Politique

Israël – Palestine : mais quand s’arrêteront-ils ?

Bombardements israéliens sur rafah (sud de la bande de Gaza), le 14 juillet.

Bombardements israéliens sur rafah (sud de la bande de Gaza), le 14 juillet. © Ahmed ebu Suud / ANADOLU AGENCY

Le meurtre odieux de quatre adolescents – trois Israéliens et un Palestinien – sert de prétexte à un déchaînement de violence. Le 7 juillet, les Israéliens ont déclenché une opération militaire à Gaza pour briser le Hamas. Lequel lance une pluie de roquettes sur l’État hébreu.

"Cette fois, nos forces doivent se tenir prêtes à aller jusqu’au bout." Le message de Benyamin Netanyahou ne souffre d’aucune ambiguïté. Après avoir adressé un ultimatum au Hamas pour qu’il fasse cesser les tirs de roquettes contre les localités frontalières de la bande de Gaza, le chef du gouvernement israélien a donné son feu vert à l’armée pour mater le mouvement islamiste palestinien.

L’opération Bordure protectrice a été déclenchée le 7 juillet. À l’heure où nous mettions sous presse, elle se résumait – comme Pilier de défense en novembre 2012 – à une intense campagne de bombardements contre les infrastructures des brigades Ezzedine al-Qassam, la branche armée du Hamas, ainsi que contre l’ensemble des factions palestiniennes.

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Mais elle pourrait rapidement laisser place à une invasion terrestre aussi destructrice que meurtrière, Israël ayant décidé de mobiliser 40 000 réservistes autour de l’enclave gazaouie, où résident 1,6 million de Palestiniens. "Nous nous préparons à une bataille contre le Hamas qui ne s’achèvera pas en quelques jours", annonce Moshe Yaalon, le ministre israélien de la Défense.

L’État hébreu, qui considère depuis toujours le Hamas comme une "organisation terroriste", n’a pas digéré sa réconciliation avec le Fatah, officialisée le 23 avril. Sa hantise : voir le mouvement islamiste s’emparer du pouvoir en Cisjordanie, à l’issue d’élections générales que le gouvernement intérimaire palestinien, composé exclusivement de technocrates, doit théoriquement organiser d’ici à la fin de l’année. "Mahmoud Abbas [le président de l’Autorité palestinienne] doit choisir entre la paix avec Israël et la réconciliation avec le Hamas", avait averti un Benyamin Netanyahou qui n’a pourtant aucune stratégie à long terme concernant le conflit avec les Palestiniens.

L’organisation islamiste est décapitée

L’Israélien semble avoir déjà décidé à la place du Palestinien… Le 12 juin, trois adolescents israéliens sont kidnappés au carrefour du Goush-Etzion, l’un des principaux axes routiers de Cisjordanie, autant fréquentés par les colons que par les Palestiniens. "Ils ont été enlevés par des hommes du Hamas. Il y aura de graves conséquences", affirme le lendemain le Premier ministre israélien, à la radio militaire. Abbas, qui condamne le rapt, est sommé de rompre avec les islamistes. "Si son engagement en faveur de la paix est sincère, de même que son combat contre le terrorisme, alors la logique et le bon sens voudraient qu’il annule l’alliance avec le Hamas", tonne Netanyahou.

Tout en ratissant les villes sous contrôle palestinien, notamment Hébron, à la recherche des trois adolescents, l’armée israélienne organise méthodiquement la traque de son ennemi juré. En une dizaine de jours, l’organisation islamiste est décapitée : 450 de ses cadres et militants sont arrêtés, ses institutions caritatives fermées les unes après les autres. Son avenir politique en Cisjordanie s’assombrit brusquement. Depuis Gaza, le Hamas sort du silence : "Si les occupants se lancent dans une escalade ou une guerre, ils ouvriront sur eux les portes de l’enfer."

Le 30 juin, les corps des trois Israéliens, âgés de 16 à 17 ans, sont retrouvés démembrés dans les environs du village palestinien de Halhoul. L’État hébreu est sous le choc. "Le Hamas est responsable, le Hamas paiera", lance Netanyahou à l’issue d’une réunion d’urgence de son cabinet de sécurité. Le Shabak [Service de sécurité intérieure] affirme que les suspects sont deux Palestiniens issus du mouvement islamiste. D’après l’enquête, Marwan Kawasme et Amer Abou Aysha auraient agi à la demande de chefs du Hamas en exil, opposés à toute réconciliation avec le Fatah, jugé corrompu et soumis à Israël.

Passées les funérailles, des rassemblements hostiles aux Palestiniens éclatent dans le pays, notamment à Jérusalem, ville mixte, et dégénèrent parfois en "chasse aux Arabes". Sur les réseaux sociaux, les appels aux représailles se multiplient, parfois signés par de jeunes soldats cagoulés. L’armée lance un avertissement à ses recrues, mais semble tout aussi impuissante que les autorités. "En l’absence de leadership, la vengeance règne", s’inquiète l’éditorialiste israélienne Lily Galili.

Carte blanche pour les colons d’extrême droite

Le 2 juillet, Mohamed Abou Khdeir, 16 ans, est retrouvé mort dans une forêt à l’ouest de Jérusalem, quelques heures après que ses parents ont signalé son enlèvement par un "groupe de Juifs". L’autopsie révèle que ce jeune Palestinien a été brûlé vif. La rue est en ébullition. À Jérusalem-Est, de violents heurts éclatent avec les forces de l’ordre dans les quartiers de Shoafat et Beit Hanina, d’où l’adolescent était originaire.

Dans la foulée, six Juifs originaires de Beit Shemesh, essentiellement des mineurs, sont arrêtés. "Nous tenons le gouvernement pour responsable, le Premier ministre Benyamin Netanyahou en particulier, car ils ont incité la population à la vengeance, s’emporte le député arabe israélien Basel Ghattas. L’establishment israélien ne cesse de parler de la manière dont on doit se venger, frapper le Hamas, punir les Palestiniens. Les colons radicaux d’extrême droite se sont dit qu’ils avaient carte blanche pour passer à l’acte."

La colère gagne la Galilée, dans le nord d’Israël, où vit une grande partie de la minorité arabe israélienne. Sur certains axes routiers, les automobilistes juifs sont bloqués par la foule à des barrages improvisés, certains molestés avant que leur véhicule soit incendié. Le Hamas, affaibli par la perte de nombreux soutiens (Frères musulmans, Damas et Téhéran), jubile, et pense pouvoir regagner une légitimité en appelant à une "troisième intifada".

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Partant du territoire sous son contrôle, des salves de roquettes continuent de s’abattre sur le sud d’Israël. Le Hamas apparaît à son tour débordé par des factions palestiniennes plus radicales, à l’instar des Comités de résistance populaire (CRP) ou du Jihad islamique, financé par l’Iran, qui revendiquent la plupart des tirs. Cette surenchère de la violence entraîne une division au sein même du Hamas. Sa branche militaire rejette les appels à la retenue émanant du bureau politique, dirigé par Ismaïl Haniyeh. "Nous allons faire comprendre à l’ennemi sioniste qu’il doit cesser son agression contre le peuple palestinien à Gaza, en Cisjordanie et à Jérusalem", annoncent les brigades Ezzedine al-Qassam.

Depuis le 7 juillet, la guerre est totale. Chaque jour des roquettes de longue portée sont lancées contre les grandes agglomérations israéliennes. De Tel-Aviv à Haïfa, en passant par Jérusalem, près de 5 millions d’Israéliens sont confinés dans des abris. Le gouvernement Netanyahou a promis de maintenir son opération militaire tant que des roquettes seront tirées sur Israël. Le Hamas jure que ces tirs se poursuivront aussi longtemps que Gaza sera bombardée. Une escalade meurtrière et, surtout, absurde.

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L’Onu à la rescousse

Alors que les frappes israéliennes ont déjà fait plus d’une centaine de morts dans la bande de Gaza, le Conseil de sécurité des Nations unies s’est réuni une première fois en urgence le 10 juillet. "Gaza est sur le fil du rasoir, la situation est en passe d’échapper à tout contrôle", s’est inquiété Ban Ki-moon. Bien que soumis à la pression des pays arabes, qui exigent l’arrêt immédiat des opérations israéliennes, le secrétaire général de l’ONU a aussi appelé le Hamas à cesser ses attaques contre l’État hébreu pour éviter le pire.


 

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