Santé

Christophe Batejat : « L’épidémie d’Ebola est difficilement contrôlable »

| Par Jeune Afrique
Christophe Batejat, responsable du pôle d'identification virale à l'Institut Pasteur.

Christophe Batejat, responsable du pôle d'identification virale à l'Institut Pasteur. © AFP

Après un séjour à Conakry, en Guinée, le responsable du pôle d’identification virale de l’institut Pasteur, Christophe Batejat, évoque les difficultés rencontrées sur le terrain pour endiguer l’épidémie d’Ebola.

Jamais l’épidémie n’aura été si meurtrière depuis la découverte du virus en 1976. Et les chiffres les plus récents sont alarmants. Dans un rapport publié mardi 15 juillet, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) fait état de 68 décès en seulement cinq jours, du 8 au 12 juillet.

Si le taux de létalité de 60 % est moins virulent que pour d’autres souches du virus, le bilan de l’épidémie de fièvre hémorragique en Guinée, en Sierra Leone et au Libéria, dépasse les 600 morts pour l’année 2014.

> > Lire aussi : Ebola : cinq choses à savoir sur un tueur impitoyable

Face à cette crise sans précédent, les gouvernements des pays concernés peinent à mettre en œuvre les mesures d’urgence, malgré le sommet sanitaire d’Accra, au Ghana, qui a réuni, début juillet, onze chefs d’États africains.

De retour de Conakry, Christophe Batejat, responsable du pôle d’identification virale à l’Institut Pasteur, fait état de conditions sanitaires déplorables sur le terrain et du manque de sensibilisation des populations, qui empêchent de juguler l’épidémie. Interview.

Jeune Afrique : Vous rentrez de Conakry, où vous avez passé une dizaine de jours en avril, afin d’aider, de conseiller et de soutenir le personnel médical sur place. Qu’avez-vous pu observer sur le terrain ?

Christophe Batejat : Lorsque nous nous sommes rendus à Conakry, à la demande des autorités guinéennes, l’Institut Pasteur de Dakar était en sous-effectif et les installations de Médecins sans frontières à peine mises sur pied. Nous sommes venus apporter notre expertise avec du matériel, notamment des équipements de protection individuelle. Nous avons déploré les installations du laboratoire et les conditions sanitaires.

MSF affirme être dans une "course contre la montre" pour endiguer l’épidémie d’Ebola. Peut-on dire qu’elle est incontrôlable ?

L’épidémie n’est pas hors de contrôle mais elle est difficilement contrôlable. Il y a un mois, nous pensions que c’était la fin de l’épidémie en Guinée, ce qui n’était pas le cas. Mais il y a une certaine accalmie dans le pays. Aujourd’hui, les efforts se concentrent sur la Sierra Leone et sur le Libéria où l’épidémie est la plus forte. Mais la frontière reste poreuse entre ces trois pays. Le problème est qu’MSF est totalement noyé par la quantité de travail et a du mal à tout assumer. L’organisation a demandé de l’aide aux autres ONG, à l’OMS.
Infographic: 2014: The Deadliest Ever Ebola Virus Outbreak | Statista

Les États ont-ils pris la mesure de cette crise sanitaire majeure ?

Il semblerait qu’il y ait un relâchement de la part des États. Le gouvernement de Guinée a tenté de relancer les messages de prévention de l’OMS mais ils sont encore à la peine. Au début, les médias évoquaient toujours Ebola mais on n’en entend plus parler. Les autorités ont du mal à trouver des relais locaux pour faire passer le message. Ils ont tenté de sensibiliser les responsables religieux, les chefs de villages, souvent en vain. Sans relais, les habitants ne prennent pas la mesure du risque du virus qui leur semble lointain, seulement vu à la télévision.

Quels sont les freins qui empêchent de juguler cette épidémie ?

Ebola est une maladie honteuse, comme le cancer en Europe. Si la famille n’emmène pas le malade à l’hôpital, elle ne saura pas qu’il porte le virus. De nombreux freins empêchent les patients de se rendre spontanément dans les hôpitaux : ils refusent d’aller dans un lieu qu’ils considèrent comme un mouroir. Ils ont peur de devoir payer les frais d’hospitalisation. Certains sont même suspicieux à l’égard des organisations internationales. Beaucoup croient que MSF a rapporté la maladie. Plusieurs campements ont cessé leurs activités, le personnel a dû être évacué avant que les choses dégénèrent. 

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Propos recueillis par Emeline Wuilbercq

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