BTP & Infrastructures

Algérie : contesté, Ali Haddad gravit une marche de plus

Ali Haddad. © ETHRB

Le puissant PDG du groupe familial ETRHB a pris la tête du Forum des chefs d'entreprise (FCE). Une ascension qui devrait permettre à ce soutien inconditionnel du pouvoir politique d'élargir encore davantage son réseau d'influence...

Mis à jour le 02/12/2014 : Ali Haddad a été élu à la tête du FCE le 27 novembre.

Il n’y a pas si longtemps, le PDG du groupe d’infrastructures ETRHB Haddad évitait de se confier aux journalistes. « Je vous offre volontiers un café dans mon bureau, mais je préfère que l’on ne parle pas de moi », nous prévenait Ali Haddad en mars. Mais ça, c’était avant l’élection présidentielle d’avril 2014, qui a reconduit Abdelaziz Bouteflika à la tête du pays pour un quatrième mandat.

Algerie-Ali-Haddad-ParcoursEt également avant que Réda Hamiani, président du FCE (Forum des chefs d’entreprise), démissionne du poste qu’il occupait depuis 2007, poussé vers la sortie en raison du soutien peu enthousiaste de son organisation à la candidature de Bouteflika. Maintenant qu’il brigue sa succession, Ali Haddad se confie volontiers à la presse.

Candidat unique à la présidence de ce syndicat des patrons algériens, qui rassemble 300 chefs d’entreprise brassant 11,2 milliards d’euros de chiffre d’affaires, il devrait être élu à l’unanimité jeudi 27 novembre.

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« Accessible »

Bien qu’il parte à la conquête du FCE sans aucun rival, Ali Haddad, 49 ans, a tout de même mené une campagne électorale dans quatre grandes villes d’Algérie pour expliquer, devant un parterre d’hommes d’affaires, son projet et son programme. « Il fera un bon président, dit de lui son ami Laïd Benamor, patron du groupe du même nom, spécialisé dans l’agroalimentaire. Il est jeune, dynamique et fédérateur. »

Quant à Mohamed Baïri, vice-président du FCE, qui a fait fortune dans l’importation de véhicules, il ne tarit pas d’éloges à son égard. « Ali a une grande capacité d’écoute, il est accessible et généreux, confie ce jeune entrepreneur. Mais il nous a fallu beaucoup de persuasion et plusieurs rencontres pour le convaincre de poser sa candidature. »

Ali Haddad est surtout un homme puissant. Son groupe, une entreprise familiale, est présent dans le bâtiment, les travaux publics, le transport, le raffinage avec la transformation et la commercialisation des bitumes, l’hydraulique, le sport – il possède l’USMA d’Alger, l’un des plus prestigieux clubs de football du pays -, les médias (deux quotidiens et la chaîne de télévision Dzaïr TV), le secteur hôtelier et l’automobile.

Et il compte bientôt s’attaquer à l’industrie pharmaceutique. ETRHB Haddad marche ainsi dans les pas du groupe Cevital, de la famille Rebrab, avec ses 1,2 milliard d’euros de chiffre d’affaires.

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Mais contrairement à ce dernier (dont le patron, Issad Rebrab, a quitté le FCE), l’essentiel de ses projets est des commandes de l’État. Résultats : le groupe affiche un plan de charge de 7,9 milliards d’euros pour 2014, un chiffre d’affaires de 800 millions d’euros et compte 6 000 collaborateurs.

Ali Haddad est surtout un homme puissant. Il n’y a aucun chantier public en Algérie dans lequel son groupe ne soit pas associé.

« Haddad doit beaucoup sa réussite à sa très grande proximité avec Saïd Bouteflika, frère cadet du président, persifle un industriel. Il n’y a pas un chantier public dans lequel son groupe ne soit associé. »

Vieilles amitiés

L’intéressé ne s’en cache pas et assure que les critiques ne l’atteignent pas. Ali Haddad revendique ses vieilles amitiés avec le puissant conseiller de Bouteflika, le Premier ministre Abdelmalek Sellal, avec des membres du gouvernement ou encore de hauts gradés de l’armée. Il ne fait pas non plus mystère de son soutien au chef de l’État, dont il a financé à coups de milliards la campagne électorale lors des présidentielles de 2009 et de 2014.

« L’influence de Haddad est telle que, dans les salons d’Alger, on dit qu’il est à l’origine de la nomination de cinq ministres et du limogeage, en juillet, du patron de Sonatrach [compagnie publique d’hydrocarbures], avance un chef d’entreprise. La rumeur dit que Haddad l’avait appelé la veille pour lui annoncer son prochain départ. La présidence du FCE, qu’il assumera pendant deux ans, va encore décupler ses réseaux dans le milieu des affaires et de la politique. »

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Un sacré chemin

Médisances ou vérités, toujours est-il que ce père de trois enfants, d’une discrétion quasi monastique, et qui vit dans un ranch de trente hectares avec vaches, moutons et chèvres, a fait un sacré chemin. Né en 1965 à Azzefoun, petit port en Kabylie situé à une centaine de kilomètres à l’est d’Alger, Ali Haddad est le cadet d’une fratrie de six garçons. Le sens des affaires, il l’acquiert auprès de son père, qui décide d’ouvrir une épicerie dans leur village natal quand ses compatriotes préfèrent immigrer par bateau en France, pour travailler dans les usines et les mines. « Je ne me voyais pas du tout pointer dans une société d’État, travailler huit heures par jour et attendre la fin du mois pour toucher mon salaire », nous confiait-il lors d’une précédente entrevue.

Son diplôme d’ingénieur civil n’est pas encore acquis à l’université de Tizi-Ouzou que le jeune homme se lance déjà dans les affaires en ouvrant un petit hôtel, Le Marin, avec ses frères.

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Trois mois avant la révolte d’octobre 1988, qui mettra fin au régime socialiste et au parti unique, il crée sa première entreprise de BTP avec une mise de départ d’une somme équivalente à 10 000 euros. La légende – ou un ragot malveillant – dit qu’un puissant général l’a aidé et protégé. En réalité, ses débuts sont laborieux. Il lui faut attendre 1993 pour que la petite entreprise décroche un prêt d’une valeur de 1 million d’euros pour la réalisation d’une route nationale.

Baraka

La grande aventure peut commencer… Mais elle aurait pu se terminer tragiquement dès 1995, un soir de janvier, sur une route de montagne. Enlevé par un groupe islamique armé à un faux barrage, il est relâché deux heures plus tard sans sa voiture, qui lui sera volée. Le lendemain, les trois terroristes sont abattus alors qu’ils refusaient de s’arrêter pour un contrôle militaire. Plusieurs années plus tard, un de ses frères fera l’objet d’un kidnapping avant d’être relâché contre une très grosse somme d’argent.

Baraka ou non, le groupe Haddad va alors connaître une ascension fulgurante. Au cours des dix dernières années, il a capté une partie de la manne pantagruélique consacrée à la réalisation des grandes infrastructures. Du petit port d’Azzefoun à la présidence du FCE, Haddad incarne aujourd’hui le cinquième pouvoir : celui des affaires et de l’argent.

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