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Musique : Boubacar Traoré, le dernier western

L'artiste malien Boubacar Traoré le 14 décembre 2017 au New Morning à Paris. © Capture d'écran vidéo JA

À 75 ans, le lonesome cowboy du blues malien fait toujours parler la poudre. Parti se ressourcer sur les rives du Mississippi, il donne une série de concerts mélancoliques et pétaradants à Paris.

Quand il monte d’un pas lent sur la scène parisienne du New Morning, le public métissé de la salle de concert retient son souffle. Silence de saloon à quelques secondes d’un duel musical qui sera mortel. Sous son éternelle casquette, Boubacar Traoré porte un costume rayé. Une silhouette de Dalton de bande dessinée, de taulard évadé, qui dégaine sans préambule sa guitare acoustique comme une Remington. Le bluesman lâche les chevaux, et nous voilà partis pour une longue cavalcade (plus de 2 heures 30 de concert) dans le wild wild west malien.

 

« Kar Kar » est un repris de justesse. Avec son tube « Mali Twist », il a fait swinguer le Bamako des années 1960, ce Bamako de l’indépendance aux soirées enfiévrées immortalisé par le photographe Malick Sidibé.

Mais avec l’arrivée au pouvoir du militaire Moussa Traoré en 1968, Boubacar n’est plus le bienvenu sur les ondes. Sa traversée du désert durera près de vingt ans. On le croit mort et enterré, jusqu’à ce qu’une équipe de télévision malienne le remette un peu dans la lumière.

Après la disparition de sa femme Pierre-Françoise en 1989, il s’envole pour un foyer de Montreuil, dans la banlieue parisienne. Pendant plusieurs années le virtuose de la six cordes survivra en faisant des travaux de terrassement sur les chantiers…

Hold up musical

C’est Christian Mousset, directeur du Festival Musiques Métisses d’Angoulême, qui le remet définitivement en selle en 2005. Depuis, le vieux briscard du blues malien ne veut plus jouer dans son pays d’origine où il s’estime, nous a-t-on dit, « ni assez apprécié, ni assez payé ».

En revanche, il dévalise régulièrement les scènes européennes et les grands clubs américains, affublé depuis une petite dizaine d’années d’un nouveau complice redoutable, Vincent Bucher à l’harmonica, capable de tirer de son instrument des hurlements de coyote.

Sur scène, on sent la connivence qui s’est créée entre ces deux frères de son. A la manière dont Vincent Bucher rajuste le capodastre, cette barrette métallique, sur le manche du guitariste. Ou quand on remarque que les pistoleros ont troqué les santiags pour des paires de basket noires identiques.

C’est l’harmoniciste qui a ouvert la musique de Traoré aux influences américaines depuis l’album Mali Denhou, en 2011. Avec son tout dernier disque, Dounia Tabolo (chez Lusafrica) sorti en novembre, s’offre un bain de jouvence sur les rives du fleuve Mississippi.

Kar Kar y chevauche les notes bleues en s’entourant de nouveaux porte-flingues : le guitariste Corey Harris, le violoniste Cedric Watson, et la chanteuse Leyla McCalla, aficionados du blues râpeux de Louisiane.

Chercheur d’art

Les deux premiers musiciens passent d’ailleurs sur la scène du New Morning, histoire de faire monter un peu plus la température. « Disons-nous la vérité, l’Occident, c’est pas mal quand même… », chante Boubacar en bambara tandis qu’une rivière de sueur perle sous sa casquette.

Le vieil homme ferme les yeux. Après deux heures de show, on croit qu’il va s’endormir, s’écrouler, demander une pause… Mais un sourire perce sous le masque de fatigue. Une ruade et il reprend les rênes du concert.

On se demande ce qui maintient debout le septuagénaire. Peut-être la fièvre des chercheurs d’arts. La joie de ceux qui se sont retrouvés en exil. Desperado heureux d’un dernier western.

Boubacar Traoré est en concert ce vendredi soir à Evry dans le cadre du festival Africolor. Puis poursuit sa tournée à partir de mai 2018 en France.

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