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Facebook souhaite ajouter l’Afrique à ses amis

Mark Zuckerberg est le co-fondateur et le PDG du réseau social Facebook. DR ©

Dans un continent encore peu connecté, le réseau social mondial multiplie les initiatives : accès gratuit, applications adaptées, drones... Jusqu'où ira Mark Zuckerberg pour y imprimer sa marque ?

Le premier réseau social au monde a définitivement mis l’Afrique à son agenda. Sa participation à la lutte contre l’épidémie d’Ebola en est l’une des dernières illustrations. Début novembre, dans une trentaine de pays, les utilisateurs de Facebook ont vu apparaître un bouton qui leur permettait, d’un simple clic, de faire un don. Parallèlement, le groupe a offert 25 millions de dollars (19,9 millions d’euros) aux ONG présentes sur le terrain et posté des annonces de l’Unicef pour informer les populations des pays concernés, par exemple sur la marche à suivre face à une personne présentant les symptômes de la maladie.

Si Facebook s’engage en Afrique, c’est que Mark Zuckerberg a compris que l’avenir du réseau social se joue loin de ses bases américaines.

Si Facebook s’engage, c’est que son fondateur et PDG Mark Zuckerberg a un oeil sur l’Afrique. Depuis longtemps, il a compris que son avenir se joue loin de ses bases américaines.

Avec 1,3 milliard d’utilisateurs, le réseau social fédère près d’un internaute sur deux dans le monde. Peu importe que 40 % d’entre eux ne parlent pas anglais, on peut accéder à ses services dans 90 langues (dont le swahili et l’afrikaans). Le fruit d’un travail d’internationalisation des équipes et de la stratégie lancée dès 2008. Si toutes les données financières concernant l’Afrique, qu’il s’agisse de chiffre d’affaires ou d’investissements, sont gardées strictement confidentielles, une chose est sûre : sur le continent, Facebook n’en est qu’à ses débuts.

Facebook JA2811p103-2infoLe réseau social ne compte qu’une centaine de millions d’utilisateurs contre plus de 200 millions en Amérique du Nord. Mais la plateforme s’est imposée comme le réseau social préféré des Africains, devant Twitter. Sans surprise, c’est en Égypte, au Nigeria et en Afrique du Sud que les fans sont les plus nombreux.

« Pour Facebook, l’Afrique présente un énorme potentiel. Même si les revenus sont encore mineurs, engranger toujours plus d’abonnés est important. Ils le font figurer dans leurs rapports financiers », détaille Arnaud Blondet, directeur de l’innovation pour l’Asie, le Moyen-Orient et l’Afrique d’Orange.

Cet élément joue d’ailleurs un rôle important dans la valorisation du groupe, l’une des premières capitalisations de la Bourse de New York (163 milliards de dollars).

Accès gratuit

Seul hic : 80 % des Africains n’ont toujours pas internet. Une réalité que le créateur de Facebook, pour qui l’accès au web fait, au XXIe siècle, partie intégrante des droits de l’homme, a décidé de contourner.

Avec plusieurs partenaires, dont l’équipementier Ericsson, l’entreprise américaine a lancé diverses expériences pour accélérer l’arrivée de ces populations sur le web en leur offrant une connexion gratuite pour utiliser Facebook, mais aussi Wikipédia et des services locaux d’éducation et de santé comme Mama (Mobile Alliance for Maternal Action).

Nicola D’Elia : « Plus des deux tiers de nos revenus viendront du mobile »

Nicola D’Elia est directeur du développement et des partenariats pour la zone Europe, Moyen-Orient et Afrique (Emea) de Facebook.

Comment êtes-vous organisés sur le continent ? Et comment y envisagez-vous votre développement ?

Nicola D’Elia : Nous avons plusieurs équipes travaillant sur l’Afrique. La plupart des développements informatiques sont réalisés aux États-Unis.

À Londres, plusieurs départements sont aussi impliqués : les relations institutionnelles, celui des développeurs et l’équipe chargée des partenariats avec les opérateurs mobile. Nous comptons également plusieurs personnes sur le terrain. Les services commerciaux sont eux basés à Dubaï. (…)

Notre croissance est très largement conditionnée par l’essor des échanges de données, notamment au travers du mobile. Pour rendre internet plus accessible, nous travaillons en étroite collaboration avec les opérateurs. C’est le coeur de notre stratégie.

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Baptisée internet.org, cette initiative est loin de faire l’unanimité chez les opérateurs télécoms, qui ont vu leurs marges sur les appels fondre à vitesse grand V ces dernières années, à mesure que le prix des minutes de communication s’est érodé.

>>>> Lire aussi : Comment Facebook s’adapte à l’Afrique, où le mobile est roi

« Donner un accès gratuit, très bien. Mais à la fin de la journée, il y a un coût… Construire des réseaux réclame de très gros investissements », a rappelé Ahmed Farroukh, PDG de MTN en Afrique du Sud, qui compte sur internet, comme tous ses concurrents, pour maintenir sa rentabilité et surtout pour financer les réseaux d’infrastructures dont le continent a besoin.

En février, lors du Congrès mondial des télécoms de Barcelone, Mark Zuckerberg lui-même est venu défendre face aux opérateurs son plan de bataille pour l’Afrique.

« Nous devons faire des propositions qui permettent aux opérateurs de gagner de l’argent. C’est aussi notre intérêt, car, sans eux, il n’y a pas de connectivité globale », a tenté de rassurer Chris Daniels, vice-président de Facebook pour internet.org.

La force de persuasion de Facebook a d’ailleurs déjà opéré. Airtel et Millicom ont pris le pari d’accompagner le fournisseur de contenus dans ses expériences.

Yookos, le réseau alternatif du continent

Lancé en 2011 au Nigeria, Yookos est devenu en trois ans l’une des principales alternatives à Facebook sur le continent. Il totalise aujourd’hui plus de 10 millions d’utilisateurs dont 50 % hors de ses bases, qui se répartissent entre le Zimbabwe, l’Afrique du Sud et les diasporas africaines en Grande-Bretagne ou aux États-Unis.

Un succès fulgurant – six mois après son démarrage il comptait déjà 6 millions de fidèles -, bâti grâce à une approche ciblée autour de la communauté chrétienne. Aujourd’hui, Yookos, dirigé par Tomisin Fashina, banquier et pasteur, et basé aujourd’hui à Johannesburg, vise une audience plus large.

Semblable à celle de Facebook, la plateforme permet de se connecter avec des amis, de publier des statuts ou d’écrire des billets et offre une fonction chat. Quant à l’application, elle est disponible sur BlackBerry, Android et iOS.

D’autres projets de réseaux sociaux africains ont été lancés sur le continent, comme Kongo Connect en RD Congo, mais n’ont pas connu le même succès.

Le premier en Zambie, où 150 000 personnes profitent ainsi du web depuis le mois de juillet, et au Kenya depuis quelques jours. Le second s’est lancé en Tanzanie.

Le réseau mondial « n’en est qu’à ses débuts en Afrique. À ce stade, nous n’y voyons qu’une opportunité et pas une menace, justifie Arthur Bastings, vice-président exécutif de Millicom chargé de l’Afrique. Ce que nous constatons, c’est que les bénéficiaires de cette initiative n’utilisent pas que les services de Facebook ou de Wikipédia, mais consomment plus de SMS, plus de voix ».

>>>> Pour Marc Zuckerberg, « connecter l’Afrique est une priorité »

Le leader des réseaux sociaux serait également en discussion avec l’opérateur de satellites Avanti, basé à Londres, pour élargir encore le nombre de personnes pouvant surfer gratuitement sur le continent. Mark Zuckerberg avait par ailleurs dévoilé début 2014 que ses équipes travaillaient sur un projet visant à apporter internet aux 15 % de la population mondiale hors de portée des réseaux au moyen de drones alimentés à l’énergie solaire.

En septembre dernier, Yael Maguire, directeur de Connectivity Lab, une des branches d’internet.org au sein de Facebook, a donné de premières indications en précisant que ces engins pourraient avoir la taille d’un Boeing 747 et être testés dès 2015. Cette solution technologique hors norme n’est pas sans rappeler le projet Loon de Google, qui vise, lui, à utiliser des ballons flottant à de très hautes altitudes.

Moins gourmandes

Internet.org n’est pas la première initiative des équipes de Mark Zuckerberg pour développer son réseau dans les pays émergents. Sur le continent, où il mise notamment sur le mobile pour pénétrer le marché, plus de 70 % des téléphones portables utilisés ne sont pas des smartphones.

Depuis 2010, ses équipes ont donc lancé plusieurs applications moins gourmandes en bande passante. Facebook for Every Phone est par exemple adapté à des téléphones basiques et Facebook for USSD permet de poster des messages sans même avoir de connexion internet. Imaginées par les ingénieurs du géant américain après plusieurs missions sur le terrain, ces applications proposent néanmoins une expérience limitée aux utilisateurs.

Facebook JA2811p103-2info2>>>> 2GO, l’application sud-africaine qui défie Facebook

Or, désormais, la priorité du réseau social est de leur offrir un confort maximum sur leur téléphone. Car depuis 2013, l’entreprise s’est engagée, sous l’impulsion de Sheryl Sandberg, directrice opérationnelle, dans une stratégie privilégiant les revenus provenant des mobiles. Au troisième trimestre 2014, les annonces vues sur les portables représentaient 66 % de ses revenus publicitaires (2,3 milliards d’euros).

En août, le cabinet Forrester avait déjà souligné cette tendance en notant que le placement de publicités au milieu du fil d’actualité de la plateforme a démultiplié son attractivité pour les annonceurs.

On comprend alors mieux le travail acharné fourni ces derniers mois par les ingénieurs de Facebook pour offrir une application plus efficace même avec une connexion bas débit. Car si le réseau est centré sur ses utilisateurs, c’est pour mieux servir les annonceurs, en Afrique comme partout ailleurs. Selon eMarketer, spécialiste américain de l’économie digitale, l’entreprise captera cette année 20 % des dépenses publicitaires en ligne dans le monde.

>>>> AfricaCom : les innovations télécoms qui ont marqué l’année 2014

Par @JulienClemencot

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