Politique

Zéphirin Diabré : « La règle, c’est deux mandats et on s’en va »

Zéphirin Diabré, le 16 janvier 2014 à Ouagadougou.

Zéphirin Diabré, le 16 janvier 2014 à Ouagadougou. © Sophie Garcia/Jeune Afrique

Reconduit à la tête de son parti fin juin, Zéphirin Diabré, le chef de file de l’opposition au Burkina Faso, veut faire barrage au chef de l’État en 2015.

Il sent son tour venir et ne souhaite sans doute pas louper le train en marche. À l’âge de 54 ans, Zéphirin Diabré, leader de l’Union pour le progrès et le changement (UPC) et chef de file de l’opposition politique, mène la fronde contre Blaise Compaoré, soupçonné de vouloir se maintenir au pouvoir après 2015. Pour Diabré, qui doit désormais composer avec le Mouvement pour le peuple et le progrès (MPP) de Roch Marc Christian Kaboré, un ancien proche du président entré en dissidence, le mot d’ordre est clair : pas de référendum pour modifier la Constitution et faire sauter la limitation du nombre de mandats. Et donc pas de candidature de "Blaise" en 2015.

Jeune afrique : Pourquoi vouloir à tout prix empêcher un éventuel référendum sur la modification de l’article 37 de la Constitution ?

Zéphirin Diabré : Une disposition constitutionnelle doit s’appliquer à tout le monde. Si nous ouvrons cette boîte de Pandore, nous n’en sortirons jamais. Chaque fois qu’un président sera en fin de mandat, il pourra reposer la question. Nous sommes attachés au principe républicain de limitation des mandats. La règle c’est deux mandats, et on s’en va.

Comment comptez-vous empêcher ce référendum ?

D’abord par la dissuasion. Il y a eu un consensus national sur la limitation des mandats présidentiels après la mort de Norbert Zongo [cette mesure a été adoptée en 2000 pour calmer les vives tensions qui ont suivi l’assassinat du journaliste, en 1998]. Depuis, aucune des parties prenantes ne l’a remis en cause, sauf Blaise Compaoré. Nous voulons dissuader nos adversaires de se lancer dans cette aventure inopportune, dangereuse et qui risque d’entraîner des troubles dans le pays.

N’avez-vous pas plutôt peur que le référendum donne raison à Blaise Compaoré ?

Non. Comme je vous l’ai dit, la question principale porte sur l’opportunité de ce référendum. Il y a beaucoup de sujets d’intérêt national sur lesquels nous pourrions faire des référendums, comme l’augmentation du salaire minimum par exemple. Là, la question n’est pas d’intérêt national mais concerne une seule personne sur seize millions de Burkinabè : Blaise Compaoré.

Craignez-vous des fraudes si ce référendum devait avoir lieu ?

Dans ce pays, il n’y a jamais eu d’élections sans fraudes. Mon parti est bien placé pour le savoir.

Jusqu’où irez-vous pour empêcher l’organisation d’une telle consultation ?

Nous sommes des démocrates et nous menons notre action dans un cadre légal. Les Burkinabè pourront estimer que ce n’est pas suffisant, mais ce n’est pas à nous qu’il faudra demander des comptes.

Vous avez tout de même une responsabilité importante…

Jusqu’à aujourd’hui, il n’y a eu ni désordre, ni casse, ni morts lors des manifestations de l’opposition. Nous faisons tout pour maintenir le calme. Mais cela ne veut pas dire que nous serons toujours à même de canaliser les gens. Il y a une impatience qui monte.

L’année dernière, vous vous êtes aussi opposé à la création d’un Sénat. Pourquoi ?

Je ne vois pas l’utilité d’une deuxième chambre dans notre système démocratique. La manière dont elle est conçue n’apporte rien en termes de diversité démographique. Les jeunes n’y sont pas, les femmes non plus… Elle est surtout destinée à des anciens du parti au pouvoir et coûte très cher : 6 milliards de F CFA [9 millions d’euros] chaque année pour engraisser une centaine de sénateurs.

Comment vous entendez-vous avec les nouveaux opposants du Mouvement du peuple pour le progrès (MPP) que sont Roch Marc Christian Kaboré, Simon Compaoré et Salif Diallo ?

D’abord, ces trois personnes représentent un parti sur les trente-six qui composent l’opposition. C’est vrai que, pour vous, le fait qu’ils viennent du parti au pouvoir en fait un sujet médiatique. Mais l’opposition existait avant qu’ils n’arrivent.

Ne vous font-ils pas un peu d’ombre ?

Comment voulez-vous qu’ils me fassent de l’ombre ? Ils sont venus se joindre à l’opposition. S’ils l’avaient voulu, ils auraient pu créer un autre front.

Roch Marc Christian Kaboré est-il un concurrent ou un allié ?

Je ne sais pas. Il faut lui demander. Nous sommes contents qu’il se joigne à nos positions après avoir été de l’autre côté de la barricade.

Roch Marc Christian Kaboré, Simon Compaoré et Salif Diallo sont-ils bien placés pour critiquer Blaise Compaoré après l’avoir servi pendant des lustres ?

Ce n’est pas à moi de juger mais à l’opinion de le faire. Nous menons un combat avec une plateforme politique. Quiconque dit clairement qu’il s’y rallie est le bienvenu. Si un proche de Blaise Compaoré déclare demain qu’il veut rejoindre l’opposition, nous sommes preneurs.

Vous êtes un Bissa dans un pays où les Mossis sont majoritaires et influents. Pensez-vous que votre origine ethnique soit un handicap ?

Je n’ai jamais réfléchi à la question.

Serez-vous candidat à la présidentielle ?

L’UPC aura un candidat. Mais ce qui est sûr, c’est que lorsque l’on fait de la politique et que l’on a créé un parti, c’est pour conquérir et exercer le pouvoir d’État. Je n’ai pas de complexe vis-à-vis de qui que ce soit, même si je n’ai jamais eu la vantardise de penser que j’étais le meilleur.

Si le président Blaise Compaoré ne se représente pas en 2015, assistera-t-on à une guerre des chefs au sein de l’opposition ?

Chaque parti sera libre de présenter son candidat. Vous ne pouvez pas demander à des gens de ne pas avoir d’ambitions et de ne pas les afficher. Toutefois, il faudra que nous trouvions un accord au sein de l’opposition.

Quel peut-être l’avenir de Blaise Compaoré s’il quitte la présidence ?

Il sera ancien chef d’État et bénéficiera des privilèges qui sont liés à cette fonction. Je ne pense pas qu’il encoure un risque particulier. Nous avons besoin de son expérience et de son savoir-faire pour les années à venir.

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Propos recueillis à Ouagadougou, par Benjamin Roger

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