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Cet article est issu du dossier «Togo : où va le pays ?»

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Culture

Textile togolais : Nini ou les froufrous du business

Nini Nicoué, dans son atelier, à Lomé. © Àprésent pour J.A.

Son École des arts de la mode a déjà formé 800 étudiants et elle publie un cahier de tendances destiné aux tailleurs et couturiers présentant, entre autres, ses créations. Zoom sur Nini Nicoué, une styliste togolaise haute en couleurs.

Dans les années 1980, son père l’a envoyée faire des études de commerce et de marketing en France. Mais c’est à Formamod, une école de mode basée à Paris, que Nini Nicoué choisit de s’inscrire. La jeune femme en sort styliste-modéliste diplômée, et bien décidée à quitter au plus vite la vie parisienne, qui ne lui convient pas, pour rentrer à Lomé.

Trois mois plus tard, elle organise son premier défilé avec les élèves de l’Association internationale des étudiants en sciences économiques et commerciales (Aiesec). "J’avais envie de partager, de créer et de me rendre utile, raconte-t-elle. Même si mon père m’a dit, par la suite, que j’avais choisi "une solution de facilité" !" En 1993, la créatrice ouvre son École des arts de la mode, baptisée Eamod Ayanick. Depuis, elle a formé plus de 800 étudiants, issus d’une vingtaine de pays africains (Togo, Mali, Burkina, Bénin, Nigeria, Tchad…) et européens (France, Allemagne), sans compter les séances de formation et de remise à niveau dispensées aux couturiers formateurs et maîtres d’apprentissage de la région.

Elle aime les couleurs vives et éclatantes

À 56 ans, cette mère de cinq enfants en paraît à peine 30. Son look – pantalon, cheveux très courts – et sa petite taille la distinguent à peine de ses étudiantes. C’est dans l’immense atelier où elle travaille, au premier étage de l’immeuble qui abrite son école, qu’elle prend toute son envergure, dans la mode et dans son monde. Et là aussi qu’elle imagine, dessine, coupe ses modèles. Car Nini Nicoué fourmille d’idées.

Wax, wax hitarget, bazin… La créatrice trouve son inspiration dans les tissus qu’elle travaille. Elle aime surtout leurs couleurs vives et éclatantes et préfère que les clients lui apportent des imprimés. À cause de la crise économique, de l’incendie du grand marché de Lomé en janvier 2013 et, surtout, des contrefaçons chinoises, le vrai super wax, dont raffolent les Togolaises, coûte de plus en plus cher. Aussi la modéliste, même si elle refuse d’utiliser les succédanés made in China, ne rechigne pas à travailler sur des imprimés bon marché. Comme la plupart des créateurs et couturiers togolais, qui veulent permettre au plus grand nombre de clientes de se faire plaisir tout en recourant à leurs services.

Le pagne doit s’adapter à la vie urbaine

Fin 2013, la styliste a publié le premier numéro de Fragima Fashion, conçu et réalisé par Eamod Ayanick. Ce cahier de tendances – une première dans l’univers du stylisme et du modélisme au Togo et dans la région – est destiné aux professionnels, aux apprentis, aux amateurs et aux passionnés du vêtement et de la mode. On y trouve des photographies et, surtout, les croquis de modèles originaux, accompagnés de plans de coupe et de dessins techniques, décrits en français et en anglais. "C’est un outil didactique et un ouvrage professionnel pour les tailleurs et les couturières", précise Nini Nicoué.

Pour elle, c’est aussi le meilleur moyen de valoriser les tenues africaines, en présentant des modèles qui répondent aux besoins des jeunes filles, des femmes actives ou plus âgées. Ces vêtements peuvent être portés au quotidien ou pour des occasions particulières. Certaines créations sont adaptées au climat, aux moyens et à la tranche d’âge des clientes, sans pour autant renier une certaine modernité. La styliste veut aussi montrer, notamment aux plus jeunes, qu’on peut être à la mode autrement qu’en s’habillant avec des vêtements venant des friperies, et pour un prix raisonnable. Il suffit pour cela d’acheter un tissu et d’aller chez le couturier.

C’est dans cet esprit que, en 2009 déjà, la directrice d’Eamod avait organisé avec ses étudiantes une exposition au Centre culturel français de Lomé, "Le pagne et la ligne moderne", qui présentait des modèles alliant wax, sachets plastique, préservatifs, filets de pêche, paille, pop-corn… "Ces tenues originales véhiculent à la fois un message culturel et un message de prévention. Car le pagne doit s’adapter à la vie urbaine et aux motos-taxis !" explique Nini Nicoué.

En même temps qu’elle prépare la parution du deuxième numéro de Fragima Fashion, la créatrice, hyperactive, revisite les collections des années 1950. Un travail de recherche à partir duquel elle envisage de publier un ouvrage, qui pourrait s’intituler Pin-up.

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