Politique

Côte d’Ivoire : Charles Blé Goudé a-t-il été maltraité ?

Détenu pendant près d’un an dans son pays avant d’être envoyé à La Haye, Charles Blé Goudé affirme avoir été maltraité. Le gouvernement ivoirien dément.

Mis à jour le 8 juillet 2014 à 09:27

Photo non datée de Charles Blé Goudé publiées en mars sur Facebook. © D.R.

Dans quelles conditions Charles Blé Goudé a-t-il été détenu en Côte d’Ivoire pendant près d’un an ? La question a été régulièrement soulevée dans les médias ivoiriens, avant d’en faire la une avec fracas, en mars, à l’occasion de la parution sur internet de photos où on le voit en caleçon et mal rasé dans une cellule aux murs défraîchis. Quelques jours plus tard, Hamed Bakayoko, le ministre ivoirien de l’Intérieur, répliquait en postant sur son compte Facebook une série de clichés montrant un Blé Goudé tout sourire et regardant la télévision. À chacun ses photos, à chacun sa vérité.

Blé Goudé : torturé ou manipulateur ?

Le 27 mars, lors de sa première comparution à La Haye, l’ancien leader des Jeunes patriotes a livré sa version des faits à la Cour : "En Côte d’Ivoire, je vivais un calvaire. […] J’étais un objet dont on disposait quand et comme on voulait." Depuis, contacté par l’entremise de ses défenseurs, Blé Goudé dit avoir été "plus que torturé", d’abord détenu dans une cuisine pendant trois mois par "des jeunes gens qui n’étaient ni des policiers, ni des gendarmes, ni des militaires, mais une milice sous contrôle du ministre de l’Intérieur".

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Il raconte avoir ensuite été "enfermé 24 heures sur 24" à la Direction de la surveillance du territoire (DST), sans "effets de toilettes ni couverture ni stylo" et avoir fait des "crises de diverses maladies". Quant à la seconde série de photos publiées par le gouvernement, elles seraient "le résultat d’une mise en scène digne d’un film hollywoodien". Du côté du gouvernement, on assure qu’une enquête a été ouverte pour connaître les auteurs des clichés qui montrent le prisonnier en piteux état – des clichés "qui ne reflètent aucunement la vérité". "Charles Blé Goudé n’a pas été torturé, affirme Hamed Bakayoko. S’il l’avait été, il en aurait porté les marques, et les représentants des ONG qui lui ont rendu visite s’en seraient fait l’écho. Où sont-elles, ces marques de torture ?"

Bakayoko préfère voir en Blé Goudé un "grand manipulateur" qui aurait essayé plusieurs fois de soudoyer ses geôliers. Il confirme que le prisonnier a été détenu à la DST et dans la résidence – protégée et réquisitionnée – d’un ancien directeur général de la Société nationale d’opérations pétrolières de Côte d’Ivoire (Petroci). À noter que les locaux de la DST devraient être bientôt modernisés "pour un meilleur respect des normes actuelles". À chacun sa version, à chacun sa vérité.

Blé Goudé pas très propre

Reste les organisations internationales qui ont rendu visite à Blé Goudé pendant sa détention, mais elles rechignent à s’exprimer sur la question. En off, l’une d’elles reconnaît que le prisonnier se plaignait de ses conditions de détention, en particulier d’un accès trop limité à sa famille et à ses avocats – des rencontres qui, à chaque fois, ont eu lieu à la DST et auxquelles Blé Goudé se présentait "pas entretenu et pas très propre", mais sans traces visibles de mauvais traitements.