Droits de l’homme

Burkina Faso : Droit libre TV, une vigie sur le web

Le journaliste Moctar Bamy, lors d'un reportage pour Droit libre TV à Bamako. © DR

Au Burkina, une webtélé -  Droit libre TV - s'est assigné un rôle de vigie bien particulier. Sa mission : s'assurer du respect des droits de tous, notamment celui de s'exprimer et d'informer.

Fin novembre 2012, à Sévaré, ville-frontière entre le nord du Mali, occupé par les groupes jihadistes, et le sud, difficilement tenu par un régime de transition aux abois. Un bus arrivant de Gao est contrôlé par les gendarmes. À bord, Moctar Barry, journaliste malien de Droit libre TV, attire leur attention.

Il rentre d’un reportage dans la cité opprimée depuis plus de six mois par les fous de Dieu. Les forces de l’ordre le prennent pour un espion burkinabè, saisissent son travail et le mettent en prison. Dehors, sa rédaction, avec l’appui des médias maliens, se mobilise et parvient à le faire libérer après huit jours de détention.

"Nous n’avons jamais récupéré ces images inédites de l’occupation islamiste à Gao, mais cet épisode nous a involontairement fait de la publicité", se rappelle Bakary Ouattara, rédacteur en chef de Droit libre TV. Lancée en novembre 2011 par l’association Semfilms, qui organise le festival Ciné Droit libre, cette webtélé (ou télévision en ligne) burkinabè a fait de la liberté d’expression et de la défense des droits de l’homme ses spécialités.

Deux ou trois vidéos par semaine

Toutes les semaines, deux ou trois vidéos en lien avec ces thèmes sensibles sont postées sur le site. Les sujets et formats sont variés et dépassent largement les frontières du Burkina. On y passe d’une interview du rappeur sénégalais Didier Awadi à un reportage sur la liberté retrouvée des femmes de Tombouctou en passant par le film Borry Bana, le destin fatal de Norbert Zongo.

La petite chaîne est dirigée depuis Ouagadougou, où est installée une équipe permanente de cinq personnes.

La petite chaîne est dirigée depuis Ouagadougou, où est installée une équipe permanente de cinq personnes, mais s’appuie aussi sur un réseau de correspondants au Mali, en Côte d’Ivoire et au Sénégal. Tel Moctar Barry, ces journalistes locaux tournent des images sur un sujet prédéterminé et envoient leurs rushs au siège ouagalais, où ils sont montés puis diffusés. Le tout est entièrement financé par des aides des ambassades des Pays-Bas, du Danemark ou encore du Luxembourg, sans aucun revenu publicitaire.

Avec environ 300 vidéos publiées et plus de 2 millions de visites en moins de trois ans, le succès de Droit libre TV était inespéré pour ses fondateurs. "Au début, nous étions dans une phase de lancement, nous ne savions pas trop où nous allions, glisse Gideon Vink, Néerlandais installé au Burkina depuis douze ans et directeur artistique du jeune média. Aujourd’hui, nous avons réussi à capter l’attention des gens avec des éléments courts, diversifiés et soignés, qui posent les questions qui fâchent."

De nombreux projets

De plus en plus nombreux, le public de Droit libre TV est majoritairement jeune, ouest-africain et connecté. La plupart des internautes ont moins de 40 ans et sont issus des diasporas burkinabè ou voisines, qui bénéficient de meilleures connexions à internet et y voient un moyen indépendant de s’informer sur leur pays. Ils sont également très présents sur les réseaux sociaux, comme Facebook et Twitter, auxquels la webtélé a recours pour promouvoir ses contenus et susciter des débats sur les sujets traités.

Grâce à un financement de l’ONG Osiwa (Open Society Initiative for West Africa), Droit libre TV entend s’implanter dans les semaines à venir au Niger, au Togo et au Bénin, ainsi qu’en Guinée. "Il y a un vrai travail à faire sur la liberté de la presse et d’expression dans ces pays, explique Bakary Ouattara. Cela nous permettra aussi de dépasser les frontières et de couvrir l’ensemble de l’Afrique de l’Ouest francophone !"

Outre l’extension de ses activités, la dynamique petite équipe a encore beaucoup de projets pour continuer de tisser sa toile et promouvoir la défense des droits de l’homme dans la sous-région. Un nouveau site, hébergeant plusieurs blogueurs engagés, va être prochainement lancé, et des partenariats avec différentes télévisions locales, signés.

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Benjamin Roger, envoyé spécial à Ouagadougou

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