Politique

Tunisie : Ghazi Mrabet, un avocat en pétard contre la répression anti-cannabis

Ghazi Mrabet pour la dépénalisation de la consommation du cannabis  n'est pas prêt de se terminer.

Ghazi Mrabet pour la dépénalisation de la consommation du cannabis n'est pas prêt de se terminer. © Ons Abid

Devenu l’un des ténors du barreau après la révolution, Ghazi Mrabet milite contre le tout-répressif, notamment les peines planchers infligées aux simples consommateurs de cannabis.

"Acquitator". Le jeune avocat tunisien de 37 ans sourit à l’évocation du surnom dont certains l’ont affublé sur les réseaux sociaux. Il proteste mollement : "Mais c’est le surnom de Me Éric Dupond-Moretti, l’un des plus fameux pénalistes français ! Vous me faites trop d’honneur. Cela fait à peine cinq ans que j’exerce, et je n’ai encore rien prouvé !" Il n’empêche. Depuis qu’il a assuré la défense et obtenu la relaxe du rappeur Weld El 15 (poursuivi pour avoir insulté les policiers dans l’une de ses chansons), en décembre 2013, l’aura médiatique de Ghazi Mrabet ne cesse de grandir.

C’est lui, déjà, qui était allé au charbon pour plaider la cause de l’ex-Femen Amina Sboui ou de la journaliste Hind Meddeb. Et c’est aussi lui qui a obtenu, en mars 2014, la libération anticipée d’un autre rappeur, Kafon, l’interprète de Houmani, lourdement condamné pour avoir fumé un joint de zatla (cannabis).

Un tiers des 25 000 prisonniers tunisiens liés à la loi 52

C’est à la suite de cette affaire que son combat pour une réforme de la loi du 18 mai 1992 sur l’usage des stupéfiants va prendre forme. La législation tunisienne est l’une des plus sévères de la région. Elle prévoit de un à cinq ans d’emprisonnement et de 1 000 à 3 000 dinars d’amende (441 à 1 330 euros) pour les simples consommateurs. Le juge est tenu d’appliquer une "peine plancher" et ne peut faire jouer d’éventuelles circonstances atténuantes, même en l’absence de tout antécédent. Un simple dépistage urinaire suffit à confondre le consommateur. Résultat : une inflation de condamnations et des prisons surpeuplées.

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"On estime qu’au moins un tiers des 25 000 prisonniers du pays ont été arrêtés ou condamnés pour des infractions liées à la loi 52, explique Ghazi Mrabet. C’est démentiel et contre-productif. Au lieu de prévenir la récidive, d’imaginer des dispositifs de sevrage et de réinsertion, la loi transforme de simples fumeurs de joints en délinquants et les expose aux pires influences en les enfermant au milieu de criminels patentés !" Avec un groupe de militants, l’avocat décide alors de lancer une initiative citoyenne et indépendante, #AlSajin52, afin de sensibiliser l’opinion et les décideurs. "Nous sommes un collectif, mais je suis le seul à apparaître dans les médias.

La société tunisienne est très conformiste, très bien-pensante. Beaucoup assimilent la zatla à la drogue de la plèbe et des voyous et considèrent que c’est une cause indéfendable. Mon look, très BCBG, me permet de jouer à contre-emploi. Le message passera mieux que s’il était relayé par un activiste à la coupe rasta. L’idée, c’est d’ouvrir le débat sur ce drame qui touche des milliers de familles. Nous ne plaidons pas pour la dépénalisation. Notre proposition vise à remplacer l’incarcération par une amende dans le cas d’une primo-infraction. Cela aurait aussi le mérite de désengorger les prisons, qui débordent."

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Une réforme envisageable

Amateur de football, admirateur inconditionnel du Club africain, l’une des grandes équipes de la capitale, c’est au stade d’El- Menzah que Ghazi Mrabet a réalisé à quel point la loi sur les stupéfiants était instrumentalisée à des fins liberticides. "La police livrait une guerre sans merci aux supporters trop turbulents. Dès que les tifosi étaient arrêtés, on les soumettait à un dépistage urinaire. Un nombre incalculable d’entre eux se sont retrouvés derrière les barreaux à cause de la loi 52."

Le combat, que beaucoup estimaient perdu d’avance, serait-il en passe d’aboutir ? Le tollé suscité par l’arrestation de l’activiste révolutionnaire Azyz Amami, finalement relaxé pour vice de forme au mois de mai, a permis de faire bouger les lignes. Contre toute attente, les partis politiques, qui convoitent le vote des jeunes, se sont emparés de la question. Et le ministre de la Justice, Hafedh Ben Salah, a brisé un tabou en déclarant qu’une réforme de la loi 52 était désormais envisageable…

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