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Cet article est issu du dossier «Maroc : retour sur le bras-de-fer entre Benkirane et El Othmani pour la direction du PJD»

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Vie des partis

Maroc : Saadeddine El Othmani, nouveau secrétaire général du PJD

Le chef du gouvernement marocain, Saadeddine El Othmani, lors d'une conférence de presse au siège de son parti, le PJD, le 21 mars 2017.

Le chef du gouvernement marocain, Saadeddine El Othmani, lors d'une conférence de presse au siège de son parti, le PJD, le 21 mars 2017. © Abdeljalil Bounhar/AP/SIPA

L'actuel chef du gouvernement remplace Abdelilah Benkirane au terme d'un débat mouvementé. Le patriarche a été officiellement écarté, mais il reste en embuscade...

Habemus imam. La fumée blanche qui est sortie dimanche 10 décembre du complexe Moulay Abdellah de Rabat n’avait rien de surprenant mais elle annonçait un nouveau cap dans la vie des islamistes du Parti de la justice et du développement (PJD). Saadeddine El Othmani a été élu secrétaire général de cette formation en remplacement d’Abdelilah Benkirane. Ainsi en ont décidé les 2 000 congressistes réunis en conclave dans ce centre sportif depuis la veille, samedi 9 décembre.

Saadeddine El Othmani a obtenu 1 006 voix contre 912 pour son concurrent, Driss El Azami El Idriss, maire de Fès, soit 51,8% du total des voix.

« Aujourd’hui, mes frères et sœurs, vous avez donné une véritable leçon de démocratie interne », a-t-il clamé après sa victoire, félicitant son prédécesseur qui était à ses côtés et assurant qu’il continuera à travailler avec lui. Il aura la tâche de diriger le parti jusqu’en 2021, date du prochain congrès national.

Ce n’est pas son premier mandat à la tête de cette formation. En 2004, il avait été porté à ce poste en remplacement de l’ancien fondateur du PJD, Abdelkrim El Khatib, éprouvé par la maladie. Il dirigera la formation jusqu’en 2008, date de l’élection d’Abdelilah Benkirane.

« La page Benkirane est définitivement tournée », déclare à Jeune Afrique Khalid Boukarai, chef de la Jeunesse du parti, et un des partisans du secrétaire général sortant.

Benkirane aura essayé…

Jusqu’au dernier moment, Benkirane a tenté de garder son poste. Jeudi 7 décembre, il a convoqué une réunion d’urgence du secrétariat général de son parti pour débattre de l’éventualité d’un troisième mandat alors que le Conseil national avait définitivement écarté cette option le 26 novembre à Salé.

Ses partisans, essentiellement issus de la jeunesse du parti, ont avancé que la loi sur les partis politiques, qui fixe à deux mandats la durée maximale d’un secrétaire général, ne s’applique pas à leur chef. Et pour cause : elle n’est entrée en vigueur qu’en 2011 alors que le premier mandat de Benkirane à la tête du PJD avait commencé bien avant, en 2008. Comme cette loi n’a pas d’effet rétroactif, les mêmes partisans en ont déduit que leur « gourou » avait le droit de rempiler pour un nouveau mandat.

Mais le règlement intérieur du PJD parle bien de deux mandats maximaux. Alors, loi ou pas loi, il faut se conformer à la règle interne, ont estimé les membres du secrétariat général. Benkirane doit partir.

Une sortie malgré tout honorable

« J’ai quitté la présidence du gouvernement et je vais quitter celle du parti. Mais, croyez-moi, je n’ai aucun problème avec cela ! », a déclaré Benkirane dans un discours qui avait l’allure d’un testament politique. « C’est un discours d’adieu de ma fonction de secrétaire général », a-t-il lâché, appelant ses pairs à rester « unis, libres et responsables » pour dépasser la crise à laquelle le parti est confronté.

Il avoue néanmoins avoir subi « deux coups » qui lui ont fait « très mal » : celui de son limogeage par le roi de son poste de chef de gouvernement et celui de l’entrée de l’Union socialiste des forces populaires (USFP) au sein de ce même gouvernement alors qu’il n’en voulait pas. « Ces coups auraient pu m’anéantir, je ne suis qu’un simple être humain après tout. Mais quand je suis rentré à la maison et qu’on s’est enlacé ma femme et moi , on s’est dit : Alhamdou Lillah (Merci à Dieu), c’est pas grave ! ».

Une procédure légaliste

Dimanche, les membres du Conseil national sortant ainsi que ceux nouvellement élus ont désigné huit candidats au poste de secrétaire général :  Saadeddine El Othmani, chef du gouvernement ; Driss El Azami El Idrissi, maire de Fès ; Jamaâ El Moatassim, chef du cabinet de Saadeddine El Othmani ; Mustapha Ramid, ministre d’État chargé des Droits de l’homme ; Slimane El Amrani, responsable communication du PJD ;Aziz Rebbah, ministre de l’Énergie et des mines ; Abdelaziz Aftati, ancien député; et Abdelaziz El Omari, maire de Casablanca. 

Mais six de ces candidats ont préféré abandonner en cours de route. Ne restaient alors que deux : Saadeddine El Othmani et Driss El Azami El Idrissi. Et le premier partait favori du fait qu’il dirige la majorité gouvernementale.

Ce dimanche, le congrès du PJD s’est déroulé au même moment qu’une vaste manifestation de soutien au peuple palestinien. Des milliers de Marocains ont défilé sur l’avenue Mohammed V de la capitale pour exprimer leur refus de la décision américaine de reconnaître Jérusalem comme capitale Israël.

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