tout le monde ou presque se réjouit de l’arrivée au pouvoir, à la faveur d’un coup d’État, de l’ex-maréchal Abdel Fattah al-Sissi. Qui doit l’essentiel de sa popularité et de ses soutiens au seul fait qu’il a abrégé le règne d’islamistes incompétents et inquiétants. Attendons de voir ce qu’il donnera non pas en tant qu’alternative ou recours, mais comme chef d’État, ce qui n’est pas du tout le même rôle.

En Libye, difficile d’imaginer pire situation : économie exsangue, rivalités régionales, tribalisme exacerbé – qui a pour corollaire la perte du sens de l’intérêt général -, libre circulation des armes, aussi faciles à se procurer qu’un litre de lait à l’épicerie du coin, administration (et forces de l’ordre) fantôme, islamistes déchaînés, classe politique irresponsable… Là encore, un militaire aux allures de sauveur, soutenu par l’extérieur, s’imagine un destin à la Sissi…

Reste le pionnier des révoltes arabes, celui sans qui rien n’aurait été possible : la Tunisie. Évidemment, il s’agit du plus petit, donc du plus faible, qui ne représentait pas un enjeu majeur pour les "grands" de ce monde. De tous les pays d’Afrique du Nord, il est celui qui a la population la plus homogène et la mieux éduquée. Accessoirement, celui aussi qui dispose de l’armée la plus républicaine – sans être une coquille vide. Surtout, malgré les vicissitudes propres à toute phase postrévolutionnaire, l’État fonctionne, et l’administration est aussi compétente qu’opérationnelle. Résultat : malgré les errements et l’impression persistante que marcher au bord de l’abîme est devenu un sport national, le processus de transition démocratique n’a jamais cessé de progresser, pour aboutir aujourd’hui à un assez large consensus et à un agenda électoral relativement clair : législatives, a priori fin octobre, présidentielle fin novembre ou fin décembre. Rien n’a été simple, mais la Tunisie avance tant bien que mal. D’ici là, le cirque politicien dressera une fois de plus son chapiteau : alliances contre nature, guerre des ego, campagnes électorales bâclées, programmes minimalistes. Bref, un vaste capharnaüm de nature à inquiéter un peu plus, si tant est que ce soit possible, les Tunisiens.

Mais, au final, malgré les multiples menaces, la plupart extérieures, dont la moindre n’est pas la crise libyenne, la Tunisie demeure à l’évidence, trois ans après, un modèle pour les pays du Printemps arabe. Et nul ne pourra décemment minimiser dans cette semi-réussite la part de l’héritage de Bourguiba et de Ben Ali. Car c’est en grande partie l’histoire contemporaine de la Tunisie qui explique son présent, n’en déplaise aux révolutionnaires naïfs.