Culture

Télévision : soap opera et sketch chorba pour le ramadan

La série L'Couple fait un tabac au Maroc. © Prod

Feuilletons, séries comiques et émissions religieuses ont la cote pendant le ramadan. Pour faire le plein d'audience, les télévisions maghrébines misent sur des programmes produits localement.

Le ramadan n’entraîne pas qu’une boulimie alimentaire aux heures autorisées, il engendre aussi une surconsommation de programmes télévisés. Toutes tranches d’âges et catégories socioprofessionnelles confondues, le téléspectateur maghrébin passe environ cinq heures par jour devant son récepteur pendant le mois sacré, soit deux fois plus que le reste de l’année.

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Qualitativement aussi, les comportements changent : dans une sorte de repli culturel, les chaînes étrangères sont délaissées au profit des télévisions locales, qui enregistrent alors des records d’audience. Au Maroc, par exemple, 2M écrase la concurrence, avec 40 % de part d’audience et un pic de 53 % en prime time, avant et après la rupture du jeûne. La tendance est la même en Algérie (une vingtaine de chaînes, dont cinq publiques) et en Tunisie (également une vingtaine de chaînes, largement dominées par le bouquet privé Nessma).

Afin de surfer sur cette vague du "plus près de chez soi", les chaînes de télévision investissent dans des contenus de proximité. Une aubaine pour les boîtes de production privées locales, qui alimentent les diffuseurs en programmes spécial ramadan : fictions dramatiques (feuilletons de 30 fois trente minutes, mais aussi longs-métrages et moyens-métrages), sketches "chorba" (humour), caméras cachées…

Au Maghreb, les chaînes les plus importantes sont publiques et obéissent à un cahier des charges qui, généralement, bannit les marchés de gré à gré et impose l’appel d’offres. 2M, détenue à 95 % par l’État, n’échappe pas à la règle. "Il y a une commission de sélection des programmes, composée de huit membres désignés par le conseil d’administration, précise Salim Cheikh, son directeur général. Cette année, notre appel d’offres a enregistré une centaine de propositions, et une dizaine ont été retenues en fonction de critères technico-artistiques [scénario, casting, notoriété du réalisateur, réputation de la société de production…] et du devis."

Des émissions interactives : concours de psalmonie du Coran, shows de divertissement, magazines…

L’aspect financier est déterminant, car entre la production d’un programme local et l’achat d’un contenu existant, le coût est sans commune mesure. Ainsi, produire un épisode de cinquante-deux minutes d’un feuilleton religieux algérien, marocain ou tunisien revient à près de 30 000 euros ; tandis que l’achat d’un programme similaire turc, syrien ou iranien coûte entre 3 000 et 4 000 euros.

Tewfik Khelladi, patron de l’EPTV, la télévision publique algérienne, assure qu’"un effort particulier a été consenti cette année pour "algérianiser" les programmes, avec 110 productions nationales soit 89 % de la programmation [du] bouquet [contre 50 % il y a cinq ans]". Outre la fiction dramatique, religieuse ou humoristique, les grilles du ramadan contiennent des émissions interactives : concours de psalmodie du Coran, shows de divertissement, magazines…

La rediffusion de programmes ayant connu du succès est de moins en moins usitée, sans doute à cause de la concurrence et de la course à l’audience, mais les séries et feuilletons prisés sont prolongés d’une saison. Ainsi L’Couple, qui met en scène les tribulations d’époux marocains ruraux (record d’audience en 2013, avec 7,5 millions de téléspectateurs quotidiens et 30 millions de vues sur internet), revient en 2014 avec L’Couple 2. Le carton de ce ramadan ?

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C’est bon pour la pub !

Mois de la démesure, le ramadan fait exploser le marché publicitaire. Au Maroc, par exemple, il est estimé à 250 millions de dirhams (22,2 millions d’euros), contre moins d’une centaine de millions les autres mois. "Nous enregistrons 25 % de nos recettes publicitaires annuelles au cours des vingt-neuf ou trente jours de jeûne", estime Salim Cheikh, directeur général de la chaîne 2M. Outre les annonceurs traditionnels – essentiellement des opérateurs de téléphonie -, les industriels de l’agroalimentaire se livrent à une guerre sans merci pour occuper les plages publicitaires du prime time. Les tarifs tournent autour de 10 000 euros les trente secondes, contre une moyenne de 4 000 euros les autres mois.

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© MAHMUD TURKIA / AFP

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